Nouvel afflux de blessés en Haïti

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Par: rédaction
8/02/10 - 15h02

Près d'un mois après le tremblement de terre, les équipes hospitalières déployées en urgence à Port-au-Prince voient arriver une nouvelle vague de blessés, plus classiques, mais dont la plupart portent les stigmates de la catastrophe.

En robe de chambre, Anne Setoute, 53 ans, attend son tour à l'hôpital de Canapé Vert à Port-au-Prince. Depuis trois jours elle n'a pas dormi à cause d'une douleur dans le bas droit du dos qui l'empêche de respirer. Quelque chose est tombé sur ses côtes le 12 janvier. Sa maison s'est écroulée dans le séisme et elle habite désormais dans la rue mais elle est venue en voiture à l'hôpital avec sa fille. "On entendu parler des médecins français", dit-elle, espérant qu'on va lui "faire un pansement".

A côté d'elle, Jean-Baptiste André, 55 ans, vient aussi consulter pour la première fois. Il n'a pas été blessé dans le séisme mais "mes deux pieds sont chauds et j'ai une crampe là", dit-il en désignant son estomac.

"La première phase, c'était de la traumatologie, des grands blessés, des fractures, des colonnes vertébrales, des grosses plaies, depuis une semaine, on revient à une médecine plus classique", explique Christian Riello, médecin-lieutenant responsable de l'unité de la sécurité civile à l'hôpital de Diquini, à Carrefour, dans la banlieue ouest de Port-au-Prince. Aujourd'hui, outre les accouchements, les équipes médicales soignent "beaucoup de bébés qui ces temps-ci vivent dans de mauvaises conditions d'hygiène". "Et puis avec le bouche à oreille, c'est la loi de l'offre et de la demande", ajoute-t-il.

Les familles jetées à la rue se passent le mot, tout le quartier sait où se sont installées les équipes médicales internationales. Les blessés soignés dans les premiers jours viennent faire changer leurs bandages alors que d'autres vivent dans les jardins des hôpitaux sous les tentes des "services post-opératoires". Certaines victimes ont été plâtrées un peu dans l'urgence, les premiers jours, et reviennent pour qu'on vérifie l'état de leur blessure. Il reste encore quelques blessés graves, qui ont mis du temps à se manifester, faute de moyens pour venir dans la capitale, mais ils deviennent de plus en plus rares.

"Le problème plus sérieux que l'on a maintenant, ce sont des gens qui viennent avec toutes sortes d'infections, surtout des infections liées au manque d'hygiène", gastro-intestinales ou des plaies mal refermées, explique Danielle Laporte-Chastes, 23 ans, infirmière en République dominicaine devenue coordinatrice-adjointe d'un hôpital de campagne installé dans une zone industrielle de Port-au-Prince. Mais jusqu'ici personne n'a encore perçu de véritable épidémie.

Nouveauté également, ceux qui ont mal au ventre ou au dos, signe d'une somatisation de l'angoisse provoquée par la catastrophe et les multiples répliques qui ont suivi. "La première équipe de psychologues s'est principalement occupée des sauveteurs", reconnaît Damien Deluz, psychologue de la sécurité civile. Dans ce genre de catastrophe, explique-t-il à l'AFP, "il y a une phase de choc et puis une fois que la vie a commencé à reprendre, la pression retombe et il y a beaucoup de stress post-traumatique".

A Diquini, des patients, le bras ou la jambe enserrés dans des broches, s'entassent à l'arrière d'un camion. "Il y a une heure, on m'a annoncé qu'un chirurgien spécialiste de greffes de peau serait à Canapé Vert ce soir et demain, alors je lui envoie le plus de monde possible, c'est la chance de leur vie", confie le docteur Riello. (afp)

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