Steve Bakelmans
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Steve Bakelmans © BELGA

“Je n’ai vu aucune émotion chez Steve Bakelmans” lors de la reconstitution du meurtre de Julie Van Espen

Steve Bakelmans, le meurtrier présumé de Julie Van Espen, en aveux des faits, a finalement collaboré à la deuxième reconstitution des faits organisée hier en toute discrétion à Anvers. Il a posé, devant le juge d’instruction et les parties, les gestes commis le 4 mai dernier contre l’étudiante de 23 ans. “Une épreuve” pour le suspect, a commenté la défense. Une analyse contredite par les parties civiles: “Je n’ai vu aucune émotion chez Steve Bakelmans”, dément de son côté Me John Maes.

Steve Bakelmans n’a pas dû immédiatement reconnaître les lieux où il a, de ses propres aveux, attaqué sexuellement puis tué Julie Van Espen, la cycliste de 23 ans qui a croisé son chemin sous le Theunisbrug, à l’arrière du Sportpaleis d’Anvers, le 4 mai dernier. En six mois, les environs des faits ont beaucoup changé et deux nouveaux pontons métalliques permettent désormais aux trams et voitures de traverser le canal. La voie a été asphaltée, la piste cyclable repensée et la zone est désormais mieux éclairée. 

Étranglée avec un fil de fer

Un seul espace n’a pas pu être transformé: le lopin de terre glauque et sale, derrière l’une des piles du pont, où Julie Van Espen a lutté pour sa vie après que Steve Bakelmans l’eut poussée de son vélo et traînée à l’abri des regards pour la violer. Mais alors que l’étudiante se défendait bec et ongles, l’homme de 39 ans l’a étranglée à l’aide d'un fil de fer trouvé entre les gravats.

Si les faits eux-mêmes ont duré quelque 45 minutes, la reconstitution a elle duré 3h30. Selon le parquet, Steve Bakelmans a collaboré durant tout le déroulement de la reconstitution tandis qu’il était filmé et que les enquêteurs, le légiste et un psychiatre l’observaient de près. L’homme a également montré comment il s’est débarrassé du corps de sa victime quelques heures plus tard en la jetant dans le canal Albert. Cela a entraîné une brève interruption du trafic fluvial. 

“Notre client était exténué par les menaces reçues en prison”

Steve Bakelmans ne se sentait pas capable de participer à une reconstitution quelques semaines après les faits
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Steve Bakelmans ne se sentait pas capable de participer à une reconstitution quelques semaines après les faits © DR

Dimitri De Béco et Marlies Vercammen, avocats du suspect, expliquent pourquoi la reconstitution précédente, en juin, n’avait pas pu être menée à bien: “Notre client était physiquement et mentalement exténué par les lourds interrogatoires et les menaces dont il faisait l’objet en prison. Il a déjà du mal à mettre des mots sur les faits. Lors d'une reconstitution, on est confronté à ses propres actes. Mais il comprend que tout le monde a besoin de savoir ce qu’il s’est passé, surtout les proches de la victime. Les événements d’hier l’ont atteint, cela se voyait”. 

John Maes, l’avocat de la famille Van Espen, a une autre lecture des événements d’hier: “Je n’ai au contraire remarqué chez le suspect aucune émotion lorsqu’il a répété ses gestes. Je ne veux pas en dire plus à ce sujet. Oui, cet homme a collaboré. Aucun élément nouveau n’a été mis au jour lors de la reconstitution. Nous n’avons qu'une version des faits à l’heure actuelle, c’est celle de Mr Bakelmans. Il n’y a pas non plus de témoins pour le contredire. Je doute que sa version soit exacte. Je vais comparer ce que j’ai vu aujourd'hui aux éléments objectifs du dossier, notamment la chronologie des faits et les données des médecins légistes”, a-t-il expliqué.

“La famille n’a pas pu assister à la scène”

Et de nuancer une nouvelle fois la version de la partie adverse: “La défense prétend que c’est Mr Bakelmans qui a demandé une nouvelle reconstitution des faits. Mais celle-ci n’a eu lieu que parce que la famille de Julie a insisté. Grâce aux images, le jury d'un procès d’assises pourra ressentir comment Julie a dû lutter pour sa vie lorsqu’elle est tombée entre les mains de Steve Bakelmans”. 

La famille de Julie Van Espen n’a pas souhaité assister à cette reconstitution. “Un choix réfléchi. La famille n’est pas capable de voir sur place de quels actes sordides leur enfant a été victime. Le père du petit ami de Julie était lui présent”, précise Me Maes. 

Lieux de la reconstitution
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Lieux de la reconstitution © BELGA

Manquement de la justice?

L’enquête est désormais terminée. Le juge d’instruction attend encore les résultats de l’enquête de moralité du suspect et le rapport psychiatrique. Le Conseil supérieur de la Justice, lui, espère avoir fini son enquête sur la manière dont la justice anversoise avait traité le cas de Steve Bakelmans, qui n’aurait pas dû être libre lorsqu’il a commis les faits du 4 mai dernier. Condamné à quatre ans de prison pour d’autres faits lourds, il avait fait appel du jugement. Une pénurie de juges avait mené à postposer sa procédure d’appel et donc sa détention.

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