Les Etats-Unis, aujourd'hui hostiles à l'interdiction des bombes à sous-munitions (BASM) dont ils sont le premier producteur, se rallieront vraisemblablement au traité bannissant ces armes meurtrières sous la présidence de Barack Obama, ont estimé mercredi des ONG.
Une centaine de pays, dont la France et la Grande-Bretagne, doivent formellement signer le 3 décembre à Oslo un traité d'interdiction totale des BASM négocié en mai à Dublin mais affaibli par l'absence de grands producteurs tels que les Etats-Unis, la Russie, la Chine et Israël. "On espère que les choses changeront aux Etats-Unis à partir du 20 janvier", date de l'entrée en fonction de M. Obama, a déclaré Thomas Nash, coordinateur international de la Coalition contre les sous-munitions (CMC), une organisation parapluie regroupant quelque 300 ONG.
"Il y a de bonnes chances pour que cette nouvelle administration prenne une approche différente" de celle, réticente, adoptée par George W. Bush, a dit M. Nash lors d'une rencontre avec la presse étrangère à Oslo. Répandues au Laos, en Irak, en Afghanistan, en Bosnie ou au Liban, les BASM sont des munitions qui peuvent contenir plusieurs centaines de mini-bombes qui se dispersent sur un vaste périmètre mais qui n'explosent pas toutes. Se muant de facto en mines antipersonnel --lesquelles sont interdites par un autre traité adopté en 1997--, les petites bombes n'ayant pas explosé à l'impact ont tué et mutilé des dizaines de milliers de civils ces dernières décennies.
"Dans le passé, Obama a voté pour une réglementation nationale des sous-munitions aux Etats-Unis", a renchéri Grethe Oestern, directrice de l'ONG Norwegian People's Aid et co-présidente de la CMC. "Que les Etats-Unis se rallient au traité dans l'avenir n'est donc pas qu'une possibilité théorique", a-t-elle dit. En 2006, M. Obama avait voté au Sénat américain en faveur d'une interdiction de l'utilisation des BASM dans les zones à forte concentration de civils mais ce texte avait finalement été rejeté. Selon les ONG, le traité qui interdit l'utilisation, la production, le stockage, le transfert et le commerce des sous-munitions, contribue déjà à limiter leur emploi parmi les pays non-signataires.
Si les Etats-Unis, la Russie et la Chine "semblent avoir une allergie aux lois internationales en général", des signes montrent que "la stigmatisation de ces armes marche déjà", a précisé M. Nash. La non-utilisation de BASM dans les opérations de l'Otan, y compris en Afghanistan, et le rapide démenti apporté par Moscou aux informations faisant état de leur emploi contre la Géorgie démontrent que pour ces pays aussi, ces armes sont "moralement inacceptables", selon M. Nash. (belga/th)
(photo: Escoffier pour Handicap International)


