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JO 2020: le noble art dans les cordes, le rêve des boxeurs japonais dans les limbes

Être sacré champion olympique dans son pays: tous les boxeurs japonais en rêvent à l'approche des Jeux de Tokyo-2020. Un rêve qui pourrait être mis au tapis si le CIO décide d'exclure la boxe du programme.

Pour le boxeur de 21 ans Yudai Shigeoka, chaque entraînement, chaque combat est une étape sur la route de l'objectif olympique. Mais après la décision du Comité international olympique (CIO), fin novembre, de suspendre l'organisation du tournoi de boxe des JO 2020, il craint que cette route ne finisse en impasse.

Finances douteuses, rumeurs de combats truqués et gouvernance contestée: une enquête du CIO est en cours sur les pratiques de la très controversée Fédération internationale de boxe amateur (AIBA), dirigée par l'homme d'affaires ouzbek Gafur Rakhimov, accusé d'être un "criminel majeur" par les Etats-Unis. Rakhimov dément les accusations du Trésor américain. Début octobre, il avait assuré à l'AFP n'avoir "jamais été impliqué dans des organisations criminelles internationales", dénonçant de "fausses allégations fabriquées par le précédent régime" en Ouzbékistan.

En attendant la fin de l'enquête, qui pourrait durer plusieurs mois et conduire à une exclusion de la discipline pour 2020, les boxeurs sont dans l'incertitude. "Honnêtement, ce serait choquant pour les boxeurs si un rêve qui est juste devant nous disparaît. Nous nous sommes tous entraînés pour les Jeux olympiques de Tokyo", explique Yudai Shigeoka à l'AFP après une soirée d'entraînement dans un gymnase de l'Université Takushoku à Hachioji, dans la banlieue de l'effervescente capitale nipponne.

"Rêve d'enfant"
L'archipel japonais compte actuellement environ 5.000 boxeurs amateurs, pour la plupart des hommes. "Le nombre de boxeurs pourrait diminuer à cause de la décision du CIO", redoute le président de la Fédération japonaise Sadanobu Uchida, contacté par l'AFP. "Les athlètes s'entraînent depuis des années pour les Jeux olympiques, pour eux c'est un rêve d'enfant... C'est un événement si spécial".

D'autant plus spécial que la carrière des boxeurs est généralement plus courte que celle des autres sportifs, réduisant le nombre d'opportunités de glaner le Graal olympique. Par crainte d'une démobilisation de ses boxeurs, la Fédération a prévenu les entraîneurs: la suspension de la compétition par le CIO ne doit pas affecter les athlètes, qui doivent rester concentrés et motivés sur l'objectif 2020. La Fédération a par ailleurs lancé une pétition, demandant au CIO de maintenir la boxe, qui a recueilli plus de 450.000 signatures. "Nous espérons vraiment que les tournois de boxe auront lieu. Et j'ai la conviction, la foi, qu'ils le seront", veut croire Uchida.

La boxe, un des six sports originels des Jeux antiques, fut introduite aux Jeux olympiques par les Grecs dès le septième siècle avant Jésus Christ, selon le site internet du CIO. Elle a fait ses débuts aux JO modernes en 1904 à Saint-Louis, aux Etats-Unis, et n'a pas raté une seule édition des Jeux, à l'exception de ceux de Stockholm en 1912 en raison d'une loi suédoise en interdisant la pratique. "Ce serait triste que la boxe soit abandonnée. Triste pour tous ceux qui sont impliqués dans cet univers", déplore Shigeoka, capitaine de l'équipe universitaire.

"Dans les limbes"
Enfant, Shigeoka pratiquait le karaté, mais il est passé à la boxe à l'âge de 13 ans et a remporté quatre titres nationaux quand il était au lycée. Deux heures par jour, six jours par semaine, il enfile les gants avec vingt autres membres de l'équipe, dont Masayuki Urashima. Cet étudiant de 22 ans craint que ses efforts "ne soient vains" si la boxe est retirée des Jeux. Beaucoup d'étudiants ont arrêté la boxe pour trouver un emploi. Lui a décidé de persévérer dans l'espoir d'être sélectionné. "Participer aux Jeux olympiques, c'est ce à quoi j'aspire. Là, c'est une opportunité en or, car ils auront lieu à Tokyo."

En tant que pays hôte, le Japon pourra qualifier sept boxeurs, cinq hommes et deux femmes. Normalement, ce nombre dépend des éliminatoires asiatiques. A Rio en 2016, le Japon n'avait obtenu que deux places. La décision finale du CIO d'inclure ou non la boxe dans le programme 2020 n'est pas attendue avant juin 2019. D'ici là, Urashima et Shigeoka disent qu'ils continueront à s'entraîner et à espérer. "Que je sois assez bon ou pas, je veux faire de mon mieux jusqu'à la fin", assure Urashima, qui prévoit d'arrêter la boxe après 2020. "Mais s'il n'y a pas de tournoi olympique de boxe, je resterai dans les limbes."