Salvatore est décédé à cause du coronavirus
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Salvatore est décédé à cause du coronavirus © Marine Scelfo

Elle a perdu son papy à cause du coronavirus: “C’était un déchirement”

InterviewMême si les chiffres tendent à diminuer, des gens meurent encore tous les jours du coronavirus en Belgique. 28 personnes ont péri au cours des dernières 24 heures. Pour les familles, c’est un moment très compliqué à passer. Car le deuil ne peut se faire dans des circonstances normales.

Marine Scelfo a perdu son papy, Salvatore, le 10 avril dernier des suites du coronavirus. Il avait 77 ans et devait fêter ses 78 ans... neuf jours plus tard. “Mon papy était une personne très aimable. Il a aidé beaucoup de personnes autour de lui. Il aimait faire plaisir et on le lui rendait. La famille était très importante à ses yeux. Il appréciait qu’on soit tous réunis, ça le rendait heureux. Même si ces dernières années, je n’ai pas eu de réels échanges de paroles avec lui, je garde en mémoire son sourire et son regard attendrissant. C’était un homme bon.”

Hospitalisation

Si Salvatore ne pouvait plus dialoguer avec ses proches, c’est parce qu’il était atteint de démence. L’homme était fragile. Il a d’ailleurs été admis le 19 mars dernier à l’hôpital Saint-Joseph de Gilly (Charleroi) suite à un malaise causé par une déshydratation.

Transféré au service de gériatrie à l’hôpital Sainte-Thérèse à Montignies-sur-Sambre, il a manifesté des premiers symptômes du coronavirus sur place: “Dix jours plus tard, il a commencé à avoir de la fièvre. Il a directement été testé et les résultats étaient positifs au coronavirus. Suite à ça, il a fait une pneumonie. C’est le médecin en charge qui a averti la famille. Il a donc été placé dans l’espace ‘Covid-19' dans le même hôpital.”

Marine n’en veut pas au milieu hospitalier: “Vu son état et l’assaut pris dans les hôpitaux, il avait malheureusement peu de chances de passer à côté de la contamination. Même s’il était isolé dans une chambre en gériatrie, les va-et-vient du personnel soignant n’ont pas aidé à le préserver.”

Solitude

Salvatore a dû combattre durant trois longues semaines... quasiment seul: “Nous n’avions pas le droit d’appeler le service gériatrie. Ce sont les infirmières ou le médecin en charge qui s’en occupaient. Ma grand-mère a pu s’adresser à mon papy une fois au téléphone. Il ne parlait plus mais il a souri d’après une infirmière. Trois jours avant son décès, un membre de la famille a pu se rendre à l’hôpital pour le voir suite à une décision du médecin en charge. Celui-ci nous a fait comprendre que son état se détériorait de plus en plus et que ce n’était plus qu’une question de jours. Le seul signe qu’on a eu en allant le voir, c’est un clignement des yeux. Rien d’autre…”

Ces moments ont été difficiles à vivre pour Marine et ses proches: “Cette période était particulièrement lourde… C’est tellement difficile de savoir que son papy est seul en train de se battre. Avec toutes ces mesures (NDLR. de confinement et de distanciation sociale), nous n’avons pas pu lui dire au revoir. C’était un déchirement! Pour nous, c’est comme si ce n’était pas réel et surtout pas fini.”

Elle-même nourrit des regrets: “Si j’avais su que c’était la dernière fois que je voyais mon papy la veille de mon départ en vacances (NDLA. avant le confinement), j’en aurais profité autrement.”

Funérailles et enterrement

Les funérailles qui s’en sont suivies étaient également fort différentes de la norme: “A partir du moment où on nous a annoncé son décès, tout s’est passé très, trop vite. Nous avons dû organiser les funérailles en moins de deux. Les funérariums étaient full. Donc, plus vite on appelait, plus on avait de chances que tout se déroule ‘rapidement’. Nous n’avons pas pu choisir les vêtements pour le cercueil, nous n’avons pas pu organiser les visites à la maison après l’enterrement... Mon papy est décédé un vendredi. Dimanche, les visites commençaient. Elles se sont faites en deux fois une heure sur deux jours. Visites durant lesquelles les mesures étaient aussi d’application: cinq personnes maximum autour du cercueil, distanciation sociale à respecter… Nous n’avons même pas eu droit à voir le corps.”

Trois jours plus tard, Salvatore était sous terre: “Ensuite, il y a eu l’enterrement en toute intimité. Nous avons reçu énormément de marques de soutien mais par téléphone, par message, par les réseaux sociaux… Nous n’avons pas eu le soutien ‘tactile’ qu’on a en temps normal. En tant que petite fille, je n’ai même pas pu serrer ma grand-mère dans mes bras, ainsi que mon père et sa sœur (ma marraine).”

Compliqué dans ces conditions de pouvoir faire son deuil. Aujourd’hui, la famille entière de Salvatore n’y est toujours pas parvenue.

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