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Le président du VB Tom Van Grieken, dimanche soir à l’annonce des résultats. © REUTERS

Comment expliquer la victoire du Vlaams Belang?

analyseLa Flandre a vécu un nouveau “dimanche noir”. Le Vlaams Belang a réalisé une très grosse percée avec 18,5%  des suffrages. Le parti de Tom Van Grieken passe ainsi de 3 à 18 sièges à la Chambre. Campagne sur les réseaux sociaux, nouveaux visages, programme socio-économique de gauche: plusieurs éléments peuvent expliquer les raisons de cette poussée de l’extrême droite en Flandre.

Une nouvelle génération

Les sondages annonçaient un retour en force du Vlaams Belang avec un succès particulièrement important chez les jeunes de moins de 30 ans, et ça n’a pas manqué. Visiblement, la nouvelle génération du Vlaams Belang, menée par son président Tom Van Grieken, a convaincu les électeurs. Avec son profil de jeune premier, Van Grieken préfère charmer plutôt que de provoquer dans le but de rendre son parti plus fréquentable. 

“Cette nouvelle génération joue sur la vague européenne de respectabilité et de fréquentabilité qui fait très attention à ce qu’elle dit”, explique Nathalie Brack, politologue au Cevipol (Centre d’Étude de la Vie Politique) de l’ULB. “Dans les derniers débats, on voit que Tom Van Grieken a un tout autre style que celui de Filip Dewinter [homme fort du parti, ndlr]. Il est beaucoup plus posé, il ne va jamais se montrer agressif dans les débats, il dit toujours les choses très posément”. Une attitude à elle seule qui a suffi à rendre le parti plus “acceptable?” “La banalisation de la question de l’immigration et leur façon de se présenter et de présenter les choses les rendent en tout cas plus respectacles”, nous répond la politologue.

Pour redorer l’image du Vlaams Belang, Tom Van Grieken a également tout misé sur Dries Van Langenhove, le fondateur du mouvement étudiant d’extrême droite Schild&Vrienden, qui semble lui aussi parler aux jeunes. Ces deux nouveaux visages ont sans conteste apporté un vent de fraîcheur au sein du parti.

Campagne sur les réseaux sociaux

Citation

L’utilisation des réseaux sociaux de manière stratégique a contribué au succès du Vlaams Belang, en particu­lier chez les jeunes.

Nathalie Brack, politologue au Cevipol de l’ULB

Les électeurs se sont aussi révélés sensibles à la campagne menée par le Vlaams Belang sur Internet. D’après les chiffres mis à disposition par Google et par Facebook - qui souhaitent désormais être transparents en matière de publicités politiques - les partis flamands ont investi plus de 800.000 euros dans les publicités sur les réseaux sociaux. À lui seul, le Vlaams Belang a dépensé plus de la moitié de ce montant en annonces sur Facebook, notamment via la page de son président et la page générale du parti. De cette manière, il est parvenu à capter l’attention des jeunes

D’après Nathalie Brack, le Vlaams Belang s’est inspiré des différents mouvements européens de la droite radicale qui utilisent efficacement les réseaux sociaux. “Le Vlaams Belang n’a pas juste utilisé de simples spots publicitaires - il a été super stratégique dans sa manière de les utiliser. Sur Facebook, le parti a acheté des publicités en essayant de cibler certains groupes, et en variant le message en fonction de ces groupes. Pour toucher les jeunes de 18 à 25 ans, ils se sont dit qu’ils allaient parler de questions qui les intéressent, comme le chômage, par exemple. Et pour la population plus âgée, qui fait également partie du public cible du parti, les publicités parlaient plutôt de pension et de soins de santé. Au final, on se retrouve avec des publicités avec des messages très variés et ciblés. D’un point de vue stratégique, c’est intelligent”. 

La présence de Dries Van Langenhove sur les réseaux sociaux a également parlé aux jeunes, qui ont été nombreux à interagir avec lui, et ainsi peut-être à se sentir plus proche de lui. “Il est très actif sur les réseaux sociaux. À lui seul, il a eu près de 100.000 interactions pendant les derniers mois de campagne, ce qui est trois fois plus que Bart De Wever, qui est censé être le politicien le plus populaire en Flandre en terme de voix de préférence”, précise Nathalie Brack. “Je pense que cette utilisation des réseaux sociaux de manière stratégique a contribué au succès du Vlaams Belang, en particulier chez les jeunes”.

La migration

Sans surprise, la migration a aidé le parti à convaincre une fraction des citoyens qui se sentent plus préoccupés par cette question plutôt que par le climat, par exemple. “Le fait que la migration était au cœur des débats ces six ou sept derniers mois en Belgique, et surtout en Flandre, a joué. C’est une tendance structurelle du Vlaams Belang depuis les années 90 en Belgique. Il y a juste eu une baisse des voix en 2014 parce que l’électorat a été récupéré par la N-VA. Mais de nombreuses personnes ont été déçues par le bilan de la N-VA au gouvernement, et ont préféré retourner ou se tourner vers le Vlaams Belang en signe de protestation”, selon Nathalie Brack.

Mais qu’est-ce qui explique une telle fracture entre le nord et le sud du pays, alors que les questions autour de l’asile et la migration sont tout aussi présentes chez nous? Simplement parce que les préoccupations des Wallons et des Flamands ne sont pas les mêmes. “Les priorités sont différentes. La Wallonie a une tendance à voter plutôt à gauche, ce qui explique que le vote de rejet se situe plutôt sur le PTB. En Wallonie, il y a moins de question identitaire. Les préoccupations sont davantage liées à l’économie ou à la sécurité sociale”.

Un programme socio-économique de “gauche”

Enfin, le programme du Vlaams Belang, qui s’est “gauchisé” sur le plan socio-économique, pourrait expliquer son succès.  Selon le sociologue Mark Elchardus qui s’est exprimé auprès de Het Laatste Nieuws, “l’électorat du Vlaams Belang est constitué en grande partie de personnes socialement et économiquement vulnérables”. “Au cours de la campagne, l’anti-islamisme a été quelque peu dilué et l’accent a été mis sur une politique socio-économique bienveillante et axée sur la protection”. 

Le parti a notamment promis le retour de l’âge légal de la pension à 65 ans, une pension minimale à 1.500 euros après carrière complète et une baisse fiscale drastique. Avec ces propositions, le parti souhaitait convaincre les gens qu’il constitue alternative à la politique d’austérité du gouvernement sortant... et il semble y être parvenu. 

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Dries Van Langenhove et Tom Van Grieken représentent le Vlaams Belang “nouvelle génération”. © photo_news