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Bloquée au Maroc, cette famille belge “manque de médicaments”

InterviewPlusieurs centaines de Belges sont actuellement bloqués au Maroc. En effet, le royaume chérifien a gelé toutes les liaisons aériennes depuis le 15 mars dernier et ce, jusqu’à nouvel ordre. En cause: la crise du coronavirus. Une famille de Dampremy (Charleroi) nous raconte son calvaire.

“Ma fille de trois ans a de l’asthme. Moi, je souffre de polyarthrite. Certains médicaments nous manquent car nous avions prévu un stock pour dix jours. Et dans le petit village dans lequel nous nous trouvons, il n’y a pas tous les médicaments dont nous avons besoin.”

Partis le 14 mars dernier, Kathy Frère (39 ans), son mari marocain Fouad (39 ans) et leurs deux filles, Mariam (trois ans) et Lina (cinq ans), auraient dû rentrer en Belgique le 21 mars. Ils sont toujours à Guercif, une ville de 90.000 habitants dans le nord-est du Maroc.

Il n’est pas non plus aisé pour Kathy de commander la médication nécessaire auprès de la pharmacie locale: “Nous sommes en confinement. Ce n’est pas si facile de sortir de la maison.” En effet, le pays a décrété l’état d’urgence sanitaire et tous les déplacements doivent y être justifiés par le biais d’un document officiel.

Autres enfants

Qui plus est, Kathy a aussi cinq autres enfants qui sont restés en Belgique: Kevin (20 ans), Kimberley (18 ans), Brandon (16 ans), Maydi (15 ans) et Kelly (14 ans). La séparation commence à devenir pénible: “Nous voulons rentrer le plus vite possible. Au vu de tout ce qui se passe en Belgique, je dois rentrer pour protéger mes enfants.”

Les contacts entre eux restent réguliers: “Ils me disent que je leur manque. Leurs sœurs aussi.”

Ressources financières

Pour l’instant, les ressources financières ne viennent pas à manquer. Kathy et ses proches au Maroc logent chez les parents de son époux: “Mes beaux-parents et mon beau-frère font beaucoup pour nous. Pourtant, ce n’est pas si facile.” Ils vivent à 14 dans une maison de 136 mètres carrés.

Les enfants restés en Belgique peuvent compter sur le salaire des deux aînés et en cas de besoin, Kathy leur envoie de l’argent. Mais il n’empêche que Fouad est censé reprendre le travail le 3 avril dans une société de location de matériel pour banquets.

Or, ils n’ont plus eu de contact avec l’ambassade belge pour un rapatriement depuis le 20 mars: “Elle nous a demandé nos noms, nos prénoms et le nom de la ville dans laquelle nous séjournons. Elle nous a dit d’attendre. Juste attendre.”

Inquiétude politique

Au niveau politique, le Parti Socialiste (PS) et Écolo s’inquiètent de cette situation: “Le ministre Philippe Goffin nous a informés que le Maroc n’autorisait pas le départ de nos concitoyens qui possèdent aussi la nationalité marocaine. On ne peut accepter cette situation comme une fatalité!” a commenté le député fédéral Écolo Samuel Cogolati, cité dans un communiqué. “Nous nous devons de considérer ces citoyens pour ce qu’ils sont: des citoyens belges à part entière, au même titre que les milliers de Belges qui ont déjà été rapatriés, notamment depuis le Maroc.”

“Nous savons que le Maroc a décidé de fermer son espace aérien. Mais nous savons aussi que le mercredi 25 mars, Air Canada a réussi à rapatrier plusieurs citoyens canadiens coincés au Maroc. Ce n’est pas donc pas une fatalité”, a ajouté Rajae Maouane, coprésidente Écolo. “Nous demandons donc au gouvernement fédéral de faire ce qui est en son pouvoir, éventuellement en coopération avec d’autres États européens, pour que tous les Belges bloqués à l’étranger, au Maroc comme ailleurs, puissent être rapatriés, peu importe qu’ils aient une deuxième nationalité ou non.”

Responsabilité belge

Interrogé par la RTBF, le député PS, Ahmed Laaouej, a estimé que “si ces personnes sont bloquées, ce serait en raison de leur binationalité mais aussi en raison de l’absence de mesures prises suffisamment rapidement par les autorités belges pour pouvoir les rapatrier. C’est une situation qui est tout à fait intolérable. Il y a des familles déchirées en raison de cela.”

Jusqu’à présent, 1.081 personnes ont pu quitter le Maroc pour retourner en Belgique depuis l’arrêt des correspondances aériennes.

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