Déguisés "en musulmans", des élèves de rhéto suscitent l'indignation

VideoLa fête des 100 jours du collège Paters Jozefieten de Melle (Flandre orientale) fait l'objet de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux. En cause, un thème choisi par les élèves de rhétorique pour célébrer leur départ prochain: tous étaient "déguisés en Saoudiens" et un grand nombre d'entre eux ont imité la prière islamique. De nombreux internautes, toutes confessions confondues, ont été choqués par cette parodie et la communauté musulmane exige des excuses. Le collège, lui, avance que les 100 jours se sont déroulés dans un contexte de carnaval et regrette que des personnes se sentent offensées ou humiliées.

Dans le cadre de leurs "100 jours" (N.D.L.R. cette fête pour élèves de dernière année trois mois avant la fin de leurs études secondaires) qui avaient lieu hier, les adolescents du collège Paters Jozefieten de Melle sont venus déguisés à l'école les jours précédents. Chaque jour, un nouveau thème: "touristes", "années 20" et... "l'Arabie saoudite". C'est évidemment ce dernier "thème" qui a posé problème à ceux qui ont pu visionner des souvenirs de la journée postés par les jeunes gens sur les réseaux sociaux. Pour Jan De Gendt, directeur de l'établissement, il n'y a pas de quoi s'affoler. "Les autres thèmes n'ont pas été épargnés non plus en matière de clichés, tempère-t-il. L'ambiance des 100 jours se rapproche de celle du carnaval". Et le directeur d'ajouter à Het Laatste Niews qu'il faut contextualiser l'événement dans le cadre d'une semaine "ludique".

"Se déguiser, pas de problème, mais pas qu'ils imitent la prière"
Mais ces explications ne satisfont pas tout le monde. Büsra Altinkaya, qui s'était présentée aux élections communales gantoises pour le parti Be.One, exige au nom de la communauté musulmane des excuses de l'école. Une plainte a également été déposée à l'inspection. "Qu'ils se déguisent n'est pas un problème. Mais qu'ils imitent l'appel à la prière et la prière elle-même est scandaleux. De la sorte, ils humilient l'essence de notre foi", regrette-t-elle. En effet, dans les haut-parleurs de l'enceinte de l'école, a résonné un appel à la prière et des musiques arabes. Preuve que l'école n'a pas freiné la démarche.

"Étonnant de la part d'une école catholique"
Mais d'autres dérives ont été constatées. En effet, un des élèves a jugé de bon ton de se rendre à l'école avec une fausse ceinture d'explosifs et a ainsi participé à la fausse prière dans la cour de l'école. Même si l'adolescent a immédiatement été prié d'ôter l'object factice, pour de nombreux musulmans, ce mauvais goût va trop loin. "Ce n'est plus une simple fête déguisée, c'est se moquer de notre foi. Et on ne s'attendrait justement pas à ce que ce genre de choses soit autorisé dans une école catholique". Lorina Botterdaele, une ancienne élève, déplore également les faits: "En soi, le thème n'est pas dérangeant. Mais faut-il vraiment nous faire tous passer pour des combattants de l'EI?". Un ancien membre du conseil de l'école ajoute: "Il est irresponsable à l'heure actuelle de se moquer d'ethnies ou de religions. Que la direction approuve est incompréhensible".

Même son de cloche sur les réseaux sociaux, où l'on recense plusieurs appels notamment de l'étranger à contacter l'école pour dénoncer ces agissements. D'aucuns déplorent un "acharnement" en toute impunité à l'encontre de la religion musulmane. D'autres avancent: "En Belgique, le foulard est interdit à l'école sauf pour le tourner en dérision".

Dialogue
Le directeur reconnaît que certains ont pu être blessés, mais affirme que ce n'était pas le but de ses élèves. "Ce n'était en aucun cas l'intention. Nous regrettons profondément si quelqu'un, au sein ou à l'extérieur de l'établissement, a été heurté ou s'est senti humilié par les 100 jours du collège. Les normes et valeurs que nous voulons transmettre à nos élèves sont celles d'une école catholique ouverte au dialogue. Nous allons avec toutes nos convictions et notre respect vers toute personne qui souhaite échanger avec nous". 

Séance d'information
Afin de rétablir l'équilibre et de montrer patte blanche, l'école a décidé d'organiser prochainement un moment d'écoute et de découverte avec différents représentants religieux pour casser les stéréotypes qu'ont visiblement certains jeunes. "Notre but est qu'il y ait une compréhension mutuelle et du respect", conclut le directeur. La démarche aurait sans doute été nécessaire un peu plus tôt dans la scolarité.