L'une des pages remplies de la trop longue nécrologie parue dans Het Belang van Limburg
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L'une des pages remplies de la trop longue nécrologie parue dans Het Belang van Limburg © Twitter/bruno Struys

L’interminable nécrologie du Limbourg: mais pourquoi la province est-elle tant touchée?

Les virologues le disaient ce matin lors de leur bilan quotidien: ils ne pensent pas qu'une autre province belge dépassera le rythme auquel l’épidémie s’est répandue dans le Limbourg et ce grâce l’uniformité des mesures de confinement dans le pays. Aujourd’hui, la nécrologie limbourgeoise faisait 13 pages. Mais pourquoi la province est-elle le “point noir de l’épidémie” en Belgique?

Triste spectacle sur Twitter ce samedi, où un internaute partageait, ému, le moment de feuilleter l’interminable nécrologie publiée dans le journal Het Belang van Limburg. “13 pages de nécrologie. Cela vous coupe l’envie de parler. Au total, 145 Limbourgeois sont décédés du coronavirus en trois semaines”, désespère ainsi Bruno Struys en légende de sa vidéo. Et HLN de noter que la nécrologie filmée ne reprend que la moitié des décès.

Les deux plus grands hôpitaux limbourgeois ne sont d’ailleurs pas loin d’atteindre leur capacité maximum en soins intensifs. À l’hôpital de Hasselt, les soins intensifs comptaient samedi 40 malades du coronavirus, alors que 41 lits sont disponibles. À la clinique Oost-Limburg, 36 des 41 lits en soins intensifs sont occupés. À l’hôpital de Genk, on passe par contre de 130 à 126 patients corona en soins intensifs. Ces derniers jours, 20 malades ont été transférés vers des hôpitaux en Brabant flamand, en province d’Anvers ou en Flandre orientale.

Le ski dans le nord de l’Italie et en groupe

Les statistiques sont cruelles avec la province flamande, qui concentre à elle seule 15% des décès recensés dans le pays. Et ce alors qu’elle ne représente que 7,6% de la population belge. Selon Steven Van Gucht, les mesures de confinement et de distanciation sociale éviteront aux autres provinces de rattraper le Limbourg, et les virologues n’ont pas d’explication toute faite pour ce phénomène de concentration géographique du virus.

On ne peut donc que spéculer pour tenter de comprendre, en relevant plusieurs éléments factuels. Au regard des destinations des familles revenues d’un séjour au ski après les vacances de carnaval, moment-clé de l’importation du virus en Belgique, on constate que le nord de l’Italie a été le plus prisé des Limbourgeois. Ensuite, les Limbourgeois effectuent, en comparaison avec les voyageurs des autres provinces belges, davantage de voyages de groupe. 

Travail aux Pays-Bays

Autre piste évoquée, notamment par Raf Terwingen, bourgmestre (CD&V) de Maasmechelen, le Limbourg a une position frontalière probablement décisive. “Plus de 17.000 Limbourgeois circulent chaque jour entre les Pays-Bas et la Belgique pour leur travail. Or aux Pays-Bas, où la méthode de la horde ou immunité collective a initialement été choisie, les mesures liées au coronavirus ont été plus longtemps plus laxistes que chez nous”, notait l’élu mardi dans Het Laatste Nieuws. Les Limbourgeois en ont peut-être été victimes.

La saison des carnavals a peut-être aussi influencé la propagation du virus: à Saint-Trond, le cortège était de sortie malgré le temps orageux et quelques semaines après que les festivités y eurent battu leur plein, on relève que la ville est l’un des pires foyers de l’épidémie. Cependant, cet argument est à prendre avec prudence. D’autres villes comme Alost ont également eu le temps de fêter le carnaval avant les annulations, sans connaître pour autant de pic de contaminations et de décès aujourd’hui.

Un photographe amateur a pris une photo emblématique du drame vécu par le Limbourg, sur la route expresse N80 jeudi
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Un photographe amateur a pris une photo emblématique du drame vécu par le Limbourg, sur la route expresse N80 jeudi © Yves Steukens