Près du port de Nuuk, capitale du Groenland, Mette Kristensen, termine de coudre un manteau de phoque, qui risque bientôt de ne pas trouver preneur à cause de l'interdiction européenne prochaine de la vente des produits de ce mammifère marin.
Elle peste contre cette mesure de l'UE interdisant l'importation et la vente des peaux et autres produits dérivés des phoques qui entrera en vigueur en janvier. Seule sera autorisée la vente "à des fins non lucratives" des peaux provenant de la chasse traditionnelle pratiquée par les Inuits.
"C'est vraiment déplorable que l'UE s'attaque à une petite communauté, car elle n'aura pas idée d'interdire les corridas sanguinaires en Espagne, un grand pays!" estime-t-elle. Déjà dans les stocks de la tannerie Great Greenland, "quelque 200.000 peaux de phoques s'entassent, et les ventes sont au point mort en Europe" constate son directeur Henrik Estrup.
Désarroi
"Le phoque se vend mal en raison des modes changeantes, de la crise financière internationale et surtout de l'interdiction européenne", note-t-il. Cette interdiction d'une chasse jugée "répugnante" par l'Europe a jeté le désarroi chez des milliers de chasseurs de phoques de l'île.
Dans son bureau qui domine le port de Nuuk, Leif Fontaine, président de l'Association des pêcheurs et chasseurs du Groenland, a du mal à contenir sa colère. "Nous vivons, dit-il, une situation comparable à celle des années 80 où la campagne de boycott menée par Brigitte Bardot a ruiné nos chasseurs incapables de vendre leurs peaux de phoques".
Mode de vie ancestral
L'exemption accordée par le parlement européen aux Inuits "ne sert à rien, car les consommateurs ne discernent pas entre des peaux chassées commercialement ou à des fins de subsistance pour les indigènes", affirme-t-il. "L'Europe doit comprendre que ses décisions ont une influence négative sur notre mode de vie ancestral. Nous sommes un peuple de chair et de sang qui vit de la nature qui l'entoure", assure-t-il.
Selon lui, l'UE enfreint les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) destinées à "relever le niveau de vie, assurer l'emploi et assister des pays comme le Groenland à bénéficier davantage du commerce international". Il a exorté le gouvernement de Nuuk et le Danemark (dont le Groenland dépend) à "assigner en justice l'UE devant la Cour européenne des droits de l'homme et à demander des compensations pour ses chasseurs lésés".
Economie
Des chasseurs frustrés, à l'intar de Hans, qui dépose dans sa voiture au bord du quai un phoque qu'il vient d'abattre dans le fjord de Nuuk. "C'est injuste pour nous qui en vivons" dit-il, chassant "environ 300 phoques par an, et vendant la viande au marché et la plupart des peaux à Great Greenland à raison de 310 couronnes (41,6 euros) la pièce", un prix subventionné aux deux-tiers par le gouvernement pour aider les chasseurs.
L'organisation Inuit Circumpolar Conference (ICC), regroupant les Inuits du Groenland, Canada, Alaska et Sibérie, est vivement préoccupée par cette interdiction. "Les Européens devraient au contraire nous aider à nous défendre contre les mouvements extrémistes de protection des animaux qui dénigrent notre mode de vie durable et cette chasse cruciale pour l'économie de nos villages" affirme Aqqaluk Lynge, président d'ICC au Groenland.
Le chef du gouvernement local Kuupik Kleist compte soulever ce problème dans "les discussions sur la coopération avec l'UE", que le Groenland a quitté en 1985 pour protéger sa pêche, sa ressource principale. "Mais, dit-il, le plus dur sera de renverser le courant d'une opinion mondiale négative envers la chasse aux phoques". (afp)


