Ce Wavrien est confiné dans une chambre d’hôtel depuis son arrivée à Taïwan: “14 jours sans voir personne”

Marc Devillé est arrivé à Taïwan le 16 mars dernier. Depuis son arrivée, il a vu l’aéroport et... une chambre d'hôtel. Mis en quarantaine, le Wavrien de 32 ans est coupé du monde pour une durée de 14 jours. Son quotidien? L’ennui. Durant près d’une semaine, il a séjourné dans une pièce dépourvue de fenêtre. “C’est dur, mais je le gère bien. Ma famille avait peur que je devienne fou, ce n’est pas le cas. C’est moi qui suis inquiet pour les proches que j'ai laissés en Europe.” 

Seul au monde. Depuis plus d’une semaine et son arrivée à Taïwan, Marc Devillé est isolé dans une chambre d’hôtel. Un (long) passage obligé pour toute personne qui entre sur le territoire. “J’étais un peu paumé quand je suis arrivé, je pensais pouvoir faire mon confinement dans un appartement qui appartient à ma belle-famille”, entame le Wavrien. “Mais les mesures gouvernementales ont changé juste avant que je pose les pieds sur le tarmac. Désormais, tous les voyageurs qui souhaitent entrer au pays doivent séjourner 14 jours dans l’un des hôtels réquisitionnés par l’État. Inutile de vous préciser que ces établissements sont complets pour plusieurs semaines.” 

“Je ne peux pas sortir de ma chambre, je ne vois absolument personne”, poursuit-il. “Durant plus d’une semaine, je n'ai pas aperçu la lumière du jour. Après huit jours, j'ai pu intégrer une chambre qui s’est libérée et qui dispose d’une fenêtre. Dès que je suis entré, j'ai directement ouvert les tentures, sans même prendre le soin de déposer mes affaires au préalable.” 

“Pas un pied dans le couloir”

Durant ce court transfert, Marc a eu l’occasion de côtoyer “une personne réelle” l’espace de quelques minutes. “Une employée m'a conduit vers ma nouvelle chambre. Mais tous les couloirs étaient déserts. Je pense que l’ensemble du personnel avait été prévenu qu’un cas potentiel allait sortir. À part cette dame, je n'ai vu personne depuis le 16 mars. Mes interactions sont uniquement virtuelles.”

Les repas sont livrés devant sa porte avant qu’un appel ne l'autorise à récupérer le plateau. “Tu as le droit de tendre ton bras pour l’attraper, mais sans mettre un pied dans le couloir”, commente le fondateur de la marque belge Sisswy.  Son plus grand ennemi? L’ennui. “Pour passer le temps, je converse beaucoup avec mes amis via internet. Je regarde la télé et des films sur mon ordinateur.” 

“Pour ne pas devenir fou, je cours”

Joueur de foot amateur à Wavre-Limal (P2 Brabant), il doit également composer avec une activité physique restreinte. “C’est compliqué. D’ordinaire, je fais du sport quasi tout le temps. Pas bouger, c’est dur. Je fais des pompes, des abdos, du gainage par terre. En temps normal, il n’y a jamais une journée où je reste chez moi à ne rien faire. La différence est vraiment énorme entre ma vie habituelle et ce que je vis actuellement. Pour ne pas devenir fou, je cours. Mais l’espace est évidemment limité. Sept pas aller, sept pas retour." 

Pas question de se plaindre pour autant. “C’est normal ce qui se passe ici. Le non-respect, par certains, du confinement en Belgique m’étonne. Tu peux aller dans ton jardin, ta famille est présente à tes côtés, il suffit de mordre sur ta chique.” Marc Devillé confie d'ailleurs être davantage inquiet pour ses proches restés en Europe. “Mes parents, ma sœur, mes amis savent qu’au bout des 14 jours, je serai libre avec peu de risques (NDLR: 215 cas et deux décès ont été recensés à Taïwan). Alors qu’en Europe, c’est la merde. C’est moi qui me fais du souci pour eux.” 

“La Belgique a été tellement lente”

“La Belgique a été tellement lente”, estime-t-il. “C’est certainement lié à la multiplicité des gouvernements. Ici, la responsable de la Santé a tranché directement. Elle n’a pas dû demander l’avis à 50 personnes. Le facteur culturel joue également un rôle prépondérant. Les Taïwanais se sont auto-confinés, sans que le gouvernement ne l’impose. Cela a été conseillé par la suite par les autorités, mais les gens avaient déjà pris le pli de rester chez eux au maximum, de limiter leurs déplacements. Chez nous, c’est déjà compliqué de respecter les mesures imposées.” 

Marc Devillé
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Marc Devillé © Facebook @CélineDevillé
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