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Photomontage: photo d'illustration belga, à gauche, et la rue Cantersteen où s'est produit l'accident, à droite (Google maps) © DR

Jeune fauché par la police à Bruxelles: un témoin contredit la version de la police

Mise à jourUn jeune homme de 17 ans est décédé la nuit dernière fauché par une voiture de police de la zone Bruxelles-Capitale/Ixelles. La victime, qui était en fuite, était poursuivie par une autre patrouille que celle qui l’a renversée. Des éléments viennent cependant contredire la version initiale de la police: les sirènes n’étaient apparemment pas enclenchées et le jeune homme ne “traversait” pas la rue en courant.

Un accident entre une voiture de la brigade anti-agression (BAA) de la zone Bruxelles-capitale/Ixelles et un piéton a causé la mort de ce dernier, la nuit dernière sur la rue Cantersteen (et non Ravenstein, comme communiqué précedemment) à Bruxelles. Il semble que le jeune homme de 17 ans, qui était lui poursuivi par une patrouille de la zone pour avoir fui un contrôle de police lié à un trafic de drogue au Mont des Arts, a été malencontreusement surpris, de dos, par un véhicule de la BAA qui roulait à très vive allure pour interpeller des voleurs sur les lieux d’un flagrant délit. Le jeune homme en fuite avait de son côté traversé la rue Ravenstein en courant, avant d’emprunter la galerie Ravenstein et, enfin, de s’engager sur la rue Cantersteen où il a trouvé la mort.

Le parquet nuance

Le porte-parole de la police, Olivier Slosse, avait indiqué en matinée que le véhicule de police impliqué était en intervention et roulait ‘avec code’, soit gyrophares et sirènes allumés, ce qui indique aux usagers son statut de véhicule prioritaire. Le parquet, qui a été chargé de mener une enquête sur les circonstances du drame, se veut plus prudent: “le fait que la patrouille de la BAA était bien en code 3 avec sirène et gyrophare actifs n’est pas encore confirmé”, nuance-t-on. Un témoin de l’accident contacté par nos soins réfute en effet fermement la version initiale de la police: selon L.K., la voiture de police roulait sirène éteinte. Les gyrophares étaient eux bien allumés. 

“J’ai eu l’intuition que la police cherchait à minimiser sa responsabilité”

“De retour de chez mes parents hier soir, je suis sorti de la gare centrale et j’ai descendu la rue Cantersteen à vélo. Un peu plus loin, j’ai croisé un véhicule de police qui roulait à très vive allure, environ 70 à 80 km/h, et sans sirène. C’est là que j’ai entendu l’impact. Un bruit sourd. Un jeune qui voulait longer la rue Cantersteen avait, dans sa malchance, dû contourner les travaux en cours et de ce fait s’engager sur la rue. C’est là qu’il a été heurté par l’arrière par la voiture de police. J’ai vu le jeune homme à plat ventre, il avait l’air mort sur le coup”, nous explique-t-il en précisant que le jeune homme ne traversait pas vraiment la rue lors du choc.

Il poursuit: “J’ai été choqué de lire ce matin que la police parlait de sirènes allumées, car c’est totalement faux. Seuls les gyrophares étaient enclenchés, ce qui change tout car la police a percuté ce jeune homme par l’arrière. J’ai d’ailleurs immédiatement eu l’intuition, sur les lieux de l’accident, que la police cherchait à minimiser sa responsabilité dans l’accident. Cela se sentait à la conversation que la police a eue via talkie-walkie avec des collègues. J’ai entendu les agents signaler avoir ‘percuté un civil qui traversait en courant’, comme pour se déresponsabiliser”. Pour le témoin, si c’est bel et bien un accident dont il s’agit, c’est avant tout la vitesse qui est en cause: “Je sais très bien qu’ils étaient en intervention et qu’ils doivent aller vite, mais à mon sens rien ne justifie de rouler à une telle allure et on peut le dire, comme des cowboys, surtout sans les sirènes. Peut-être ne les avaient-ils pas enclenchées vu l’heure tardive, mais je suis dérangé par le fait qu’ils modifient leur version”. 

Neutralité? “J’ai peur qu'ils se serrent les coudes”

Le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances de l’accident. Un médecin légiste a été désigné ainsi qu’un expert en automobile. Le laboratoire de la police judiciaire fédérale est également descendu sur les lieux. Les images de vidéo-surveillance situées à proximité vont être analysées et des témoins seront entendus pour éclaircir l’affaire. “L’enquête sur les causes et les circonstances de ces faits est entre les mains du parquet de Bruxelles. Une autre zone de police a été chargée d’exécuter les devoirs d’enquête afin de garantir que celle-ci se passe en toute neutralité”, a encore précisé le porte-parole du parquet.

Notre témoin est de son côté soulagé d’être bientôt entendu et de donner sa version des faits. Il dit redouter que les agents responsables de l’accident ne parviennent à “maquiller” les faits en rejetant la faute sur le fuyard décédé et que la police ne se “serre les coudes” vu les circonstances. L.K. nous précise par ailleurs que la rue était encore très fréquentée malgré l’heure et que rapidement, de nombreuses personnes ont convergé autour de la victime pour lui porter assistance. La police et le SMUR dépêché sur place ont tout tenté pour réanimer la victime, en vain. La police de la zone Bruxelles-Capitale/Ixelles a ensuite contacté la zone de police de Bruxelles-Nord pour faire les constatations nécessaires, précise de son côté le parquet.

“La famille n’a pas encore été prévenue”

L’identité de la victime n’a pas encore été dévoilée. Ce matin, l’identification était encore en cours et la famille n’avait donc pas encore été prévenue formellement. “Nous déplorons sincèrement cet accident et présentons déjà toutes nos condoléances à la famille. La patrouille concernée est également particulièrement choquée et a dû être prise en charge par la ‘stress-team’ de la police”, avait de son côté commenté Olivier Slosse, de la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles.