Prison de Jamioulx
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Prison de Jamioulx © Photo News

Après l’émeute, un prisonnier de Jamioulx revendique: “La TV gratuite”

InterviewSamedi en fin d’après-midi, une vingtaine de détenus ont refusé de quitter le préau et ont bouté le feu à différentes zones de la prison de Jamioulx (Ham-sur-Heure/Nalinnes). Beaucoup de rumeurs ont circulé sur leur intention. Aujourd’hui, un détenu prend la parole pour détailler ce que les condamnés attendent de la direction.

“Je fais des réclamations liées au Covid-19". C’est par cette phrase que débute le monologue d'un prisonnier de Jamioulx filmé par un autre détenu. Ce qui confirme que l’épidémie du coronavirus est à la base de l’émeute qui a éclaté au sein de l’établissement pénitentiaire le week-end passé.

Revendications majeures

L’individu qui a pris la parole précise d’ailleurs que ces réclamations proviennent de toutes les personnes enfermées à Jamioulx. Lettre à la main, il identifie cinq revendications majeures:

• “Étant donné que nous avons été coupés du monde, nous ne voyons plus nos familles, nos enfants, nos mères, nos pères, nos sœurs, nos frères, nos compagnes, nos épouses. On aimerait que le téléphone soit gratuit.”

• “Vu les circonstances actuelles, l’ensemble des détenus aimerait bénéficier de la télévision gratuite. Moi, je ne vois pas pourquoi je devrais encore payer et encore subir.”

• “Nous réclamons une cantine beaucoup moins chère. Nous avions une cantine qui était vraiment bien à l’époque. Maintenant, suite à ce Covid-19, on nous fait payer plus cher. Je ne trouve pas ça normal, moi.”

• “En ce qui concerne les manquements, on commande des gels douche. Ce qui fait partie de l’hygiène. Les gels douche n’arrivent pas. On nous laisse sans gel douche. Donc, on fait quoi? On ne se lave pas? Qu’ils nous donnent un kit entrant avec les gels douche gratuits. Nous réclamons pour les détenus les plus défavorisés un kit entrant pour l’hygiène. C’est pour les gens qui n’ont pas assez d’argent. Ils font quoi pour se laver? Ils ne se lavent pas alors? On fait quoi pour ces gens-là?”

• “Il y a une semaine, on est allé vers les agents. On leur a demandé des masques, des liquides pour désinfecter nos mains, des gants (...). On nous a dit ‘oui’. On nous a passé la pommade. Résultats des courses: l’ensemble des détenus a voulu les faire rentrer. Ça a été recalé à l’entrée. Ce n’est pas normal. On parle quand même du Covid-19. À la base, nous sommes des êtres humains.”

Réponses syndicales

Le délégué syndical de la Centrale Générale des Services Publics (CGSP) à la prison de Jamioulx, Fabrice Dupont, se montre compréhensif par rapport à ces demandes: “Ils sont déjà au bout du monde. Ce n’est pas facile pour eux.”

Néanmoins, il apporte quelques précisions: “A la base, le prix de la cantine est majoré de 10%. Mais ce surplus est reversé à la caisse CED (NDLA. Caisse d’Entraide pour Détenus). La collecte est redistribuée aux prisonniers les plus démunis. Ceux-ci ont droit à un minimex de 40 euros par mois pour pouvoir téléphoner, regarder la TV, s’acheter du tabac... Mais il est vrai que le prix a encore augmenté dernièrement. À cause de la crise du coronavirus, notre fournisseur ne sait plus livrer. Or, il pratiquait un très bon prix. Avec le nouveau fournisseur, le coût est parti à la hausse. Ceci dit, il faut souligner que nous sommes encore une des rares prisons belges à proposer une cantine.”

En ce qui concerne les gels douche et la promesse de masques, de gants et de désinfectants, notre interlocuteur est plus dubitatif: “Il existe des kits entrants pour les plus démunis. Et chacun en reçoit un dès son entrée en prison. Il comporte du papier toilette, du gel douche, du dentifrice... Je pense que nous avons de bons stocks, mais cela mérite d’être vérifié. Ensuite, à ma connaissance, les gardiens n’ont fait aucune promesse de masques ou de gants aux détenus. Et il y a déjà du gel hydroalcoolique un peu partout dans la prison. Il est aussi bien disponible pour les gardiens que pour les détenus.”

Pour le reste, notre interlocuteur se montre ouvert à la discussion: “On peut envisager d’offrir gratuitement le téléphone ou la télévision pour une période limitée. D’ailleurs, nous avons déjà donné deux fois dix euros pour qu’ils bénéficient de ces services. Mais il faut faire attention à ce que l’on fait. Car cela signifie qu’il faudrait puiser des sous dans la CED qui n’est déjà pas très fournie. Il faut garder un certain équilibre pour ne pas porter préjudice aux plus démunis.”

Libérations

L’orateur de la vidéo n’a pas manqué d’ajouter une requête personnelle à ses desiderata: “Moi, il y a un truc que je ne comprends pas. On donne des faveurs à des détenus. On les libère. On leur donne des congés prolongés. Mais quelle est la différence entre un détenu et un non-détenu? Pour moi, il n’y en a aucune. Moi aussi, j’ai droit à avoir une faveur. Si on ne veut pas me faire sortir, qu’on ne me fasse pas sortir! Mais qu’on me donne au moins une grâce! Ou quelque chose. (...) Ou qu’on me donne des dédommagements moraux. Moi, tous les jours, je me lève avec la boule au ventre: savoir si je vais être malade, savoir si ma famille va être malade...”

Fabrice Dupont ne nie pas qu’il y a eu des libérations à la suite de la propagation du coronavirus: “Ça fait des années que l’on demande une réduction de la population carcérale. Nous avons finalement été entendus sur ce point.”

Décence

Enfin, le porte-parole des prisonniers explique ce qui l’a poussé à enregistrer cette vidéo: “Ce que je voulais faire, c’est toucher un peu le monde. Ici aussi, en prison, on est des êtres humains. Nous aussi, on a droit à avoir une vie et une détention décentes.”

La révolte qui est née au sein de l’établissement pénitentiaire le week-end dernier n’a fait aucun blessé. Par contre, les dégâts matériels sont importants car le feu a été bouté en plusieurs endroits. Suite à cela, les prisonniers ont été confinés durant 48 heures dans leurs cellules.

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