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Alicia posant avec sa professeur durant leur relation. Mais elle n’était pas la seule sur laquelle l’enseignante avait jeté son dévolu. © rv

L’enseignante avait des relations avec ses élèves: pourquoi l’école n’a pas pu la licencier

Nous vous le relations hier, des parents d’élèves ont fait part de leur frustration alors qu’une enseignante qui a eu des relations intimes avec leurs filles a repris les cours à la rentrée. Alicia et une autre élève, respectivement 17 et 16 ans, ont été séduites par leur professeur de l’école spécialisée Sint-Barbara de Beringen. L’école a pris connaissance des faits et de leur véracité mais a vu sa procédure disciplinaire tourner court: l’enseignante s’est battue pour sa place et a pu la garder. Pour éviter des cas similaires, l’Open VLD souhaite relever à 18 ans l’âge toléré en cas de rapport avec un professeur.

“Impensable que nous n'ayons pas été mis au courant”, s’exclame Dirk Martens, président du conseil de parents d’élèves de VIBO Sint-Barbara, un institut de l’enseignement spécialisé dans le Limbourg. Comme évoqué précédemment, l’enseignante n’est pénalement pas passible de poursuites, ses partenaires, bien que scolarisées sous son autorité, ayant plus de 16 ans et étant consentantes. Mais ce n’est pas de majorité sexuelle dont il s’agit, estime le conseil de parents d’élèves. “Les parents auraient apprécié recevoir un courrier de la direction pour les avertir de ces agissements. Il s’agit malgré tout d’un abus de pouvoir inouï vu qu’il s’agit de jeunes en position de faiblesse”. 

Pleinement soutenue par certains collègues

Contactée par nos collègues d’Het Laatste Nieuws, la professeur n’a pas souhaité réagir à la médiatisation de l’affaire. Hier, elle ne s’est pas présentée à l’école et est restée chez elle. Ses collègues sont en tout cas partagés sur son cas. Pour certains, elle aurait dû être renvoyée il y a longtemps, dès que les faits ont été avérés. D’autres la défendent avec ferveur. Le fait qu’elle ait combattu et gagné contre la direction lors de la procédure disciplinaire prouve à leurs yeux qu’il n’y a rien à lui reprocher. 

Alicia Sanfilippo, 17 ans lorsque sa professeur lui a volé un premier baiser, s’était exprimée hier dans les colonnes du quotidien flamand: “Par moments je me sentais heureuse, à d’autres je me sentais utilisée, et c’est toujours le cas d’ailleurs. Ce n’est qu’après trois ans, lorsque j’ai rencontré ma nouvelle petite amie et que je lui ai tout avoué, que j’ai eu le courage de rompre”. 

Selon une source proche de l’enseignante incriminée, cette dernière est passée près de l’exclusion l’an dernier lorsqu’il est apparu qu’elle avait eu des relations avec deux élèves différentes. Son premier réflexe a été de prendre un avocat pour assurer sa défense, ce qui lui a permis d’obtenir gain de cause et de garder sa place. C’est pour cela qu’elle a pu revenir devant une classe début septembre, à la grande stupéfaction de certains. Le directeur de l’école jouait la prudence hier devant la presse, parlant “d’actions” en cours dans le chef du pouvoir organisateur. Il pourrait donc y avoir un recours.

“Oui, il existe des professeurs qui recherchent les proies faciles”

“Dans les affaires de dépassement des limites dans le cadre scolaire, c’est rarement tout noir ou tout blanc”, explique Christophe Vangeel, avocat spécialisé dans les affaires liées à l’enseignement. Si le conseil ne défend personne dans l’affaire de Beringen, il a assisté des élèves, parents ou professeurs dans bien des cas similaires. “Il existe très clairement des professeurs qui se mettent en quête de ‘proies faciles’ parmi leurs élèves. Ce sont toujours les élèves qui n’ont pas d’autre personne de confiance à qui s’adresser qui sont les premiers à être invités pour une conversation seul à seul. Et ils avancent comme ça pas à pas, pour aller de plus en plus loin. Mais vous avez aussi des enseignants vraiment mal dans leur peau ou qui traversent une période difficile à la maison. Lorsqu’ils reçoivent soudain un intérêt enthousiaste de la part d’un élève, cela leur plaît et puis c’est l’escalade. À mes yeux, ces gens-là ne doivent pas être écartés de l’enseignement pour le reste de leur vie. Ils réalisent très bien qu’une chose pareille n’aurait jamais dû arriver”, analyse-t-il. Et l’avocat d’ajouter que dans la moitié des affaires qu’il a traitées, c’est l’élève et non l’enseignant qui a initié la relation, sciemment et de son plein gré. On parle là d’adolescents proches de la majorité. 

Messageries instantanées

Et les relations sexuelles entre élèves et enseignants ne sont, contrairement à ce que l’on imagine, pas si rares. “Chaque année, je vois au moins un cas dans lequel je me dis: Non, ça, ça n’est pas sain”, reconnaît l’avocat. De ces affaires-là, les enseignants sortent rarement impunis: “Même si d’un point de vue juridique, il n’y a rien de criminel, l’école a le droit d’entamer une procédure disciplinaire contre le professeur”. 

“Et dans ces cas, il est rarement question d’échanges verbaux uniquement. De nos jours, il y a toujours de longues conversations sur des messageries en ligne et des SMS qui constituent des éléments de preuves suffisants. Et même si les élèves ont eux-mêmes  ostensiblement consenti à la relation, le professeur impliqué reçoit généralement une sanction disciplinaire. La Direction des affaires disciplinaires flamande est assez stricte dans ses décisions: il doit demeurer une distance entre l’enseignant et l’élève”, résume le spécialiste.

Une interdiction stricte jusqu’à 18 ans au lieu de 16?

La solution est-elle de sanctionner en justice les relations entre enseignant et tout élève de moins de 18 ans, comme aux Pays-Bas? C’est ce que suggère la députée Open VLD et par ailleurs sexologue, Goedele Liekens, à la lumière des faits révélés hier. Elle juge la mesure nécessaire pour mieux protéger les mineurs: “il est question de rapport de pouvoir, même s’il y a consentement mutuel”, estime la députée. “Un professeur qui abuse de sa position pour contraindre un étudiant à une relation sexuelle ne peut actuellement pas être sanctionné”, en déduit-elle. Par contre, les libéraux flamands plaident pour un abaissement à 14 ans de l’âge auquel un rapport sexuel est autorisé, avec la condition que les partenaires n’aient pas plus de cinq ans d’écart. 

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Goedele Liekens est députée Open VLD depuis les élections de mai. Mais sexologue de profession, elle est aussi très connue en Flandre pour sa participation à des émissions sur la sexualité. © BELGA

Les pouvoirs organisateurs des écoles ne semblent eux étrangement pas demandeurs d'un durcissement de la législation: “La loi actuelle donne juste assez de marge aux écoles pour intervenir lorsque le comportement est inadéquat”. En un mot, ce sont les écoles elles-mêmes qui décident de ce qui va trop loin en termes de relations sexuelles dans leurs établissements. Les différents réseaux (libre, etc) trouvent également de l’aide et des conseils avisés au sein de leurs structures respectives. 

“Après avoir ouvert la discussion avec les parties et selon la gravité des faits, l’école lance ou non une procédure disciplinaire. Et quand il s’agit d’élèves fragiles, les directions en tiennent évidemment compte”, explique Pieter-Jan Crombez, responsable de la structure qui chapeaute l’enseignement catholique en Flandre. Mais dans l’absolu, la règle reste la même tant pour les enfants vulnérables que pour les enfants dans l’enseignement de type général. 

Au professeur de faire figure d’exemple: “Il doit poser des limites malgré les sentiments”

Quel que soit l’âge de la majorité sexuelle, une chose est sûre: l’enseignant est toujours censé éviter toute relation trop intime avec un élève. “Il peut arriver qu’il y ait une certaine ‘dynamique’ entre eux, mais à ce moment-là, c’est justement à l’enseignant de prendre de la hauteur et de poser les limites”, nuance l’avocat spécialisé. Il doit faire figure d’exemple. 

“Vous pouvez avouer vos sentiments, mais tout en précisant qu’à long terme, cela poserait de gros problèmes d’y céder. Car dans les faits, de telles relations laissent toujours des traces. J’ai déjà vu une dame porter plainte vingt ans après les faits, car elle n’avait jamais surmonté cette relation. En tant que professeur, vous êtes en position de force, vous êtes une personne de référence. Vous ne pouvez pas endommager cette confiance. Et ce même s’il y a des sentiments réciproques”, clarifie-t-il. Il convient également de rappeler qu’à un âge où l’adolescent construit seulement sa personnalité et se cherche, le consentement est quelque chose de fragile et précieux qui ne se négocie pas avec un adulte.

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