100 vols annulés, Brussels Airlines envisage une action en justice contre Skeyes

Mise à jourLe trafic aérien sera encore une fois perturbé, jeudi, en raison du mécontentement persistant des contrôleurs aériens, indiquent les syndicats. L’espace aérien contrôlé par skeyes est fermé depuis 9h30, confirme le contrôleur européen Eurocontrol. Brussels Airport annonce une reprise des opérations à 13 heures, confirmée par le porte-parole de Skeyes et par celui de l’aéroport de Charleroi. Des milliers de passagers sont impactés: aux aéroports de Zaventem et Charleroi, une centaine de vols au total ont été annulés, en plus des nombreux avions dont le décollage ou l’atterrissage a été retardé. La compagnie aérienne Brussels Airlines tient Skeyes responsable des préjudices qu’elle subit, en raison des grèves menées au sein de l’entreprise, et annonce envisager d’entamer une action en justice.

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Brussels Airport signale 90 vols annulés au départ et à l’arrivée de l’aéroport. Beaucoup de vols sont également retardés jusqu’à 13h00, heure à laquelle l’espace aérien doit rouvrir. Une porte-parole signale s’attendre à ce que les retards se prolongent jusqu’en soirée. A Brussels South Charleroi Airport, une dizaine de vols sont annulés (cinq décollages et cinq atterrissages). Les retards s’accumulent là aussi.

4 millions d’euros de dommages

Pour Brussels Airlines, la coupe est pleine: la compagnie déclare avoir déjà subi au moins 4 millions d’euros de dommages à la suite des actions menées ces derniers mois au sein de Skeyes, sans compter les conséquences de ce jeudi. Brussels Airlines regrette non seulement les actions en tant que telles mais également le fait que Skeyes la prévient souvent à la dernière minute. En conséquence, la compagnie ne peut pas prendre de mesures de précaution. Les vols sont annulés ou déviés à la dernière minute, les passagers doivent être placés sur un autre vol ou remboursés, ou recevoir des repas et un hébergement. Outre la perte financière, sa réputation souffre également. 

“Bye-bye Skeyes”?

De son côté, le gouvernement wallon a mandaté Pegasus, une société de conseils en aéronautique, “pour voir comment contourner Skeyes”, a indiqué le ministre régional en charge des Aéroports, Jean-Luc Crucke. “Du côté de la Wallonie, nous nous rapprochons de plus en plus d’un bye-bye Skeyes”, a-t-il ajouté. Selon Jean-Luc Crucke, la Sowaer -la société wallonne des aéroports- a approuvé en urgence, mercredi, la désignation de Pegasus “pour qu’il détermine comment la Région pourra se passer de Skeyes”, une société à propos de laquelle le ministre ne se fait plus “aucune illusion”. “Côté wallon, le marché est lancé et les factures sont toujours bloquées. Maintenant, c’est aussi au Fédéral de voir ce qu’il y a lieu de faire”, a ajouté Jean-Luc Crucke, en écho aux déclarations de son homologue flamand, Ben Weyts. “Est-ce que le Premier ministre absent, Charles Michel, peut enfin intervenir dans ce foutoir?”, s’est interrogé ce dernier sur Twitter. “Les contrôleurs aériens ont des préoccupations justes mais de mauvais moyens d’action”, a-t-il ajouté.

Un accord social avait été conclu la semaine dernière, qui n’était cependant pas soutenu par l’ACV-Transcom, principal syndicat au sein de l’entreprise chargée du contrôle aérien en Belgique et par le syndicat libéral VSOA. Selon eux, les propositions qui se trouvent sur la table ne solutionnent pas les problèmes de charge du travail et de l’équilibre entre vies privée et professionnelle chez Skeyes.

“Actions injustifiées”

La direction de Skeyes a réagi face à ces actions sociales “injustifiées”, selon elle. Elle précise avoir invité jeudi “les contrôleurs aériens pour leur expliquer l’accord social conclu vendredi 10 mai dernier”. Une permanence était organisée de 10h00 à 19h00.

“Grève sauvage”

“Lorsque la direction a constaté que des actions étaient prises pour affecter le trafic aérien à cause de ces sessions d’information, elle a été contrainte d’annuler les réunions. Toute autre action est considérée comme grève sauvage”, a-t-elle prévenu.

Droit à l’information

Les syndicats avancent eux que le moment d’information a été prévu aux heures les plus chargées de la journée. “Du coup, les employés se sont vu exclus de leur droit à l’information”, s’indigne Kurt Callaerts, secrétaire de l’ACV. Un appel a ensuite été lancé pour se présenter massivement aux réunions, ajoute-t-il, ce qui pourrait entraîner des retards en matinée, et éventuellement une fermeture de l’espace aérien. Le syndicat n’accepte pas que Skeyes parle de grève sauvage.

“Irresponsable”

Le syndicat socialiste ACOD, le seul qui a signé l’accord social conclu avec la direction de Skeyes la semaine dernière, se distancie de l’arrêt de travail observé. Dans un communiqué, le syndicat dénonce “l’attitude irresponsable” du syndicat chrétien. Le syndicat socialiste dénonce la “voie mensongère et destructrice” empruntée par l’ACV. “L’ACOD se pose de sérieuses questions quant à l’attitude irresponsable et aux objectifs de l’ACV”, note le président Bart Neyens dans un communiqué. “Leurs actions portent atteinte aux services publics destinés aux voyageurs, et à l’économie.”

Bellot “regrette” ce mouvement

Le cabinet du ministre fédéral de la Mobilité et des Transports François Bellot s’est limité à “regretter” jeudi le nouveau mouvement social chez Skeyes. Il a renvoyé la responsabilité de la recherche d’une solution dans le conflit social au management et aux syndicats. “On regrette les mouvements sociaux qui ne respectent pas les règles de la concertation sociale”, a indiqué le cabinet, faisant référence à la nécessité de déposer un préavis. Le cabinet a également déploré que ce mouvement a été déclenché malgré l’existence d’un accord social.

“À deux reprises, le management et les syndicats ont conclu un accord social. Ceux qui n’ont pas signé l’accord le renient aujourd’hui. C’est inquiétant. On remet en cause le modèle de concertation sociale”, a observé le cabinet du ministre Bellot.