Leekens: "En fait, c'est une question d'amour..."

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Par: rédaction
20/02/09 - 14h53
"Ce qui compte c'est de s'amuser et c'est ce que je fais."
 "Je me sens parfois même encore plus apprécié en Wallonie qu'en Flandre" 
"Il faut manager une équipe, c'est-à-dire aussi gérer les 'petits' problèmes, se soucier des familles des joueurs."
"La communication est aussi très importante, il faut supporter ses joueurs dans les bons comme dans les mauvais moments."
 "J'espère que l'on va se qualifier pour la Coupe du Monde car c'est une expérience unique, dont les bonnes et mauvaises expériences font progresser l'équipe" 
"Il y a parfois des problèmes, mais il faut passer au-dessus et oublier, quitte à revenir après."

Comme promis, nous avons posé vos questions à Georges Leekens, qui ne s'est pas fait prier pour y répondre sans prendre de pincettes.

Mac The Knife, vous avez réussi pour ainsi dire partout où vous êtes passé en tant qu'entraîneur. Pourquoi avez-vous échoué à Anderlecht?
(Jean Claude de Frameries)

Je crois que c'est lié au fait que j'étais un jeune entraîneur et qu'on voulait changer les choses pour l'avenir, mais on a voulu aller trop vite. C'est le genre de choses que tu payes cash. C'était une période intéressante, de transition, pou le club tant que pour moi. Mais ce genre de situation donne de l'expérience et sert de leçon par après. C'était une bonne expérience pour le jeune entraîneur que j'étais.


Quels joueurs aligneriez-vous si vous étiez à la tête de l'équipe nationale aujourd'hui ? (Jonathan Dehas de Gedinne)

Pour commencer, je ne suis pas un entraîneur qui choisit les joueurs comme ça, il faut aller scouter, travailler avec les joueurs. Et ça dépend aussi du match qu'on prépare, du noyau avec lequel on travaille. Ce qui compte c'est de créer un groupe soudé. Or nous disposons maintenant d'un groupe jeune avec une bonne mentalité. Je pense qu'on en récoltera les fruits dans les mois à venir.

J'espère que l'on va se qualifier pour la Coupe du Monde car c'est une expérience unique, dont les bonnes et mauvaises expériences font progresser l'équipe. Il est vrai que nous avons de bons joueurs sur chaque ligne, presque à chaque position. Alors bon, je ne suis pas T1 des Diables, donc donner des noms... Fellaini, Defour, Witsel, Kompany, Gillet, des plus âgés comme Van Buyten, Stijnen et Simons, mais aussi Bailly, Vermaelen, Dembele, De Mul, Mirallas, Vanden Borre, en fait toute l'équipe de Pékin. L'avenir est pour nous, en fait. Et je pourrais continuer longtemps.

C'est important d'avoir des jeunes souliers d'or et c'est bénéfique pour les joueurs de partir à l'étranger, en Angleterre, en Allemagne, aux Pays-Bas. Comme je suis optimiste, j'ai dit il y a deux ans qu'une génération arrivait qui avait faim de foot mais qu'il manquait les résultats. Maintenant ça commence doucement... Les noms ne sont pas très importants en fait, ce qui compte c'est d'avoir autant de bons joueurs, et nous avons la chance d'en avoir presque deux par position.


Mr Leekens, vous êtes un excellent entraîneur, ne voudriez-vous pas, à moyen terme, entraîner un club plus huppé que Lokeren (avec tout le respect que j'éprouve vis-à-vis de ce club) ? Un club du top belge par exemple ? Avez-vous encore l'ambition d'entraîner une grande équipe belge? Refuseriez-vous une offre du Club de Bruges par exemple si Mathijssen devait être limogé? (Alain)

D'abord, je me sens bien dans ma peau et il faut que je m'amuse. J'ai déjà entraîné les trois grands (à l'époque il s'agissait de Bruges, Anderlecht et Malines, pas le Standard). Le Standard ça ne s'est jamais fait, c'est comme ça. Et j'ai fait du bon travail à Gand et à Mouscron. Il y a parfois des problèmes, mais il faut passer au-dessus et oublier, quitte à revenir après.

Et c'est encore plus difficile maintenant, à Lokeren, de travailler à ce niveau qui n'est pas le plus haut niveau. J'aime mon boulot, les joueurs, le staff, je fais un maximum pour Lambrechts qui m'a fait venir au club. Ce qui compte c'est de s'amuser et c'est ce que je fais. Pour l'avenir, j'ai une certaine ambition, c'est d'aller en Champions League, et c'est inconcevable avec Lokeren, manquent le budget, les moyens.


Le mental et la communication ont une grande importance de le sport. Que pensez-vous d'instaurer dans chaque équipe de football des séances d'entrainement sur le mental. Quand on voit le nombre de joueur qui se sont révélés grâce à vos dons de fin communicateur, et qui aujourd'hui sont retombés dans l'anonymat, je me demandais s'il ne serait pas opportun d'accorder une plus grande importance aux émotions et aux réflexions des joueurs...et des entraineurs. (Mikaël Sauwens)

C'est vrai, il faut investir dans le physique mais aussi dans le mental. Et on oublie parfois en Belgique d'encadrer les jeunes joueurs. Il faut manager une équipe, c'est-à-dire aussi gérer les 'petits' problèmes, se soucier des familles des joueurs. Il faut faire un bilan mental et comportemental du groupe mais aussi au niveau individuel. Cela peut aider l'entraîneur à travailler en équipe. Le Standard a prouvé ça, en prenant au sérieux le mental, le matériel, la logistique ; l'encadrement va dans le bon sens. La communication est aussi très importante, il faut supporter ses joueurs dans les bons comme dans les mauvais moments. L'amateurisme n'a plus sa place dans le football professionnel.


Georges, vous avez l'air nettement plus relax et détaché de l'aliénation du monde du football depuis que vous entraînez Lokeren. D'où vous vient cette "cool attitude"? (Steve Steevens de Lennik)


Je crois que je suis comme ça depuis plus longtemps, depuis La Gantoise et Mouscron. C'est dû aussi aux gens autour de moi: je devais moi-même inspirer la tranquillité et la confiance au groupe. Plus jeune j'étais trop gagneur, trop perfectionniste, or il faut savoir s'adapter aux situations. On ne peut pas aller plus vite que la musique. Et puis je suis aussi bien soutenu dans ma vie privée, j'ai une vie fantastique, je suis bien dans ma peau et je veux le montrer et rendre au football et au public tout ce qu'ils m'ont donné. Et puis c'est important de rester soi-même. Plus jeune , j'essayais de me faire une carapace, mais il faut se laisser aller à être soi-même.

Pourquoi êtes vous si populaire, selon vous? (Jérôme Tahon, Anderlecht)

En fait, depuis que j'ai vécu beaucoup de choses dans ma vie privée et dans ma carrière, depuis que je suis plus relax, et comme j'aime les gens, je veux toujours remercier ceux qui m'ont offert cette vie fantastique. Je crois que c'est aussi parce que je veux être moi-même à tous les niveaux. Je me sens parfois même encore plus apprécié en Wallonie qu'en Flandre. J'essaie de respecter les joueurs et les fans en étant détendu. En fait, c'est une question d'amour, j'aime les gens, et quand tu donnes de l'amour, tu reçois cet amour en retour. Je suis resté assez jeune « student » en fait dans ma vie, j'ai l'argent qu'il faut, la carrière, et donc j'apprécie la vie et la remercie, je l'accepte comme elle est. Je montre plus mes émotions qu'avant. Avant je voulais faire le dur. Je suis un homme très social, et le public m'accepte parce que j'aime le public.


Quels sont vos hobbies en dehors du football ? (Christophe Forestier de Molenbeek)

Le tennis, en fait la fille de ma compagne est professionnelle, et puis c'est bien de s'intéresser aussi à un sport indivduel où ils font encore plus d'efforts qu'au foot. J'essaie aussi de passer plus de temps avec ma famille, pour ça je dois encore faire des efforts mais avec le boulot très exigeant que j'ai c'est difficile. Je n'ai pas beaucoup de temps. Et puis je suis très social donc j'aime passer du temps avec ma famille et mes amis mais c'est difficile, je me disperse un peu. Et puis comme je suis un fanatique perfectionniste dans mon métier je dois faire des sacrifices. J'ai du mal à trouver du temps libre, ne fût-ce que pour aller faire du jogging.


Que pensez-vous de la réforme du championnat ? (Michel Boucher de Dilbeek)

Je pense qu'une réforme n'est pas toujours mauvaise, mais j'ai quelques doutes : aux Pays-Bas ils sont revenus sur la réforme après trois ans. Le championnat belge n'est pas si mauvais, mais est fort commercial. Je ne suis pas sur que les Belges soient chauds pour aller au stade à Noël par exemple, puisqu'il faudra jouer pendant la trêve. On a pas cette mentalité des Anglais, ni celle des Néerlandais d'ailleurs, qui ne jouent déjà plus pendant la trêve.

Et puis il faut que les stades suivent aussi, au niveau des infrastructures, de la sécurité, même si la sécurité est déjà pas mal. Et, plus important que de réformer le championnat, il faut s'occuper des jeunes surtout. Chaque équipe peut gagner ou perdre contre tout le monde chez nous, donc cette réforme, je pense, est surtout financière, commerciale. C'est gênant de devoir tout faire pour les sponsors, mais on est des professionnels, donc on doit passer au-dessus de tout ça si ça améliore le niveau.

Mais avant tout, il faut encadrer les jeunes, un encadrement professionnel, juridique, administratif. C'est dommage que le Standard ait perdu à Braga mais c'est une équipe qui monte, comme d'autres. Et le plus important pour notre football, c'est d'aller en Coupe du Monde, c'est beaucoup plus important que la réforme du championnat. Et ce qui est très important également, c'est de parvenir à garder les joueurs en Belgique. Il faut absolument travailler à trouver des solutions pour ça.

Propos recueillis par Thomas Halter

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