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Alain Destexhe © belga

Alain Destexhe, l'humanitaire devenu polémiste

L'ancien secrétaire général de Médecins sans frontières (MSF) Alain Destexhe, qui vient de quitter le MR pour créer un nouveau parti de droite, a commencé sa carrière politique en 1995 au Sénat où il a siégé sans discontinuer jusqu'à ce jour, hormis entre 2010 et 2014. Il est aussi député bruxellois et de la Communauté française.

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"Moi, je suis de droite. Comme nos électeurs"

Alain Destexhe

Arrivé en politique au PRL sous la présidence de Jean Gol, Alain Destexhe a toujours été un électron libre au sein de la famille libérale, irritant parfois ses présidents de parti, Louis Michel ou Didier Reynders. Ce dernier dira un jour de lui que Médecin sans frontières il s'est mué en sénateur sans limites.

Un rappel à l'ordre
Devenu faiseur de voix, Alain Destexhe ne sera cependant jamais sanctionné par son parti, tout juste parfois rappelé à l'ordre.

Se fâchant aussi avec ses collègues communaux, Alain Destexhe peine à s'implanter localement. Liégeois d'origine, il est successivement conseiller communal à la ville de Bruxelles, à Auderghem puis à Ixelles. Peu avant les élections communales du 14 octobre 2018, il annonce toutefois son retrait de la liste pour des raisons médicales.

Une mission en Corée du Nord
En 2000, Alain Destexhe accroît sa notoriété publique en participant à une mission parlementaire en Corée du Nord qui fit grand bruit après avoir fait l'objet du documentaire "Une délégation de très haut niveau" diffusé dans l'émission satirique Strip-Tease sur la RTBF.

"Libéral à l'américaine"
Impliqué dans les enjeux humanitaires ou de santé publique (il a été un des parlementaires à l'origine de la commission d'enquête parlementaire sur le Rwanda), il a évolué en libéral à l'américaine faisant du système son coeur de cible. Dans sa ligne de mire, les partis de gauche et les syndicats, la gestion wallonne, la politique criminelle, les médias et surtout ces dernières années, l'immigration et l'islam.

Devenu polémiste, Alain Destexhe écrit des pamphlets et alimente des blogs ainsi que le site français Figarovox.

"Moi, je suis de droite, comme nos électeurs"
Alors que la politique ferme et le ton du secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration Theo Francken suscite quelque frémissement auprès de mandataires MR, Alain Destexhe déclaré au Vif: "Moi, je suis de droite. Comme nos électeurs".

Provocateur, il participe en 2017 à une mission parlementaire européenne controversée auprès du président syrien Bachar el-Assad, mission opérée grâce au concours d'un avion gouvernemental russe. L'organisation de ce déplacement fera l'objet d'une enquête interne au sein de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE).

Enquête anti-corruption
La même année, on apprend qu'Alain Destexhe fait aussi l'objet d'une enquête anti-corruption au sein de l'APCE. Dans le viseur des enquêteurs, son rôle comme co-fondateur d'une asbl, financée par des fonds azéris, chargée de surveiller l'organisation d'élections. M. Destexhe n'avait pas mentionné l'existence de cette asbl - un acte obligatoire - alors qu'il avait rédigé un rapport sur la situation des droits de l'Homme en Azerbaïdjan. Entre-temps, M. Destexhe a quitté l'assemblée du Conseil de l'Europe. Fin novembre, le Parquet de Bruxelles ouvrait une information judiciaire dans ce dossier.

Récemment, il avait présenté sa candidature pour tirer la liste régionale du MR au prochain scrutin à Bruxelles. Son parti a finalement attribué cette place à Françoise Schepmans.

Départ du MR
Ce mercredi, Alain Destexhe a annoncé officiellement son départ de la maison libérale pour lancer un nouveau parti baptisé provisoirement "Liste Destexhe", qu'il décrit comme une sorte de "N-VA francophone", en vue des élections du 26 mai prochain.

Les Listes Destexhe lancent un large appel à les rejoindre
L'appel aux candidats est lancé en direction de citoyens ou de mandataires qui ne se retrouvent plus dans le "consensus mou" pratiqué par les partis francophones, MR mais aussi PS et cdH. Alain Destexhe les invite à rejoindre ses listes, dont il ne briguera pas la présidence, età partager ses convictions qui marqueront un programme allant du centre à la "droite classique".

L'agitateur de la politique belge francophone estime que cette droite classique, qui s'exprime en Flandre, avec la N-VA, en France avec Les Républicains, en Espagne avec le Parti populaire, à travers les libéraux néerlandais et allemands, ne se manifeste plus en Belgique francophone. Avec le MR, le point de rupture a été l'adhésion au pacte mondial de l'ONU pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (dit "Pacte de Marrakech"); la goutte qui a fait déborder le vase fut le ralliement à la proposition de loi écologiste sur le climat. 

Alain Destexhe ne se de dit pas "anti-migrant"
Pour autant, Alain Destexhe s'affiche européen critique, ne se dit ni anti-migrant - raison pour laquelle, "non", il ne rejoindra pas le Parti populaire (PP) de Mischaël Modrikamen - et ni climatosceptique (la meilleure façon de lutter contre le réchauffement en préservant le pouvoir d'achat est selon lui de renoncer à la sortie du nucléaire). 

Les priorités
L'ébauche des premières priorités programmatiques invite à freiner l'immigration, simplifier la gestion publique (réduire de moitié le nombre d'élus), diminuer les dépenses publiques (à l'exception des politiques régaliennes), construire quatre nouvelles lignes de métro selon un partenariat public-privé, revoir le système du chômage en grossissant l'indemnité de départ mais en la supprimant en bout de course (moyennant le maintien d'une allocation de solidarité).