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Afin d'observer les dames ou de faire leur choix, certains conducteurs roulent "en carrousel" durant des heures sur la chaussée d'Amour © Lukas

106 accidents sur la “chaussée d’Amour” à Saint-Trond, la bourgmestre est excédée

Les conducteurs seraient-ils distraits sur la célèbre “chaussée d’Amour” à Saint-Trond, une grand-route où se multiplient les vitrines de prostitution? Alors que la Luikersteenweg affiche 106 accidents en quatre ans au compteur, un chiffre spectaculaire quand on le compare au reste de la ville, la bourgmestre CD&V Veerle Heeren souhaite que la Ville et la police étudient le phénomène et prendre les mesures nécessaires. Les gérants de bars de prostitution devront s’adapter.

Il ne faut pas être devin pour imaginer ce qui trouble la concentration des automobilistes qui passent par la Luikersteenweg (N3) à Brustem (Saint-Trond). Mercredi soir à nouveau, cinq personnes y ont été blessées dans un accident. Parmi elles, un jeune homme a dû être réanimé sur place puis acheminé dans un état grave à l’hôpital. L’accident s’est produit sur ce que les Flamands appellent tendrement la “chaussée d’Amour” en raison de l’alignement de lieux de prostitution avec leur lot de néons roses et de vitrines suggestives. Cette route a même fait l’objet d’une série télévisée chez nos voisins du Nord du pays.

Dans le cas de l’accident de mercredi, le taux d’alcoolémie du conducteur était très élevé, mais dans la plupart des cas, les crashes se produisent lorsque les automobilistes effectuent des demi-tours. C’est ce que l’on appelle “rouler en carrousel”, une pratique qui vise ici à constamment arpenter la chaussée afin d’apercevoir les prostituées, pour ceux qui n’ont pas les moyens ou n’osent pas s’arrêter et entrer. Cela rend le trafic extrêmement dense sur la chaussée, mais également dangereux, car des conducteurs n’hésitent pas à freiner pour se rincer l’oeil ou par curiosité. À la clé, les 106 accidents évoqués plus haut. Pour la bourgmestre CD&V Veerle Heeren, c’en est trop: elle a décidé de prendre des mesures pour enrayer le phénomène.

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Sur la chaussée d'Amour, 106 accidents ont eu lieu en quatre ans © Selis

“Bande pour voyeurs”

Manque-t-il de présence policière? Non, selon la bourgmestre. “Notre police locale est sur place quotidiennement pour contrôler les éventuelles infractions: excès de vitesse, conduite en état d’ivresse, véhicules qui roulent ou se garent sur les pistes cyclables, etc”, détaille-t-elle. “Mais nous déplorons 106 accidents en quatre ans, ce qui est trop surtout proportionnellement aux moyens déjà déployés. Des opérations coordonnées de la police de la route sont menées fréquemment. Notre service mobilité a même, par le passé, proposé de mettre à l’essai plusieurs solutions potentielles sur cette route régionale, notamment une “bande pour voyeurs” pour éviter les collisions par l’avant et par l’arrière et les carambolages. Mais la Région flamande n’a jamais accepté de s’investir dans le projet”.

De son côté, la Flandre n’est pas inactive. Elle a chargé son département Mobilité et trafic de dresser une liste dynamique des points noirs de la circulation flamande qu’elle veut traiter en priorité dans chaque province. Curieusement, la chaussée d’Amour n’en fait pas partie. “Et ça, en tant que bourgmestre, je ne peux rien y faire. C’est très frustrant”. C’est pourquoi des mesures seront prises à l’échelle communale. “Nous allons analyser nous-mêmes les accidents répertoriés de concert avec la police afin de dégager une fois pour toutes la cause principale de tous ces accidents. Sur base de cette évaluation, nous nous tournerons à nouveau vers l’agence flamande de la mobilité pour mettre en avant ce qui peut et doit être fait”.

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Les gérants font tout pour attirer l’attention des éventuels clients © Selis

Permis d’exploitation obligatoire

“Nous allons aussi nous remettre autour de la table avec les gérants des lieux de prostitution. En vue de cette rencontre, nous avons élaboré un projet équilibré à leur soumettre ainsi qu’un règlement de police. Nous avons travaillé deux ans sur ce dernier et il définit le concept de zone de concentration, où l’on explique où la prostitution peut avoir lieu. Mon but est d’obtenir le feu vert pour un règlement de police qui prévoirait un permis d’exploitation que chaque gérant de bar de prostitution devra demander”, résume la bourgmestre.