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En Belgique, 6 adolescents sont hospitalisés chaque jour pour abus d’alcool

En Belgique, un jeune sur cinq boit régulièrement de l’alcool avant 16 ans. C’est trois fois plus que dans les pays voisins. Ainsi, 116 enfants de 12 ans ont été hospitalisés pour abus d’alcool en 2018. 

Lors des fêtes de fin d’année, il n’est pas rare d’autoriser les plus jeunes à trinquer avec les adultes. Une habitude à laquelle nous devrions faire attention, comme le laissent comprendre les recherches de Sophie Laguesse, experte en neurobiologie au Gigasciences (ULiège et CHU de Liège). Les effets de l’alcool sur le cerveau des adolescents sont bien plus dommageables que sur un cerveau adulte. 

“Avant 21 ans, le cerveau n’a pas terminé sa maturation. Or la consommation d’alcool pendant l’adolescence endommage son développement de manière irréversible et prédispose largement à l’alcoolisme à l’âge adulte, ainsi qu’à toute une série de troubles psychologiques et comportementaux associés.” 

Grâce à des tests menés sur des souris, Sophie Laguesse explore les mécanismes neurologiques fondamentaux de l’addiction alcoolique. Ses découvertes prometteuses sur les effets de l’alcool sur la maturation du cerveau chez l’adolescent viennent d’être récompensées par la bourse européenne « Marie Sklodowska-Curie Actions ». 

Le “binge-drinking”

Les hôpitaux belges accueillent en moyenne six adolescents âgés de 12 à 17 ans par jour pour cause d’abus d’alcool. C’est ce que vient de révéler l’Agence Intermutualiste (AIM), d’après les données 2018 des sept mutualités. La pratique la plus dangereuse est celle du binge-drinking, “soit le fait de boire de l’alcool rapidement et en grande quantité, entraînant des concentrations très élevées d’alcool dans le sang. On parle de binge-drinking à partir de cinq bières (ou doses d’alcool) en deux heures pour un homme et quatre pour une femme”, avertit Sophie Laguesse. 

Pour la chercheuse en neurosciences, on peut décrire le problème de l’addiction « comme un combat entre deux régions du cerveau. D’un côté le striatum, qui correspond à l’impulsivité, qui va pousser à boire. Et de l’autre côté le cortex préfrontal, qui permet au contraire de contrôler son impulsivité, ses émotions et donc sa consommation d’alcool. La consommation d’alcool active le striatum. Et chez les personnes qui ont un cortex préfrontal trop faible, le combat est perdu et le striatum l’emporte, entraînant l’addiction ».

L'importance du premier verre

S’interrogeant sur l’origine de cette faiblesse du cortex préfrontal, Sophie Laguesse a découvert que “c’est la dernière région du cerveau à parvenir à maturité. Elle n’est pleinement mature qu’au-delà de 20 ans. Ce qui explique d’ailleurs toutes les caractéristiques qu’on retrouve dans la crise d’adolescence : émotivité, impulsivité, désir de prise de risques, mauvaises décisions, etc..”

“Tant que cette période de maturation n’est pas pleinement achevée, la consommation d’alcool peut endommager le développement du cortex préfrontal de manière irréversible. C’est pour cela qu’un adolescent qui boit régulièrement risque fort de devenir alcoolique à l’âge adulte. Cela confirme aussi que l’âge de la première consommation joue un grand rôle. Boire de l’alcool avant 13 ans augmente de 47 % le risque de devenir un adulte alcoolique. Ce risque tombe à 9 % si l’adolescent s’abstient jusqu’à ses 21 ans.”