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Le Fort de Douaumont, lieu emblématique de la Première Guerre Mondiale © afp

Commémorations du 11 novembre: ce désastre qui a façonné le XXe siècle

Update"L'Allemagne paiera": ce leitmotiv français au coeur du Traité de Versailles résume les illusions des vainqueurs sur l'état de l'Europe au sortir de la Première Guerre mondiale, ignorant l'écroulement politique, économique et moral d'un continent qui dominait le monde depuis des siècles.

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Les femmes ont joué partout un rôle primordial dans l'effort de guerre, en remplaçant à l'usine et dans les champs les hommes partis au front.

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Le président Emmanuel Macron et son épouse, à Strasbourg pour le début des commémorations. © afp
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Les peuples européens, à la fin de la première Guerre mondiale, sont exsangues et la tentation révolutionnaire, inspirée par l'exemple russe, se propage en 1919, notamment en Allemagne et en Hongrie. Ces tentatives font long feu et sont durement réprimées, tout comme les grèves qui éclatent en France ou en Italie.

La Russie bolchévique
La Russie bolchévique va réussir, elle, à asseoir son pouvoir, à la suite d'une guerre civile sans merci, avant de virer au totalitarisme implacable sous la férule de Staline. Puis de polariser une partie du monde face aux Etats-Unis durant un demi-siècle de guerre froide après la Seconde Guerre mondiale.

Le Traité de Versailles
Mais à court terme c'est surtout le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, qui va se révéler lourd de conséquences en stigmatisant l'Allemagne moralement et économiquement.

La conférence de Londres de 1921 fixe à 132 milliards de marks-or le montant des "réparations" dues aux Alliés, essentiellement à la France. Les Allemands crient au "Diktat" et se révèleront incapables d'assurer leurs obligations. Pour les y contraindre, les troupes françaises occupent la Ruhr en 1923 et le pays sombre encore davantage dans le chaos économique, l'hyperinflation et surtout la rancoeur.

Une piste pour Adolf Hitler
Un agitateur du nom d'Adolf Hitler y trouvera le terreau pour parvenir au pouvoir dix ans plus tard, avant de mettre à nouveau l'Europe à feu et à sang.

De l'autre côté des Alpes, le fasciste Benito Mussolini entraîne l'Italie dans les mêmes rêves meurtriers de revanche et de grandeur, alors qu'en France et en Grande-Bretagne, au contraire, la guerre a enraciné un pacifisme qui expliquera la paralysie des démocraties européennes face à Hitler.

La carte de l'Europe et du Moyen-Orient redessinée
Au-delà de l'Allemagne, les traités de paix ont totalement redessiné la carte de l'Europe et du Moyen-Orient en dépeçant les empires vaincus, créant autant de conflits futurs que de nations et frontières nouvelles, des pays baltes à la Turquie en passant par la Yougoslavie ou la Tchécoslovaquie. L'empire ottoman, qui agonisait depuis le 19e siècle, est démantelé au profit des vainqueurs, tandis que les promesses contradictoires britanniques aux arabes et aux juifs sèmeront les germes du futur conflit israélo-palestinien.

Si le prestige politique des principaux vainqueurs, France et Grande-Bretagne, semble à son apogée en 1919, il ne cache guère l'essor international des Etats-Unis qui vont s'affirmer comme la principale puissance, économique puis militaire et politique, du camp occidental dans les décennies suivantes.

Une Europe Exsangue
Sur le plan démographique aussi, l'Europe est exsangue: au moins 10 millions de soldats sont morts, 20 millions ont été blessés, des dizaines de millions de civils ont été tués par les massacres, la faim et la maladie - sans compter la grippe espagnole en 1918 et 1919 -.

La guerre laisse aussi dans tout le continent des millions d'invalides, de veuves et d'orphelins.

Le rôle des femmes
Les femmes ont joué partout un rôle primordial dans l'effort de guerre, en remplaçant à l'usine et dans les champs les hommes partis au front. Beaucoup d'entre elles ont découvert à cette occasion le goût de l'émancipation. Si elles sont généralement renvoyées aux tâches domestiques lorsque les hommes sont démobilisés, elles obtiennent le droit de vote dans de nombreux pays, comme en Allemagne, en Autriche ou en Grande-Bretagne. Les Françaises seront parmi les seules à devoir attendre la fin du conflit suivant, en 1944, pour pouvoir voter alors que les Belges devront attendre 1948...

La boucherie de ces années de guerre marquera aussi à jamais artistes et intellectuels, hantés par les atrocités dont ils ont été les témoins. Le mouvement Dada, né pendant la guerre, puis le surréalisme se propagent partout -poésie, peinture, littérature- en France, en Belgique, en Allemagne notamment, comme un exorcisme de l'horreur.

En même temps, un formidable appétit de vie et de contestation s'empare de la jeunesse dans les villes. C'est l'époque des "années folles" à Paris, tandis qu'à Berlin, peintres et écrivains oublient le triste aujourd'hui dans des fêtes nocturnes se poursuivant jusqu'à l'aube.

La Première Guerre mondiale en chiffres

Faute de sources fiables à l'époque des événements, les chiffres de la Première guerre mondiale sont souvent difficiles à établir avec certitude, et peuvent varier fortement selon les historiens. Ils sont généralement très approximatifs. 

Voici les chiffres aujourd'hui les plus communément admis, ou des fourchettes lorsque les écarts entre les estimations sont trop importants.

Plus de 70 pays belligérants
Ce chiffre est quelque peu anachronique, la plupart de ces pays n'étant pas encore indépendants mais intégrés aux six empires ou puissances coloniales (Grande-Bretagne, France, Russie, Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire ottoman) au centre du conflit. 

En fait, seules une dizaine de nations indépendantes se retrouvent en guerre à l'été 14, les autres rejoignant le conflit progressivement, à l'instar de l'Italie en 1915 ou des Etats-Unis en 1917. Mais elles rassemblent plus de 800 millions d'habitants, la moitié de la population mondiale de l'époque. 

Une vingtaine de pays seulement parviendront à demeurer neutres tout au long du conflit, pour l'essentiel en Amérique latine et en Europe du nord.

70 millions de soldats
Quelque 20 millions d'hommes sont mobilisés par les belligérants au début de la guerre en 1914, mais ce chiffre va croître régulièrement, pour arriver à un total de 70 millions sur l'ensemble du conflit. 

Plus de 8 millions d'hommes seront mobilisés en France, 13 millions en Allemagne, 9 millions en Autriche-Hongrie, 9 millions en Grande-Bretagne (colonies comprises), 18 millions en Russie, 6 millions en Italie, 4 millions aux Etats-Unis. Deux millions de soldats seront recrutés dans l'empire britannique (surtout en Inde) et dans les colonies françaises d'Afrique et Afrique du nord (600.000 hommes).

10 millions de combattants tués
Le conflit fera au total 10 millions de morts et 20 millions de blessés parmi les soldats. La répartition des tués (et des blessés) par pays:
- Russie: 2 millions (5 millions)
- Allemagne: 2 millions (4,2 millions)
- France: 1,4 million (4,2 millions)
- Autriche-Hongrie: 1,4 million (3,6 millions)
- Grande-Bretagne et son empire: 960.000 (2 millions)
- Italie: 600.000 (un million),
- Empire ottoman: 800.000

Proportionnellement, la petite armée serbe subit les pertes les plus terribles : 130.000 morts et 135.000 blessés, les trois quarts de ses effectifs.

Les batailles emblématiques de Verdun et de la Somme, en 1916, feront respectivement 770.000 et 1.200.000 victimes -morts, blessés et disparus-- des deux côtés. Mais c'est le début de la guerre qui sera le plus meurtrier : 27.000 soldats français sont tués le 22 août 1914, journée la plus meurtrière de toute l'histoire de l'armée française.

70% des morts et blessés sont victimes de tirs d'artillerie, et 5 à 6 millions resteront mutilés. Les gaz de combat, utilisés pour la première fois en 1915, ne feront "que" 20.000 morts mais marqueront profondément la mémoire du conflit.

Des millions de civils morts
La guerre de mouvement à l'est, les exodes, les famines, puis la guerre civile en Russie et les conflits régionaux de l'après-guerre pourraient avoir fait 5 à 10 millions de morts parmi les populations, selon les estimations de certains historiens. Un chiffre qui inclut entre 1,2 et 1,5 million d'Arméniens (le chiffre est disputé) dans l'Empire ottoman.

A la fin de la guerre, une pandémie mondiale de grippe dite "espagnole" fera encore des dizaines de millions de victimes en Europe.

D'autres chiffres 
6 millions de prisonniers.
20 millions de civils sous un régime d'occupation en 1915. Cette occupation, allemande, austro-hongroise ou bulgare, concerne pour l'essentiel la Belgique, la France, la Pologne et la Serbie.
10 millions de réfugiés dans toute l'Europe.
3 millions de veuves et 6 millions d'orphelins.
1,3 milliard d'obus tirés durant le conflit.
10 milliards de lettres et colis entre les combattants du front ouest et leurs familles.
Le coût de la guerre représente 3 à 4 fois le montant du PIB des pays européens, qui sortiront ruinés du conflit.

Petites histoires liées à l'Armistice

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Découverte dans la Meuse, près de Verdun, en 2018 © reuters
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La bataille de Verdun © afp
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Marcel Terfve, un Liégeois de 24 ans, est le dernier soldat belge tué lors de la Première Guerre mondiale. Le soldat est tombé sous les balles le 11 novembre 1918 sur le bord du canal de Terneuzen, près de Gand. Il est décédé à 10h45, 15 minutes avant la fin de la guerre. - Les premier et dernier soldats tués du Commonwealth se trouvent dans le cimetière militaire de Saint-Symphorien, près de Mons: John Parr tué le 21 août 1914 et George Price le 11 novembre 1918 à... 10h58.

Si le repli total des Allemands de la Belgique occupée a débuté le 11 novembre 1918, il faudra encore deux semaines pour que les derniers soldats teutons quittent le territoire.

L'Armistice de 1918 n'est célébré en Belgique que depuis 1922. Avant cette date, c'est le 4 août et le déclenchement de la guerre en Belgique qui avait été retenu comme date symbolique par les autorités pour se souvenir des victimes.

Les réfugiés belges rentrent au pays quelques jours après l'Armistice. Durant la guerre, près de 500.000 réfugiés belges avaient été accueillis en Angleterre et en France. Dès le 13 novembre 1918, les premiers bateaux remplis de Belges quittent le Royaume-Uni. Ils quitteront aussi la France où on leur avait supprimé une allocation spéciale dès l'Armistice signé. La quasi-totalité des réfugiés belges de 1914 sont rentrés au pays.

La tombe du Soldat inconnu de la colonne du Congrès, à Bruxelles, a été inaugurée le 11 novembre 1922 en présence du roi Albert Ier. Ce soldat a été choisi au hasard par un aveugle parmi cinq soldats tombés au champ d'honneur. 

Le dépôt de chrysanthèmes lors de la Toussaint est une tradition qui est devenue populaire en Belgique et en France en 1919, lors du premier anniversaire de l'Armistice. Le président français Raymond Poincaré avait demandé de fleurir de chrysanthèmes les tombes de soldats. Depuis lors, les tombes sont traditionnellement ornées de ces fleurs. 

Durant la Seconde Guerre mondiale, les autorités allemandes occupantes ont interdit la célébration de l'Armistice de 1918. Des monuments aux morts ont notamment été endommagés ou détruits en Belgique. Le 11 novembre restait toutefois gravé dans les mémoires comme un jour de victoire et de nombreux Belges bravaient les nazis en le célébrant par patriotisme. 

Après la guerre, le coquelicot ou "poppy" au Royaume-Uni et le bleuet en France sont devenus les fleurs du souvenir de la guerre 14-18. Ces fleurs en tissu ou papier étaient vendues au départ pour recueillir des fonds pour les vétérans. En Belgique, la pâquerette, symbole de paix, est devenue la fleur du souvenir dans les années 30 et était vendue jusque dans les années 50. 

Instrument de mémoire virtuel mais très complet, le site internet "Belgian War Dead Register" (www.wardeadregister.be) reprend tous les noms des soldats belges tués lors de la Première Guerre mondiale.

Les Cantons de l'Est, héritage de l'Armistice et du Traité de Versailles

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Souvent considérés comme les "derniers vrais Belges", les germanopho­nes sont plus de 76.000, répartis sur 854 km2.

A la signature de l'Armistice, les armes se taisent mais les Alliés entendent faire payer l'Allemagne pour les dégâts causés en Europe. Le Traité de Versailles, signé en 1919, fixe à 132 milliards de marks-or le montant des réparations. La Belgique aura sa part financière, disposera d'un mandat sur le Rwanda-Burundi et héritera des Cantons de l'Est.

Au départ, la cession des territoires allemands d'Eupen-Malmedy, du Moresnet neutre et de la ligne de chemin de fer Vennbahn avait pour objectif de sécuriser militairement le flanc est de la Belgique.

Administrés dès 1919, les cantons seront progressivement intégrés dans le royaume. Les habitants germanophones voteront pour la première fois en 1925.

En 1940, l'Allemagne nazie récupère la région et l'intègre dans le Grand Reich. Les hommes sont incorporés dans la Wehrmacht. 

A la fin de Seconde Guerre mondiale, la région est réintégrée à la Belgique. Depuis lors, les Cantons de l'Est sont devenus la Communauté germanophone, qui fait partie intégrante des trois communautés linguistiques du pays. 

Souvent considérés comme les "derniers vrais Belges", les germanophones sont plus de 76.000, répartis sur 854 km2. 

Le rattachement de cette région à la Belgique aura eu aussi des conséquences sur sa géographie: le signal de Botrange est devenu son point culminant en 1919 et les Hautes-Fagnes font partie des joyaux naturels du pays.

Cyril Barbary, dernier soldat belge de la Grande Guerre, mort en 2004

Le dernier soldat belge de la Grande Guerre, Cyril Barbary, est décédé en 2004 aux Etats-Unis. Né en 1899 à Klerken, en Flandre occidentale, il faisait partie du 2e régiment de ligne sur le front occidental lors des six derniers mois de la guerre.

Un autre soldat belge de la Grande Guerre et ancien coureur du Tour de France, Emile Brichard, était lui aussi décédé en 2004. Exilé en Angleterre aux premiers mois de la guerre, il avait ensuite été mobilisé en 1915 et avait servi dans le corps médical à La Panne. 

Ces deux anciens soldats disparus voici presque 15 ans étaient les derniers combattants belges de cette guerre, qui a vu périr plus de 42.000 soldats du royaume. Environ 200.000 soldats avaient été mobilisés au début du conflit. 

Claude Choules, considéré comme le dernier combattant de la Première Guerre mondiale, est décédé en 2011 à Perth, en Australie, à l'âge de 110 ans. Ce soldat anglo-australien avait servi en mer du Nord en 1917. 

Si l'on tient compte du personnel non combattant, Florence Green, une Britannique décédée à 110 ans en 2011, est considérée comme le dernier vétéran du conflit. Elle avait travaillé comme intendante dans un mess des officiers peu avant la fin de la guerre.