L'uranium namibien suscite toutes les convoitises

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Par: rédaction
24/06/09 - 18h01

Les gisements d'uranium du désert namibien, qui pourraient placer le pays au premier rang des producteurs du combustible nucléaire, suscitent un intérêt croissant illustré cette semaine par la visite du président russe Dmitri Medvedev.

Cette première visite d'un chef du Kremlin en Namibie, attendu les 24 et 25 juin à la tête d'une délégation de plusieurs centaines de personnes, devrait notamment relancer une coopération dormante dans l'exploitation de l'uranium et la production d'énergie. "L'ensemble de la question énergétique sera discutée", a déclaré le chargé d'affaires de la Namibie à Moscou, Theo Grunewald.

En 2007 déjà, la Russie s'était intéressée à la Namibie. Une licence d'exploration avait été accordée à une co-entreprise menée par Tekhsabexport, la compagnie d'Etat russe qui commercialise l'uranium. Moscou avait proposé à Windhoek sa technologie controversée de centrale nucléaire flottante. Depuis, "rien n'a bougé", souligne Robin Sherbourne, économiste de la banque sud-africaine Nedbank à Windhoek.

"Nous verrons ce qui se passe cette fois." Car les projets fleurissent dans ce pays d'Afrique australe, qui entend profiter du boom mondial du nucléaire civil grâce à ses gisements d'uranium exploités jusqu'à présent sur deux sites seulement. La principale mine, Rössing, gigantesque puits à ciel ouvert de 5 km de long et 350 m de profondeur en plein désert de Namib, a failli fermer en 2003 lorsque la valeur de l'oxyde d'uranium avait été réduite à néant par des stocks mondiaux gonflés par le combustible enrichi de l'ex-URSS.

Mais la recherche de sources d'énergie non émettrices de CO2, face au réchauffement climatique, a ressuscité les cours de l'uranium. Plus de 40 réacteurs nucléaires sont en construction dans 11 pays, notamment en Russie. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) prévoit qu'au moins 70 centrales seront édifiées dans le monde d'ici 15 ans, allant jusqu'à doubler l'énergie de source nucléaire.

En 2006, Rössing - détenu à 68,6% par le géant australien Rio, 15% par l'Iran, 10% par l'Afrique du Sud et 3% par la Namibie - annonçait un programme d'expansion de 112 millions de dollars. La même année, l'Australien Paladin Energy relançait la mine moribonde de Langer Heinrich, situé elle aussi près de la côte atlantique. Résultat: l'année dernière, la Namibie se hissait au 4e rang des producteurs mondiaux, derrière le Canada, le Kazakhstan et l'Australie, avec 4.366 tonnes d'oxyde d'uranium soit environ 10% de la production globale, selon la World Nuclear Association, qui représente l'industrie mondiale.

L'expansion du secteur ne fait que commencer. Le gouvernement a accordé trois autres licences l'année dernière et le groupe nucléaire français Areva - notamment présent au Niger - a racheté en 2007 l'entreprise namibienne détenant les droits d'exploitation à Trekkopje (ouest), où il prévoit de commencer la production à la fin de l'année. "La Namibie peut quadrupler sa production dans les cinq années à venir, devenant ainsi le premier producteur mondial", souligne M. Sherbourne.

Pour cela, deux défis devront être relevés. Dans le désert, l'eau indispensable pour contrôler la poussière et les radiations dans les mines est absente. Areva a construit une usine de désalinisation sur la côte atlantique proche, qui pourrait répondre à terme à des besoins croissants. Enfin, l'énergie manque. La Namibie importe déjà la moitié de son électricité d'Afrique du Sud, qui connaît elle-même une crise énergétique. Windhoek envisage la construction de centrales à charbon ou à gaz, et parle d'une usine nucléaire à l'horizon 2018. (afp/th)

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