Ce dimanche, Alost était seul contre le reste du monde, souligne Het Nieuwsblad, tandis que la procession était scrutée par les médias du monde entier.
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Ce dimanche, Alost était seul contre le reste du monde, souligne Het Nieuwsblad, tandis que la procession était scrutée par les médias du monde entier. © BELGA

Alost contre le reste du monde: la presse flamande tire sur un carnaval “tumultueux”

Le carnaval d'Alost divise, et les carnavaliers ont été trop loin dimanche lors du traditionnel cortège de chars satiriques, peut-on lire lundi dans la presse flamande.

Le carnaval d'Alost divise plus que jamais, écrit le quotidien De Morgen, qui s'interroge sur l'avenir du cortège alors que des chars caricaturant les juifs y ont à nouveau défilé dimanche. Pour le constitutionnaliste Jogchum Vrielink (Université Saint-Louis), le contexte singulier du carnaval permet de rester dans les limites du droit à la liberté d'expression garanti par la Constitution. "Jusqu'à présent, il n'a jamais été question de faits punissables d'un point de vue juridique parce que l'intention malveillante, notamment, y faisait défaut. Mais je voudrais souligner que si les carnavaliers vont à chaque fois plus loin, les juges pourraient considérer cela comme une intention malveillante".

Ce dimanche, Alost était seul contre le reste du monde, souligne Het Nieuwsblad, tandis que la procession était scrutée par les médias du monde entier. 

Un carnaval “tumultueux”

Het Laatse Nieuws évoque, lui, un carnaval "tumultueux". Cette année encore, les caricatures au nez crochu étaient de sortie, accompagnées notamment d'une représentation d'un Mur des Lamentations construit en lingots d'or et d'une parodie du morceau 'Hey Jude' des Beatles. Les tensions déjà à leur paroxysme avant même que le cortège ne s'élance, les carnavaliers ne pouvaient que dépasser les bornes, écrit le quotidien. 

"Le Carnaval d'Alost cristallise des dilemmes appelés à être récurrents", prévient le sociologue Walter Weyns dans De Standaard. "Si ces discussions peuvent paraître futiles, elles vont bien au-delà du cas particulier d'Alost. Le vacarme qui en découle se reproduira sous d'autres formes parce qu'il porte nombre de questions urgentes comme le racisme, Metoo, Zwarte Piet, l'appropriation culturelle par les blancs, la question des genres, l'hétéronormativité, la transphobie, etc., qui présentent toutes un schéma similaire", explique-t-il. "Les gens se font toujours face avec incompréhension et suivent une logique exclusive, selon eux, qui se heurte frontalement à celle de la partie adverse, démontrant tragiquement qu'ils ne se comprendront jamais".

Le journal Le Soir, seul quotidien francophone à consacrer son éditorial au carnaval d'Alost, relève "un sens de l'humour douteux". "L'antisémtisme, comme le racisme, se nourrit de sa banalisation sous couvert d'humour", y rappelle Marc Metdepenningen. "Rire est une liberté. Mais chaque liberté est pondérée par les atteintes aux autres liberté".

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 Unia souligne le rôle des autorités communales et continue de privilégier le dialogue

Les autorités communales d’Alost étaient les seules, dans le contexte actuel, à être à même d’avoir un impact préventif sur le carnaval pour en limiter les excès à tendance antisémite, a estimé Patrick Charlier, directeur d’Unia, lundi matin au micro de La Première (RTBF radio). Selon lui, il est trop tôt pour dire si les chars et déguisements sortis dimanche et caricaturant des juifs peuvent donner lieu à des poursuites sur le plan juridique, mais c’est une question qui est étudiée.

“Sur le plan strictement juridique, nous sommes en contact depuis plusieurs jours avec le parquet, avec son magistrat de référence sur la législation antidiscrimination et avec le policier de référence. La police a d’ailleurs pris note de l’identité des personnes des groupes carnavalesques présentant un lien avec la judaïté, entre autres. Je ne peux pas vous dire aujourd’hui s’il y aura des poursuites, mais ce n’est pas exclu que la loi s’applique dans ce cas. Nous allons avoir une concertation avec le parquet et la police à ce sujet”, explique le directeur de l’institution publique indépendante chargée de lutter contre la discrimination.

Dans la même ligne que le large rapport “Le carnaval et les limites à la liberté d’expression” publié par Unia il y a quelques mois, le directeur de l’instance insiste sur l’importance du dialogue, de l’échange, entre autres pour expliquer d’une part le contexte particulier du carnaval et comprendre de l’autre les inquiétudes des communautés se sentant visées. Cela permettrait d’éviter que l’escalade constatée dimanche “devienne quelque chose de récurrent”, et parallèlement de “faire évoluer les traditions carnavalesques”. Un tel échange aurait d’ailleurs dû se mettre en place il y a plusieurs mois, pointe Patrick Charlier.

“Une des possibilités aurait été de mettre les choses en débat, d’inviter par exemple le musée juif ou la Kazerne Dossin au musée du carnaval pour qu’ils puissent expliquer pourquoi et comment certaines questions sont choquantes (...) Les autorités communales ont ici une responsabilité: le fait que le bourgmestre ait refusé de rencontrer les organisations juives l’année passée, qu’il ait ‘demandé’ le retrait du carnaval de la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco, c’est un carburant qui a permis aux groupes de se lâcher cette année sous l’idée ‘à Alost tout est permis’”, lâche le directeur, qui pointe donc directement l’attitude jugée fort complaisante du maïeur N-VA de la ville, Christoph D’Haese.