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Génération coronavirus, génération perdue?

Parlera-t-on bientôt d’une génération perdue, victime de la crise du coronavirus? Kristof De Witte, économiste de l’éducation de la KU Leuven interrogé mercredi par Het Laatste Nieuws, est pessimiste: les jeunes pourraient subir les conséquences de l’interruption scolaire toute leur vie.

Les écoles flamandes ont opté pour le “pre-teaching”, qui permet d’envoyer de la nouvelle matière aux élèves avant de la développer ultérieurement lors du retour en classe. L’éducation wallonne est elle à l’arrêt, ce qui est bien pire, compare M. De Witte. “Tout petit écart dans le processus d’apprentissage des élèves a un effet durable. Nous devons l’éviter”, prévient-il.

3 semaines, 50 milliards

L’impact de l’enseignement sur la croissance à long terme a pu être calculé, sur base des tests PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) organisés par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques): si les élèves belges manquaient une année scolaire, cela entraînerait -avec une espérance de vie de 80 ans- une perte de 824 milliards d’euros, rapporte l’économiste. “Le raisonnement est le suivant: si vous avez moins de connaissances, vous innoverez moins, vous contribuerez moins à l’économie. Si on convertit ça en un arrêt scolaire de trois semaines que l’on ne peut pas rattraper, on arrive à une perte de 50 milliards sur le long terme”, rapproche-t-il.

Génération perdue? Non, mais...

“Perdrons-nous toute une génération? Non. Mais y aura-t-il un groupe à la traîne qui ne rattrapera jamais son retard? Oui”, résume le professeur. “Ce sont les étudiants en situation défavorisée. Des jeunes de 12 à 15 ans qui ne disposent pas d’espace de travail adapté. Qui n’ont pas d’ordinateur portable. Ou lassés de l’école. Il sera très difficile de les ramener en classe.”

Leur avenir personnel et le bien-être collectif impactés

“Certains de ces jeunes abandonneront et ne décrocheront pas de diplôme. Grâce à la recherche, nous savons que cela aura des conséquences pour le reste de leur vie”, prolonge Kristof De Witte. “Si une récession se produit, ils passeront par-dessus bord: les magasins font faillite, les emplois non qualifiés disparaissent”, schématise-t-il. Si plus de personnes dépendent de la sécurité sociale, cela aura un impact non seulement sur la vie des personnes en question, mais aussi sur le bien-être collectif, sur le long terme, d'après sa vision des choses.

Se soucier de tous

Outre essayer de ramener par le col ces élèves démotivés, il faudra veiller à leur bien-être psychosocial, comme à celui de tous les étudiants d’ailleurs, avertit le professeur. “Cette période est très intense pour de nombreux jeunes. Ils vont porter cela longtemps. Les enfants qui ne sont pas bien dans leur peau ne peuvent pas bien apprendre non plus”, met-il en garde, pointant de possibles problèmes familiaux, voire des décès dans l’entourage, et renvoyant vers le rôle à jouer notamment par les centres PMS. Le professeur note qu’il ne faudra pas non plus oublier les meilleurs élèves, qui seront décisifs pour la société sur le long terme, de par l’innovation ou la création d’entreprises.

Une semaine de plus en juillet, une semaine de plus en août

Kristof De Witte plaide enfin en faveur des examens et des cours d’été. “Si les élèves savent que des examens approchent, ils absorberont la matière différemment. Si nous optons pour l’évaluation permanente, une partie de la matière restera insuffisamment connue. Écourtons les vacances d’été et allongeons les cours. Une semaine de plus en juillet, une semaine de plus en août. Ainsi, on peut rattraper une partie de la matière et organiser des examens”, propose le professeur.

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