Les poupées de la controverse au carnaval d'Alost, ce dimanche.
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Les poupées de la controverse au carnaval d'Alost, ce dimanche. © BELGA

Alost n'interdira pas les chars controversés: “Ce carnaval est une honte”

Mise à jourLa ville d'Alost n'interdira pas la présence de chars controversés lors du cortège du carnaval qui a débuté lundi à 13H00. Le cortège est raccourci et les groupes ne sont plus tenus par leur ordre numérique du cortège de dimanche. Ce dernier a de nouveau provoqué l'indignation de la communauté internationale en raison de la présence de certaines caricatures juives.

Malgré les critiques dénonçant l'antisémitisme de la fête populaire à Alost, le conseil communal n'interviendra pas et ne retirera aucun char du défilé de lundi, a-t-il signifié. Dimanche, la police a toutefois noté l'identité des fêtards qui auraient éventuellement dépassé les limites. Il ne s'agit pourtant pas d'un procès verbal mais plutôt d'un manière de permettre une identification correcte en cas de plainte. Ces identifications auront lieu lundi. 

Outre le défilé du carnaval, la traditionnelle danse du balai ainsi que le lancer de balai et le jet d'oignons figurent également au programme des Gilles d'Alost.

“Le carnaval d’Alost est une honte”, dénonce le commissaire européen

Le commissaire européen Margaritis Schinas, en charge de la Promotion du mode de vie européen et de la lutte contre l’antisémitisme, a condamné avec force lundi les chars et déguisements caricaturant les juifs, dimanche au carnaval d’Alost. “Cela me semble clair: le carnaval d’Alost est une honte”, a tranché le commissaire grec dans un tweet, lundi après-midi.

“Cela doit cesser. Il n’y pas de place pour cela en Europe”, ajoute-t-il en référence aux comportements des groupes carnavalesques qui ont surfé sur la polémique de l’an dernier et dépeint des juifs aux nez crochus, parfois en fourmis.

Le commissaire renvoie à la réaction qu’il avait déjà eue l’an dernier sur le carnaval d’Alost lorsqu’il était porte-parole en chef de la Commission Juncker. Peu après le cortège qui avait été marqué cette année-là par un char présentant des caricatures de juifs orthodoxes défendant des coffres-forts, M. Schinas avait jugé “impensable que de telles images paradent dans les rues européennes, 74 ans après la Shoah”. C’est ce char qui avait créé la polémique même au-delà des frontières nationales et mené au retrait du carnaval d’Alost de la liste du patrimoine mondial immatériel de l’Unesco.

“Notre Union a été construite sur les cendres de l’Holocauste. Se le remémorer et combattre l’antisémitisme est notre devoir envers la communauté juive et est indispensable pour protéger nos valeurs européennes communes”, avait ajouté M. Schinas en citant Jean-Claude Juncker.

Lundi midi, les porte-paroles de la Commission rappelaient que sur le plan purement légal, il revenait à l’État concerné d’agir. Interrogé par Belga, le Conseil de l’Europe a lui aussi condamné toute forme d’antisémitisme. L’institution paneuropéenne, qui abrite à Strasbourg la Cour européenne des droits de l’homme, s’est dite consciente que “le gouvernement fédéral belge (était) très préoccupé par ces incidents et (réfléchissait) aux mesures juridiques nécessaires”. 

Unia a reçu 25 plaintes

Unia a reçu 25 plaintes concernant le carnaval d’Alost, dont la moitié avant même le défilé du cortège de dimanche, a indiqué lundi son directeur Patrick Charlier à l’agence Belga. Le centre interfédéral pour l’égalité des chances étudie, avec la police et le parquet, l’opportunité d’entreprendre des démarches en justice. “C’est la chronique d’une polémique annoncée”, commente M. Charlier au sujet du carnaval d’Alost.

Unia s’attendait à un cortège “problématique”. Si les auteurs du char ayant suscité la polémique l’an dernier se sont eux rendus à la Caserne Dossin (d’où 25.000 juifs ont été déportés pendant la Deuxième Guerre mondiale) et ont rencontré des organisations juives, les autorités communales n’ont elles pas pris leurs responsabilités, dénonce le directeur du centre.

“Elles n’ont pas anticipé les risques et les dérives. Leur décision de se retirer du patrimoine de l’Unesco a été un signe que tout était permis, ce qui a amené les différents groupes à se lâcher (...) Toutes les représentations de juifs n’étaient pas problématiques, mais des juifs déguisés en fourmis, même si cela peut se comprendre comme un jeu de mots au niveau local, c’est difficilement audible au niveau national ou international (...) Cela ne peut que renvoyer à l’idée que des insectes, il faut les exterminer (...) C’est pourquoi nous essayons de faire comprendre aux organisateurs de fêtes folkloriques que celles-ci ne sont plus uniquement locales.”

Le char de l’année passée n’était pas légalement punissable puisqu’il n’y avait pas d’intention d’inciter à la discrimination, mais son iconographie antisémite méritait davantage de précaution et de dialogue, estime M. Charlier. “Le bourgmestre a refusé à trois reprises de rencontrer des organisations juives. Le gouvernement flamand a lui ignoré trois fois les demandes d’explications de l’Unesco.” 

Choqué, le Consistoire central israélite appelle toutefois à la reprise du dialogue

Le Consistoire central israélite de Belgique, organe représentatif du judaïsme, a souhaité lundi “reprendre dans les meilleurs délais le dialogue avec les Alostois.”

“La communauté juive de Belgique a été profondément choquée et blessée par un certain nombre de caricatures (...) A nouveau, certaines de ces représentations des membres de la communauté juive sont clairement inadmissibles dans une démocratie comme la nôtre”, a condamné le Consistoire dans un communiqué.

L’organe s’engage à suivre activement la recommandation de la Première ministre Sophie Wilmès qui, “après avoir fait part de sa désapprobation, a cependant appelé au dialogue.”

“Déjà après le carnaval 2019, le dialogue avait été entamé avec les carnavalistes d’Alost. Malheureusement, il fut interrompu. Le Consistoire central israélite de Belgique souhaite reprendre dans les meilleurs délais le dialogue avec les Alostois, sous l’égide d’UNIA (le centre interfédéral pour l’égalité des chances, NDLR) et ce, avec le soutien espéré de la Ville d’Alost et du gouvernement de la Région flamande”. Le Consistoire fait également observer que la communauté juive de Belgique est “particulièrement bien structurée”. À ses yeux, il est donc “plus que souhaitable que ce dossier reste à ce stade belgo-belge.”

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