Koen Geens, ministre de la Justice.
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Koen Geens, ministre de la Justice. © belga

Koen Geens veut encore augmenter le salaire des détenus

Le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) plaide pour que les détenus disposent d'un salaire plus élevé pour le travail effectué en prison. Depuis le 1er janvier dernier, les revenus des détenus mis au travail ont déjà été augmentés: un détenu gagne désormais jusqu’à 4 euros de l’heure contre 0,75 euro en 2018. Mais Koen Geens estime que cette hausse n’est pas encore assez significative. “Si le détenu sort de prison avec un minimum d’argent propre, ses risques de récidive diminuent. Et cela aide aussi à dédommager les victimes”, explique-t-il.

Moins d'un euro de l’heure pour faire le commis en cuisine ou pour suivre une formation et maximum 4 euros de l’heure pour ceux qui travaillent sur une chaîne de production d'une entreprise extérieure: voilà les nouvelles normes salariales des détenus belges selon l’arrêté royal en vigueur depuis le 1er janvier. 

Se réinsérer et payer son dû

Des montants qui restent dérisoires, sans que le public ne s’en émeuve. Le détenu est souvent, aux yeux de beaucoup, un être qui ne peut pas prétendre aux mêmes droits que ses concitoyens restés sur le droit chemin. Mais le ministre de la Justice Koen Geens a un tout autre avis sur la question, bien que son projet ne puisse aboutir alors que le gouvernement est en affaires courantes. Il a cependant rouvert le débat en commission de la Justice de la Chambre: “La rémunération n’est, en l’état, pas assez attrayante mais je n’ai pas trouvé le soutien nécessaire pour améliorer ce problème”, a-t-il regretté. “Travailler ou se former sont des choses importantes en vue d'une réinsertion réussie dans la société. Il faut des mesures pour aider les détenus à sortir de prison avec un minimum d’argent de côté mais aussi pour dédommager les éventuelles victimes ou payer les amendes dont ils ont écopé”, poursuit-il. 

Quelques chiffres pour comprendre l’ampleur du sujet: sur quelque 10.500 détenus en Belgique, environ 4.550 sont actuellement rémunérés. 2.000 pour des tâches ménagères dans les prisons, comme du nettoyage ou de l’aide en cuisine. Quelque 350 autres sont employés sur des sites de production de Cellmade, l'institution fédérale de coordination du travail des prisonniers. À côté de ce travail en “interne”, on dénombre environ 1.700 détenus mis au travail par des entreprises privées. Enfin, quelque 500 détenus suivent une formation professionnelle, par exemple en boulangerie ou en plomberie. Ces formations sont également rémunérées, dans l’espoir de susciter les vocations et motiver à s’occuper de manière constructive.

La question de la durée de la peine

Pourquoi n’y a-t-il pas plus de détenus au travail, dans ce cas? “Déjà parce qu’il y a davantage de détenus qui souhaitent travailler que d’emplois disponibles”, résume Kathleen Van De Vijver du comité de surveillance des prisons. “Il y a aussi de grandes disparités entre prisons. Il y a des prisons où l’espace est trop réduit pour organiser une mise au travail des détenus, et d’autres où il n’y a pas de postes vacants parce que ce sont des prisons où les détenus effectuent plus de peines de longue durée et ceux-ci ne lâchent pas facilement leur job”.

À l'inverse, il y a des prisons où les détenus ne cherchent pas forcément du travail, comme l’a déploré la députée Sophie Rohoni (DéFi) au sujet de la prison de Saint-Gilles. Mais là aussi, il y a une explication: il s’agit d'une prison où il y a davantage de personnes en détention préventive, et qui espèrent donc encore être libérées rapidement. Pour, éventuellement, retrouver leur emploi initial. 

Survivre en prison, un défi face à la grogne des gardiens

En moyenne, un détenu mis au travail gagne 200 à 275 euros par mois. De l’argent précieux en prison: il paie des sodas, chips, cigarettes, gel douche ou la télévision en cellule, de véritables luxes dans un environnement clos et précaire. Mais pas uniquement. “Le tribunal de l’application des peines dispose d'un droit de regard sur ces revenus et peut convenir d’un accord avec le détenu afin qu'il paie les parties civiles”, explique Koen Geens. 

D’autre part, le problème de la concertation sociale avec les gardiens complique la mise au travail des détenus. “Les entreprises privées paient six euros de l’heure, mais en raison des actions syndicales des gardiens de prison, elles ne peuvent plus compter sur les délais de livraison convenus”, déplore Kathleen De Vijver. “Il y a d’ailleurs un nouveau préavis de grève annoncé et c’est le travail en prison qui en sera la première victime”, ajoute-t-elle.

Le nouvel arrêté royal prévoit désormais que les détenus pénalisés à cause d'une grève de leurs gardiens perçoivent malgré tout un dédommagement de 0,79 euro de l’heure. “Les détenus comprennent qu’à cause d’une grève, ils soient privés de bibliothèque ou de sport, mais l’abandon de leurs heures de travail pèse davantage sur eux. Leurs revenus en dépendent”, conclut Kathleen De Vijver.