L'Europe développe son aquaculture, malgré les critiques

Les ministres européens de la Pêche ont donné mardi le coup d'envoi d'un plan de développement de l'aquaculture dans l'UE, en dépit des critiques des écologistes pour qui l'élevage piscicole crée plus de problèmes qu'il n'en résout pour la biodiversité et l'environnement.

"L'Europe a connu ces dix dernières années une stagnation du développement de son aquaculture, à la différence des autres régions du monde" comme l'Asie, ont souligné les ministres lors d'une réunion à Luxembourg.

Soulager les espèces sauvages
Pour eux, l'élevage constitue une bonne réponse pour soulager les espèces sauvages surexploitées de poissons et crustacés et répondre à l'appétit des consommateurs. Ils ont adopté les grandes lignes d'un projet de développement du secteur en demandant à la Commission européenne de faire des propositions concrètes "pour la fin de 2009".

Il est notamment question d'une "assistance économique renforcée" en puisant dans les fonds européens pour donner "un nouvel élan" au secteur. Pour développer le secteur en Europe, qui représente 65.000 emplois, l'UE entend aussi faire en sorte que l'aquaculture dispose de suffisamment d'espace maritime près des côtes.

L'élevage dans le monde concerne aujourd'hui principalement le saumon de Norvège, les crevettes d'Asie du Sud-est et d'Amérique du Sud et diverses espèces de poissons bon marché comme le Pangasius. L'Asie devance de loin les autres continents en termes de production et la Chine se taille la part du lion avec 69,5% du volume aquacole mondial, selon la FAO, l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture.

Contestations
En Europe, les principaux pays producteurs sont la France, avec les huîtres et moules, l'Espagne, l'Italie, le Royaume-Uni et la Grèce avec, outre les coquillages et crustacés, la truite, le saumon ou la carpe. Mais certains professionnels et les écologistes contestent les bienfaits de l'aquaculture.

Ils font valoir qu'il faut parfois 5 à 6 kilos de poisson sauvage pour nourrir 1 kilo de poisson d'élevage (dans le cas du thon rouge, les quantités grimpent même à neuf kilos de sardines, maquereaux et crevettes). Ils soulignent aussi que la pisciculture se fait parfois au prix de graves atteintes à l'environnement, notamment dans les pays en développement.

"Dans certaines zones, l'utilisation des antibiotiques a ravagé des bassins marins entiers", soulignait fin 2008 lors d'une réunion d'experts Philippe Gros, chercheur à l'Institut français pour la recherche et l'exploitation de la mer (Ifremer).

Biodiversité
Au Chili, les écologistes accusent les éleveurs de saumons d'abuser de produits chimiques. Et en Europe, des pêcheurs estiment que l'élevage, via les fientes des poissons, polluent les estuaires où l'aquaculture est concentrée. Ils accusent l'élevage d'avoir ainsi abouti en Irlande à la quasi-disparition du saumon sauvage. Et l'aquaculture entraîne aussi des choix délicats pour la biodiversité.

En Europe, les cormorans représentent un grave problème pour la profession car ils vont se nourrir dans les parcs à élevage. Du coup, l'Union européenne n'exclut pas de freiner la croissance de la population de ces oiseaux aquatiques: à Luxembourg, les ministres de la Pêche ont dit vouloir rechercher "des solutions à l'incidence négative des cormorans sur l'aquaculture, notamment en envisageant des plans de gestion appropriés". Un euphémisme pouvant par exemple signifier des plans locaux d'abattage ou de stérilisation. (afp)
23/06/09 19h01
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