Le Ministre wallon du Budget et des Finances, des Aéroports et des Infrastructures Sportives, Jean-Luc Crucke (MR), vient de rendre visite à l'aéroport de Charleroi qui est à l'arrêt depuis le 24 mars dernier
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Le Ministre wallon du Budget et des Finances, des Aéroports et des Infrastructures Sportives, Jean-Luc Crucke (MR), vient de rendre visite à l'aéroport de Charleroi qui est à l'arrêt depuis le 24 mars dernier © BELGA

Coronavirus: la Wallonie demande à l'Europe de faire un geste pour l’aéroport de Charleroi

L’aéroport de Charleroi a fermé ses portes le 24 mars dernier et plus aucun vol commercial n’y est organisé. La cause est évidemment l’épidémie de coronavirus. La plupart des voyageurs ne se présentaient plus à l’embarquement. Le manque à gagner est évidemment énorme. Toutefois, une reprise partielle des activités commerciales est envisagée le dimanche 3 mai à partir de 23h59.

La Région Wallonne a notifié jeudi à la Commission Européenne une demande pour suspendre la redevance que BSCA, la société gestionnaire de l'aéroport de Charleroi-Bruxelles-Sud, doit lui verser chaque année via la Société wallonne des aéroports (Sowaer), a annoncé vendredi le ministre wallon Jean-Luc Crucke lors d'une visite du site de Gosselies.

Le montant de la redevance est de 17 millions d'euros, à suspendre cette année afin de l'étaler sur une période d'un à six ans, a précisé le ministre MR sur le tarmac de l'aéroport à l'arrêt.

La Commission avait imposé cette redevance à Brussels South Charleroi Airport (BSCA) pour compenser des travaux d'infrastructures partiellement payés avec des aides de la Région finalement jugées illégales au regard de la concurrence, notamment vis-à-vis de l'aéroport de Zaventem (Brussels Airport) qui s'était joint à la plainte.

Activités réduites

Contrairement à l'autre aéroport wallon (Liege Airport à Bierset) dont l'activité de fret tourne à plein régime en cette crise du coronavirus, seuls des travaux de maintenance animent actuellement l'aéroport de Charleroi, ainsi que la poursuite des travaux d'allongement de la piste qui ne souffrent que de la mise à l'arrêt d'une société française.

Seule une trentaine d'employés restent sur le site, pour quelque 700 en période normale. Une convention existe toutefois avec l'aéroport de Liège pour que certains puissent aller travailler à Bierset.

Finances

Arrivé il y a un an à peine, le nouveau patron de BSCA, Philippe Verdonck dit s'attendre à un manque à gagner cette année de 30 à 35 millions d'euros. 

Pour autant, la compagnie irlandaise à bas tarifs Ryanair, qui couvre jusqu’à 77% de l'activité de l'aéroport, n'est pas demandeuse d'aide publique car elle dispose de suffisamment de capitalisation, a fait observer Jean-Luc Crucke. "La compagnie a les reins solides et nous a dit qu'elle serait à nos côtés dès qu'il faudra redémarrer”.

Confiance et objectifs

Philippe Verdonck assure que son aéroport sera prêt à redémarrer en 72 heures dès que ce sera possible, mais il ne s'attend pas à une reprise des activités avant juin, selon un scénario qu'il qualifie d'"optimiste". De nombreux paramètres sont incertains: la fin progressive des mesures de confinement, la réouverture des frontières, la reprise des activités des compagnies aériennes ainsi que l'attitude des citoyens vis-à-vis de leurs vacances. 

"L'idéal serait de ne pas rater la période des vacances d'été", note Philippe Verdonck. À cet égard, l'aéroport s’apprête à mettre en place des mesures sanitaires inédites afin de "regagner la confiance des passagers". Masques pour les voyageurs et le personnel, caméras thermiques pour les contrôles à l'arrivée mais aussi au départ, parois en plexiglass, désinfection totale du site, etc., sont étudiés par une task force mise en place récemment. La gestion de déchets - potentiellement contaminés - occupe aussi les services de secours, selon un responsable sécurité.

Avant la crise, l'aéroport carolo ambitionnait les dix millions de passagers par an d'ici 2026 grâce à l'allongement de la piste. Pour Philippe Verdonck, "à long terme, les habitudes ne vont pas changer". Mais la reprise de l'activité ne sera que progressive, avec un premier palier autour de 40% pour se diriger vers 60% à 70% d'ici la fin de l'année, selon lui. "2021 sera sans doute une année de transition, avant un retour à la normale en 2022", espère le CEO.

Rapprochement avec Bruxelles?

Contrairement à Ryanair, plusieurs compagnies seraient demandeuses d’aide d'État. Brussels Airlines en bénéficiera, a affirmé son président, Étienne Davignon. Il exclut le principe d'une nationalisation mais concède que la compagnie devra “intensifier" ses mesures de restructuration en réduisant la voilure de 25 à 30%.

L’occasion pour Jean-Luc Crucke de lancer un appel au dialogue: "il faut pouvoir se reparler entre aéroports, le temps est venu de partager des expériences communes". 

Le Wallon rappelle que Charleroi est orienté low cost tandis que Bruxelles est axée sur son image de capitale de l'Europe. "Plus de complémentarité est possible entre Charleroi et Bruxelles", martèle-t-il, en réclamant une liaison en transports en commun plus efficace entre les deux aéroports. Le libéral dit ne rien exclure en termes de gestion, pas même en termes de nationalisation.

Croissance et taxe

Pas question en revanche à ses yeux de viser la décroissance. "La décroissance, c'est ce que nous vivons, payer des travailleurs pour rester chez eux à ne pas pouvoir travailler, payer des entreprises à rester fermées. Il nous faut de la croissance, le tout étant de savoir quelle croissance”.

Mercredi, les associations Inter-Environnement Wallonie, Greenpeace, Bond Beter Leefmilieu et Zomer Zonder Vliegen ont concédé qu'une opération de sauvetage des compagnies aériennes devrait peut-être être menée par les pouvoirs publics, mais pas au prix d'une exonération de leur responsabilité environnementale. À cet égard, Jean-Luc Crucke a confirmé qu'il maintenait sa demande d'une taxe kérosène européenne. "Ce serait ne rien comprendre que de croire que la crise permet d'oublier la réalité climatique. Il faudra s'adapter", a-t-il commenté.

Contraste

Il y a deux jours, le Ministre wallon du Budget et des Aéroports avait déjà rendu visite à l’aéroport de Liège: “Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Alors que l’aéroport de Liège fonctionne en totale capacité, celui de Charleroi est à l’arrêt et seules les missions de maintenance s’y poursuivent! Ceci dit, si un Ministre éprouve satisfaction à se retrouver aux côtés des équipes lorsque les résultats sont bons, il se doit, me semble-t-il, encore plus d’être à leur côté en tant de crise! C’était aujourd’hui le sens de ma démarche et de mes remerciements” a-t-il commenté sur sa page officielle Facebook.

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