L'histoire d'amour d'Obama dure déjà depuis 100 jours
Barack Obama s'est démultiplié pendant ses cent premiers jours pour surmonter une multitude d'épreuves comme peu de nouveaux présidents en ont connues avant lui et commencer à tenir sa promesse de changer l'Amérique.
Mais cette débauche de nouvelles politiques, au rythme d'une annonce chaque jour ou presque depuis un 20 janvier historique qui vit l'avènement du premier président noir des Etats-Unis, doit encore faire ses preuves.
Ce jour-là, M. Obama assurait aux Américains qu'avec lui, ils relèveraient les défis du moment: une récession sans égale depuis les années 1930, la menace du terrorisme, une planète en danger, un pays en crise de confiance.
Depuis, M. Obama s'est démené pour sortir les Etats-Unis de la crise et rompre franchement avec l'ère de George W. Bush, mélangeant grands idéaux et réalisme.
Deux jours après son investiture, il annonçait la fermeture de la prison de Guantanamo et l'interdiction de la torture. Depuis, il a présenté un calendrier de retrait d'Irak et transposé l'effort en Afghanistan.
Cultivant l'humilité, il a proposé à ses partenaires une "nouvelle ère" de coopération et de dialogue. Il a offert aux grands ennemis iranien ou cubain d'y être associés. Il s'est engagé à prendre la tête du combat contre le réchauffement climatique.
Il a signé une loi sur l'égalité professionnelle entre hommes et femmes, abrogé une clause contre l'avortement, réautorisé le financement de la recherche sur les cellules souches de l'embryon.
Mais c'est la récession qui a occupé l'essentiel du temps d'un président dont le cheveu aurait blanchi: plan de relance, mesures pour enrayer les saisies immobilières, aider les banques et l'automobile, présentation d'un premier budget.
Celui-ci finance des réformes qui modifient considérablement le visage des Etats-Unis à terme. Il engage le difficile projet de donner une couverture santé aux 46 millions d'Américains qui en sont dépourvus. Il lance une grande réforme de l'école et une "révolution" énergétique.
"C'est le programme de réformes le plus ambitieux depuis le projet de Grande société" du président Johnson (1963-69), observe l'expert Sidney Milkis.
Les Etats-Unis connaissaient alors la prospérité. Les réformes de M. Obama, elles, vont de pair avec des mesures économiques évoquant le New Deal, la réponse de Franklin Roosevelt à la crise des années 1930.
M. Obama se retrouve accusé de trop en faire. Ses adversaires lui reprochent de se livrer à des expériences et de présider à un interventionnisme sans précédent depuis longtemps. Ils sonnent l'alarme, parce qu'avec un déficit fédéral qui pourrait dépasser 1.800 milliards de dollars en 2009 et les nouvelles dépenses prévues, les générations futures hériteront d'une dette insupportable.
Le voeu de M. Obama de collaborer avec ses adversaires républicains a fait long feu. Selon l'ancien vice-président Dick Cheney, sa politique met la patrie en danger.
Mais, selon les sondages, M. Obama bénéficie de l'approbation de plus de 60% de ses compatriotes. Ils ne lui en veulent pas des quelques anicroches dans l'installation du gouvernement, pour lesquelles le président a reconnu avoir "foiré".
Pour tirer les Etats-Unis de la crise ou convaincre l'Iran de renoncer à ses activités nucléaires les plus sensibles, il faudra plus de 100 jours. M. Obama ira au-devant de sa première grande épreuve intérieure avec la réforme de la couverture santé, préviennent les experts.
C'est quand Roosevelt s'est attaqué à la sécurité sociale que "la bagarre a commencé", rappelle M. Milkis, qui s'attend toutefois à ce que l'état de grâce dure jusqu'à la fin de l'année.
M. Obama lui-même réclame la patience: l'Amérique, c'est comme un "grand transatlantique, ce n'est pas un hors-bord, ça ne change pas de direction instantanément". (belga/chds)