Courrier raciste à Alost : “Beaucoup de propos haineux sont aujourd’hui justifiés par le résultat des élections”

Trois familles d’origine étrangères ont reçu des menaces racistes dans leur boîte aux lettres à Alost après la victoire du Vlaams Belang. 

Le courrier anonyme, qui a été diffusé mercredi, informait les personnes qui l’ont reçu qu’elles n’étaient plus les bienvenues. “Le Vlaams Belang est le premier et le plus grand parti à Alost avec 41 771 voix (...) Il est clair que vous n’êtes plus les bienvenus en Europe, personne n’a besoin de vous”, peut-on lire. 

“Vous êtes tellement en retard et non civilisés, impolis, lâches, sales, bêtes, stupides et sans valeurs. Et surtout, vous êtes de sales profiteurs, vos enfants sont si impolis, si marginaux et sans éducation. Ils sont tellement nuisibles que la vie devient invivable avec votre comportement marginal. Vous n’êtes plus chez vous ici en Belgique, vous devez fuir. Grâce à tous nos efforts, nous continuerons à nous efforcer à rendre notre ville habitable à nouveau sans vous”, poursuit le courrier qui a suscité des réactions dans la population locale.

La section locale du Belang dément tout lien avec le courrier

Celui-ci a également été condamnée politiquement par les représentants locaux du sp.a et de Groen. De son côté, la section locale du parti flamand d’extrême droite a démenti tout lien avec ce courrier. Le bourgmestre d’Alost Christoph D’Haese (N-VA) a demandé à la police locale d’enquêter. Les familles devaient déposer plainte contre X ce vendredi, avait indiqué jeudi leur avocat Abderrahim Lahlali.

Le centre interfédéral Unia a lui aussi ouvert une enquête. “On a ouvert un dossier de façon proactive, ce que l’on appelle une ‘autosaisine’. Il y a eu plusieurs signalements de la part des victimes et de gens qui se sont senties visées parce que la lettre a bien circulé sur internet. On a entre-temps appris que la police avait trouvé un suspect et que ce dernier avait été convoqué afin qu’il s’explique. On en est là pour l’instant. La police a bien fait son boulot”, nous indique ce vendredi Lode Nolf, porte-parole d’Unia. “Nous, nous ne sommes pas là pour faire des recherches sur le suspect mais pour soutenir les victimes et aussi déterminer le contexte dans lequel les faits ont eu lieu”, poursuit le porte-parole. 

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“Autour des élections, il y a toujours des pics de propos haineux”

Selon l’avocat des trois familles d’origine étrangère, il y a en effet de grandes chances que le suspect est un voisin qui s’en était déjà pris aux victimes par le passé. “Elles sont terrorisées par un voisin qui utilise le même langage que l’auteur des lettres anonymes. Elles pensent qu’il s’agit du même homme. Elles accusent aussi la police de négligence pour n’avoir pas agi. L’homme a menacé d’agresser les enfants mineurs des familles en affirmant qu’il les renverserait avec sa voiture. Il a aussi infligé des coups et blessures aux enfants, des certificats médicaux en attestent. Nous pensons que ces actes ont été commis dans un but raciste”, soulignait mardi l’avocat à l’agence Belga.

Comme le résume Unia, certains propos racistes peuvent ne pas être sanctionnés au nom de la liberté d’expression. “La loi dit qu’il faut une incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination”, énumère Lode Nolf. D’où l’importance du contexte dans lesquels ces propos ont été tenus afin de prouver l’incitation à la haine. Connaître les circonstances exactes des faits permet aussi de rassembler un maximum d’éléments juridiques qui permettront de faire plus tard jurisprudence, précise-t-il. 

“Une espèce d’euphorie mal placée”

Avec la victoire du Vlaams Belang, va-t-on assister à une libération de la parole raciste ? Unia rappelle qu’”autour des élections, il y a toujours des pics de propos haineux. Le débat se polarise un peu et se concentre sur des choses qui fâchent. Ce que l’on remarque ces derniers jours, c’est que beaucoup de propos haineux sont justifiés par le résultat des élections. Les gens se disent : ‘maintenant j’ai le droit de dire car 20 % des électeurs pensent comme moi. Cet élément-là - qu’on peut d’ailleurs lire dans la lettre reçue par les familles à Alost - on le retrouve plus qu’avant. Il y a une espèce d’euphorie mal placée”, conclut le porte-parole d’Unia.