Protéger le thon rouge ou les pêcheurs, la France doit choisir

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Par: rédaction
11/01/10 - 18h35

L'Europe attendait ce lundi que la France se prononce pour ou contre l'interdiction du commerce du thon rouge, qui aurait valeur de symbole de la part d'une grande nation de pêche.

Une nouvelle réunion inter-ministérielle regroupant à Matignon les acteurs concernés - ministère de l'Agriculture, de l'Ecologie, des Finances notamment - devait permettre de trancher ce sujet, délicat, entre la protection d'une espèce en danger et les revendications des pêcheurs.

Deux points de vue
Ceux-ci ont prévenu dimanche que si le "fantasme écologique" devait l'emporter, ils "n'auraient plus rien à perdre et sauraient prendre leurs responsabilités". Le ministère du développement durable en revanche voit mal comment cautionner de nouvelles ponctions sur une espèce victime de surpêche depuis plus de vingt ans, alors que s'ouvre l'Année internationale de la Biodiversité.

Il s'agirait d'opter pour une inscription du thon rouge à l'Annexe 1 de la Convention de l'ONU sur le commerce international des espèces menacées d'extinction (CITES), qui interdit totalement la vente de ce poisson hors des frontières du pays du bateau pêcheur.

Le but est de couper la route au marché japonais, acquéreur de plus de 80% des prises effectuées en Méditerrannée pour la confection des sushis et prêt à le payer au prix de l'or: un thon rouge de 232 kilos a été ainsi vendu 122.000 euros, la semaine dernière à Tokyo - plus de 500 euros le kilo.

Survie menacée

A l'issue du Grenelle de la Mer, l'été dernier, Nicolas Sarkozy s'était engagé à apporter le "soutien de la France" à une telle démarche, avant de faire marche arrière à l'automne, ainsi que l'a rappelé dimanche dans une tribune au JDD la navigatrice Isabelle Autissier, nouvelle présidente du WWF-France.

La survie du thon rouge, insistait-elle, "est aujourd'hui menacée par le déploiement ces dernières décennies d'une pêche intensive basée sur le profit à court terme, répondant à une demande forte du marché japonais". Elle mettait également en cause les subventions généreuses qui ont permis de constituer une flotte "responsable du déclin de l'espèce".

Minorité de pêcheurs

En réalité, note-t-on dans les coulisses des ministères, la pêche au thon mobilise aujourd'hui moins de 30 bateaux français. "On compte une quinzaine de personnes par navire, dont beaucoup de marins ghanéens et sénégalais", relève également François Chartier, chargé des océans à Greenpeace.

La fin du commerce ne concernerait donc qu'une minorité - néanmoins bruyante et très réactive - de pêcheurs, par ailleurs singulièrement prospères dans leur profession: la plupart de leurs prises sont vendues aux grandes fermes sous-marines au large de Malte, où les thons sont engraissés avant d'être écoulés au prix fort sur le marché japonais.

Moratoire

Mais si la France basculait en faveur d'un moratoire sur la commercialisation du thon, elle ouvrirait la voie à une décision possiblement audacieuse de l'Europe en mars, devant la conférence de la CITES à Doha, en faveur de l'inscription de ce poisson à l'Annexe 1 - comme le fut en son temps l'ivoire, pour protéger les éléphants.

"Ce serait inédit pour une espèce commerciale", insiste Charles Braine, chargé des océans au WWF. Jusqu'ici, rappelle-t-il, les riverains européens de la Méditerranée impliqués dans cette forme de pêche (Espagne, Italie, Chypre, Malte, Grèce) se sont opposés à cette mesure.

Pourtant, en déposant l'été dernier l'inscription du thon rouge sur la liste des espèces les plus menacées, Monaco arguait de la disparition des deux tiers des stocks en Méditerranée entre 1957 et 2007 - et de 82% en Atlantique ouest entre 1970 et 2007. (afp)

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