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La défense de Nemmouche insinue, mais n'a aucune preuve

Attentat Musée juifAprès ses confrères Mes Libert et Ramet mardi après-midi, Me Vincent Bodson, également conseil de la famille Riva, a entamé sa plaidoirie mercredi matin devant la cour d'assises de Bruxelles. L'avocat a commencé par poursuivre le travail de sape des parties civiles pour démontrer que la thèse d'un assassinat ciblé ayant visé les époux israéliens ne tient pas la route.

Citation

"Dès que c'est clair, on dit autre chose. Après, on se tait, parce que dès qu'il dit quelque chose, on peut le vérifier et arriver à la conclusion qu'il ment."

Me Vincent Bodson, conseil de la famille Riva
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Mehdi Nemmouche, croqué par Igor Preys © belga

Les enquêteurs et juges d'instruction ont cherché la vérité, ils ne travaillent pas pour le procureur, a rappelé d'emblée Me Bodson. "Ils n'ont aucun intérêt à voir un innocent condamné, et pourtant on tente de vous faire croire que les dés sont pipés, que deux juges d'instruction belges et trois français ont comploté ensemble", a-t-il adressé aux jurés.

Ni piège ni manipulation
"La vérité est simple, toutes les preuves mènent à Mehdi Nemmouche", a opposé l'avocat. "On ne nous a toujours pas présenté la moindre preuve de piège ou de manipulation des pièces."

Insinuations
La défense "insinue", évoque pêle-mêle le Mossad, le Nativ, le Liban, les chiites ou encore un appartement à Berlin, a fustigé le conseil de la famille israélienne.

Explications nécessaires
Si c'était un assassinat ciblé, pourquoi l'auteur n'est-il pas parti après avoir abattu les Riva?, s'est interrogé l'avocat. "Il va au bout du couloir, ne marque aucune hésitation, ne jette aucun regard aux Riva, il va falloir que la défense explique ça."

Le Cardinal Danneels évoqué
Me Bodson a souligné à quel point les enquêteurs avaient été loin dans leurs investigations. "Toutes les pistes ont été explorées: celle d'une voiture qui se serait arrêtée et dont le GPS a confirmé qu'elle n'avait rien à voir, d'un taxi qui est arrivé après la scène, de petites amies qui dénoncent leur ex-conjoint... Ils ont été au bout des choses. On n'a pas été jusqu'à vérifier la piste du Cardinal Danneels qui a aussi été cité", a ironisé l'avocat, rappelant que le dossier comporte 36 cartons d'éléments.

Simples touristes
Pour lui, l'hypothèse selon laquelle les Riva seraient des agents secrets n'a aucun sens. "Ils arrivent à Bruxelles le 22 mai, on retrouve dans leurs affaires des dépliants touristiques en hébreu, sur la Basilique, sur une visite médiévale, sur le Jazz Marathon. Sur leur téléphone, on trouve une photo d'Emanuel devant le Manneken-Pis. Ils sont là depuis moins de 48 heures au moment des faits, ils visitent et envoient des photos à leurs filles."

Un tueur professionnel avec une kalachnikov, vraiment?
Me Bodson a aussi relevé que les Riva venaient d'une autre direction que le tueur, qui ne les suivait donc pas. Il estime la thèse d'un "professionnel" tout aussi peu crédible. "Pourquoi aurait-il utilisé une kalachnikov et essayé de se filmer?"

Regard fuyant
"Et si ce n'est pas Mehdi Nemmouche, pourquoi est-il le seul qui n'a pas été capable de regarder les filles Riva quand elles sont venues témoigner devant la cour?", a encore relevé l'avocat.

Les armes volées? "Simplement faux"
La seule fois que Mehdi Nemmouche a donné une explication, aux douaniers à Marseille, il a dit qu'il faisait du tourisme à Bruxelles et qu'il avait volé les armes dans une voiture. "Les enquêteurs ont cherché toutes les voitures de ce type, sans résultat, c'est simplement faux. Dès que c'est clair, on dit autre chose. Après, on se tait, parce que dès qu'il dit quelque chose, on peut le vérifier et arriver à la conclusion qu'il ment", a fustigé Me Bodson. Et cette déclaration a été faite avant d'être assisté par un avocat commis d'office, ce n'est donc pas suite à un mauvais conseil de ce dernier comme l'a prétendu la défense, a-t-il ajouté.

"Ce n'est que quand il est coincé qu'il avoue"
Mehdi Nemmouche a admis qu'il avait été en Syrie et qu'il était radicalisé "parce qu'il n'avait pas le choix", a souligné Me Bodson. Il ressort des courriers envoyés depuis la prison où il est détenu à son ami du nord de la France que l'accusé l'incitait à attirer des gens vers la religion, et de ses déclarations aux enquêteurs que Mehdi Nemmouche était parti en Syrie. "Comme toujours, ce n'est que quand il est coincé qu'il avoue", a résumé l'avocat.

Revendication sur plusieurs supports
Parallèlement, Me Bodson est une nouvelle fois revenu sur les éléments incriminant l'accusé et démontant l'hypothèse d'un piège. Il a ainsi souligné que les vidéos de revendication découvertes sur l'ordinateur portable de Mehdi Nemmouche se trouvaient sur tous les appareils (photo, cartes mémoire, ...) en sa possession. "Pourquoi y a-t-il plusieurs essais, pourquoi sont-elles sur tous ces supports si c'est quelqu'un d'autre qui l'a placée sur l'ordinateur pour enfoncer Mehdi Nemmouche?", a interrogé l'avocat.

"Grand malade"... qui fait de la muscu
Me Bodson a souligné que le trajet pour évaluer le temps nécessaire entre le musée et l'appartement de l'accusé à Molenbeek avait été réalisé "à son avantage, par un policier de 52 ans lesté d'un poids équivalent à deux kalachnikovs". L'affirmation de la défense selon laquelle Mehdi Nemmouche ne serait pas en état de réaliser le trajet dans le temps imparti ne tient pas, selon l'avocat. "Ce 'grand malade', qui a eu trois pneumothorax, sur lequel on a trouvé du Ventolin, mais qui fait de la musculation et de la lutte selon ses proches", a pointé le conseil de la famille israélienne.

"Saint Graal"
Il est revenu sur les chaussures du tueur, qui ont laissé une trace sur la porte du musée et qui ont été comparées par l'expert -en raison de leur rareté- au "Saint Graal", soit une preuve irréfutable qu'il s'agissait bien de celles que l'accusé portait aux pieds le jour de son arrestation.

Une geôle en Syrie, mieux qu'une cellule à Bruges
Me Bodson s'est aussi insurgé de l'affirmation de la défense selon laquelle "les journalistes otages en Syrie avaient plus de place que Mehdi Nemmouche dans sa cellule de la prison de Bruges". "Selon la défense, la perpétuité au quartier de haute sécurité, c'est pire que la peine de mort. La seule peine de mort dans ce dossier, c'est vous qui l'avez prononcée", a-t-il commenté en se tournant vers l'accusé.

Émotion relative
Le conseil a également brièvement évoqué Nacer Bendrer, accusé d'avoir fourni les armes qui ont servi à la tuerie à M. Nemmouche. Le co-accusé était "ému devant les photos, selon la juge d'instruction", a-t-il rappelé. "Mais pas ému au point d'avouer qu'il avait fourni les armes, pas au point d'avouer qu'il baigne dans le milieu des armes alors que les morts pleuvent autour de lui", a-t-il affirmé.

"Que justice soit faite"
À l'issue de cette plaidoirie qui concluait celle de la famille Riva, Me Bodson a demandé que "justice soit faite" pour les deux filles du couple Riva, orphelines depuis la tragédie et pour lesquelles M. Nemmouche "n'a même pas eu un regard". "Mehdi Nemmouche a fait preuve d'une incroyable lâcheté, tentant de passer entre les gouttes avec son ignoble droit au silence. Il a sali la mémoire des victimes et il est temps de laver l'honneur des familles", a conclu l'avocat.

Après une brève interruption, la parole a été donnée à Me Lurquin, conseil d'une personne qui se trouvait au musée au moment des faits et qui en a été profondément choquée.