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De la poignée de main à Facebook: les candidats arrivent-ils vraiment à influencer votre vote?

Le vote, un acte purement rationnel? Pas vraiment. L’adhésion aux idées prônées est loin d’être le seul facteur qui vous pousse à opter pour un parti ou une personne. Une réalité intégrée par les candidats qui ont tenté de vous convaincre ces dernières semaines dans les médias, sur les marchés ou les réseaux sociaux. Pour quels résultats? Quel est le réel impact d’une campagne électorale?

J-1. Prêt? Vous avez épluché, décortiqué et comparé les programmes de tous les partis avant de poser un choix mûrement réfléchi? Non? Si vous aviez activé le mode culpabilisation, voilà qui devrait vous rassurer. “La plupart des gens ne votent pas en fonction de l’étude des programmes. Ceux qui agissent de la sorte représentent une minorité de l’électorat”, assure d’entrée Stephan Van den Broucke, professeur de psychologie à la faculté des sciences politiques et sociales de l’UCL. “Le vote est en principe un comportement conscient, mais on surestime l’aspect rationnel.” 

“Les électeurs qui votent en fonction des programmes n'ont généralement pas tout lu”, embraie Jean-Benoit Pilet, docteur en sciences politiques à l’ULB. “Ils se sont principalement fiés à ce qu’ils ont lu ou entendu dans les médias à propos des deux ou trois thèmes importants à leurs yeux et ont privilégié au final le parti qui semble être le plus proche d’eux, le plus crédible.” 

Un électeur sur deux est indécis avant la campagne 

À l'aube de la campagne, près d’un électeur sur deux a déjà choisi et ne changera pas d'avis avant de glisser son bulletin dans l’urne. “L’autre moitié est indécise et peut le rester très longtemps, jusqu’au dimanche matin, au moment d’entrer dans l’isoloir”, poursuit Jean-Benoit Pilet. “La campagne peut avoir un effet sur ces personnes-là.” 

“Le candidat a un double objectif, convaincre l’électeur de voter pour son parti et pour lui personnellement. La personnalité politique que vous croiserez sur le marché la veille du scrutin n’arrivera certainement pas à vous faire changer d'avis si vous avez déjà décidé de cocher la case apparentée à une autre liste. Mais si vous avez opté pour son parti, elle a plus de chances d’obtenir votre voix de préférence.”

“L’impression la plus récente peut influencer le comportement électoral, cela peut faire pencher la balance”, corrobore Stephan Van den Broucke avant de souligner la portée considérable des traditionnels tracts et affiches. “Avoir un visage qui est associé à un nom, cela crée un raccourci mental et relève une certaine importance lorsqu’on apercevra le nom sur le bulletin de vote. C’est un impact inconscient. Là, encore c’est surtout vrai pour ceux qui n’ont pas pris leur décision depuis longtemps. Avant, on était beaucoup plus fidèle aux partis. Aujourd’hui, la  volatilité est nettement plus marquée.” 

Lors du scrutin législatif de 2014, un électeur sur trois a donné sa préférence à un autre parti comparé au choix opéré lors des précédentes élections. Une tendance à l’hésitation de plus en plus ancrée qui s’explique notamment “par la dispersion de l’information, on se réfère beaucoup plus à ce qui se passe sur les réseaux sociaux ”, avance Stephan Van den Broucke. 

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“Les réseaux sociaux n’ont pas révolutionné la manière de faire campagne”

Sandrine Roginsky, Professeure en communication politique à l’UCL

“Cela ne signifie pas que les réseaux sociaux ont révolutionné la manière de faire campagne”, commente Sandrine Roginsky, professeure en communication politique à l’UCL. “En terme de production de contenu, il n’y a pas de différence fondamentale avec ce qui est proposé dans les médias traditionnels. Lors de l’avènement de Facebook, on a cru détenir un outil idéal pour toucher les jeunes. Mais il a vite fallu se rendre à l’évidence, ceux qui ne s’intéressent pas au débat la politique ne vont pas s’y mettre sur les réseaux sociaux.”

Si les partis ont massivement investi notamment pour la diffusion de publicités sponsorisées, moins d’un candidat sur trois dispose d’un compte Twitter. “Ils ne voient pas forcément l’intérêt qu’ils ont à occuper l’espace numérique”, expose Sandrine Roginsky. 

“Les internautes qui sont abonnés à des pages politiques sur les réseaux sociaux sont déjà convaincus à la base. Ils sont soit membres, supporters ou adversaires des partis en question. Ils aiment ou détestent la personne qu’ils suivent. On s’informe pour confirmer ses certitudes, ses opinions. Les personnalités politiques se disent qu’en allant au contact des gens dans la rue, elles ont plus de chances de toucher des potentiels électeurs qui n'avaient pas l’intention de voter pour elles à l’origine.” 

Jeunesse minoritaire et crainte du double discours

“On dénombre peu de jeunes candidats sur les listes. Les membres des partis ont souvent entre 35 et 60 ans et ne sont pas forcément au fait de ce qui se passe sur Snapchat et Instagram”, ajoute Jean-Benoit Pilet. “Il y a aussi la crainte qu’on leur reproche un double discours. “Vous ne dites pas la même chose partout”. Cela influence le maintien d’une communication similaire à celle tenue à la radio ou à la télévision.”

L’utilisation des réseaux sociaux paraît surtout intéressante pour les partis qui  jouissent d’une moindre exposition dans les médias traditionnels. “Le Vlaams Belang, par exemple, tient un discours qui convient très bien aux réseaux sociaux. Il est simpliste, choc et joue sur les peurs, les émotions. C’est plus compliqué de tenir un point de vue modéré et complexe dans ces médias.”

Selon Sandrine Roginsky, cette visibilité accrue offerte par les réseaux sociaux ne signifie pas forcément un élargissement de l'électorat. “L’impact réel sur le vote reste compliqué à mesurer. Ce n’est pas parce que vous voyez une publicité du Vlaams Belang sur votre page Facebook que vous allez voter pour ce parti.”