Francos
Depuis plusieurs semaines, Lescop nous chante l'hypnotique et entêtant La forêt. Un titre qui nous fait entrer dans un univers singulier, sombre et violent. L'album du garçon, Mathieu de son prénom, sortira en octobre. Lescop se produisait aux Francofolies en milieu d'après-midi, aujourd'hui, premier jour des festivités. Nous l'avons rencontré juste avant sa montée sur scène.
L'univers de Lescop est sombre, presque violent. C'est donc de cela que l'album sera fait?
Oui, c'est violent mais ce n'est pas agressif. C'est beau et violent, vénéneux. On parle parfois de beauté vénéneuse. Ca parle d'actes de cruauté, de rapports instables, complexes entre les gens. C'est souvent là qu'on trouve, malheureusement ou heureusement, les relations les plus belles. Ce sont les plus passionnelles, les plus intenses en tout cas. Je suis fasciné par la violence. Pas par l'agressivité. Je parle d'une démarche, de cette volonté de ne pas vouloir toujours caresser dans le sens du poil, d'être à contre-jour. Souvent, les chanteurs font des chansons uniquement dans le but qu'on les aime. Moi aussi bien sûr, j'ai aussi envie qu'on m'aime mais quand c'est trop pensé, trop réfléchi, tout est safe, ça ne va pas. Il faut que ça rape, que ça cogne, il faut qu'il y ait de l'étrange.
Vous préférez intriguer que plaire au plus grand nombre?
Non, je veux plaire au plus grand nombre mais déclencher une curiosité chez les gens. S'il n'y a pas cette curiosité, tu vas plaire pendant six mois, un an et après ça sera fini. Tu ne prends la place que de personnes qui sont remplaçables et donc tu deviens remplaçable à ton tour. Ceux qui ont réussi dans la pop musique, c'est ceux qui arrivaient avec un univers franc.
En regardant la programmation des Francofolies de Spa cette année, on constate que de plus en plus de groupes francophones décident de chanter en anglais. A croire que chanter en français, c'est plus compliqué... Pour vous, le français, c'était naturel?
Au-delà de la langue, on fait référence au cinéma français, à la poésie... Enfin, je n'aime pas ce mot. Je trouve ça pompeux les chanteurs qui disent qu'ils font de la poésie. Et puis c'est complètement différent. C'est un peu une provocation ce que je vais dire mais la première ligne d'une chanson doit être un sonnet à elle toute seule. On doit être plus efficace. Les Fleurs du mal, c'est un gros pavé. En fait, être français, être belges, c'est pareil aux yeux des Américains: ça les fait rêver. La France, ils pensent Godard, Alain Delon, ça fait rêver et il faut en profiter. Les auteurs de BD belge l'ont bien compris: Spirou, c'est très belge et c'est pour ça que ça a autant marché à l'étranger. Ca ne triche pas avec ses origines. Je suis le Spirou de la chanson française. Non, je rigole, mais cette démarche-là me plaît.
Quelle est l'histoire derrière la chanson La forêt?
Ca faisait longtemps que je voulais faire une chanson sur une forêt. Ca ne s'explique pas. J'avais la première ligne depuis longtemps. Je savais qu'un jour j'en ferais quelque chose. Et un jour, dans un restaurant, c'est sorti. C'est une manière de me mettre en paix. J'ai écrit beaucoup de trucs cruels sur les filles, je me donnais toujours le beau rôle. J'étais dans un groupe de punks, il fallait que ça soit punk, que ça soit un peu la frime. On voulait faire les malins. Alors que je ne suis pas quelqu'un de mysogyne dans la vie. Pour rétablir la balance, je m'amuse à payer un peu mes précédentes chansons.
Vous avez dit que "la musique, ça doit être éblouissant". Vous avez l'impression qu'il y en a beaucoup des chansons "éblouissantes"?
Il y en a quand même. Régulièrement, il y a des choses qui sortent plutôt rassurantes. Lana Del Rey par exemple, je ne suis pas un grand fan mais ça ne se fout pas de la gueule des gens. C'est rassurant. Metronomy, c'est pareil. Il faut peut-être vingt groupes pourris pour qu'il y en ait un de bien mais c'est pour ces éblouissements-là qu'il faut oeuvrer.



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