Emmanuel André
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Emmanuel André © Photo News

Emmanuel André: “La Belgique n’était pas prête, on aurait pu éviter le lockdown”

Le microbiologiste Emmanuel André, qui a durant plusieurs semaines été le porte-parole francophone des experts de la cellule Covid-19, est réaliste face aux manquements de notre système de soins de santé. Dans des interviews dans Le Soir et Het Laatste Nieuws ce dimanche, il estime qu'il appartient à notre pays de revoir l’organisation de son système. 

“Le virus est toujours là. Dans les hôpitaux, les maisons de repos et dans notre vie en société. Nous savons que si nous n’y prenons pas garde, il se transmettra aussitôt de personne en personne et se répandra à nouveau de manière exponentielle. Nous prenons désormais des risques mais que l'on connaît”, avertit-il alors que les visites familiales, modérées, mais sans contrôle des autorités, reprennent ce dimanche.

“On recrée des ponts entre les gens”

Aujourd’hui coordinateur du centre interfédéral de traçage du virus pendant le déconfinement, il espère participer à ce qui sera la clé du retour à la normale. Il s’est exprimé sur le déconfinement progressif qui commence vraiment aujourd’hui avec les visites privées: “L’épidémie diminue en intensité, mais en reprenant une vie sociale, on recrée des ponts entre les gens et les groupes, ce qui entraîne la reprise de la propagation du virus. Alors, couplons cette reprise de contact au port du masque et en accompagnant ceux qui sont contaminés afin d’empêcher le virus de se répandre. On doit mettre les deux aspects dans la balance. Si on dit que l’on s’inquiète, ce n’est pas que l’on pense que l’équilibre n’est pas atteint, mais parce que nous devons monitorer prudemment le contrepoids afin de garder le virus sous contrôle. Nous pensons arriver à équilibrer la balance, mais les prochaines semaines nous diront si nous avons eu raison ou si nous devons adapter notre stratégie”, explique-t-il. 

Pourquoi prendre ce risque maintenant? “Parce que d'un point de vue épidémiologique, la situation est bonne, le R0, le taux de propagation du virus, est sous contrôle et la pression sur les hôpitaux a baissé tandis que le pic en maison de repos est apparemment passé. Nous prenons le risque maintenant, car un autre danger menace si on ne reprend pas une vie sociale. Si vos mesures ne sont pas justifiables, alors vous perdez l’équilibre par rapport à la situation et donc la confiance de la population. Notre but est de limiter les risques épidémiologiques, mais aussi la privation de liberté”. 

“Nous avons dû compenser par un lockdown”

Quant à savoir si la Belgique aurait pu mieux faire, il pointe du doigt la gestion du budget santé du pays: “Cela fait des années que la Belgique fait des économies sur le contrôle et la prévention en matière de santé. Nous avons vite été dépassés par l’épidémie, parce qu’on avait investi trop peu en personnel et en ressources de prévention. Si on compare avec certains pays qui ont l’habitude des maladies infectieuses...”, dénonce-t-il dans HLN. 

“On a commencé cette épidémie avec les outils dont on disposait : les masques qu’on avait, les tests qu’on avait, le nombre de médecins-inspecteurs qu’on avait… autant de facteurs limitants que nous avons dû compenser par un lockdown. Si tout avait été en place dès le début, si on avait eu assez de tests, de masques, on n’aurait peut-être pas dû l’imposer…”, résume-t-il cette fois dans Le Soir.