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La double vie d'un riche Belge pédophile qui avait bâti un orphelinat au Cambodge

Un Anversois de la soixantaine comparaît au tribunal pour faits de pédophilie et tournage vidéo de ses abus. L'homme partageait, échangeait et revendait ses films avec d'autres pervers. Près de 400.000 fichiers de pornographie infantile ont été retrouvés chez lui. L'homme est un homme d'affaires accompli qui avait fait fortune et menait ses activités pédophiles au Cambodge sous couvert d'oeuvres humanitaires. Il risque 16 ans de prison.

Un agent inflitré du FBI a démasqué P.C., un habitant d'Anvers d'origine néerlandaise, en le conviant dès 2011 à échanger de la pornographie infantile sur internet. L'agent secret a alors pu avoir un aperçu de l'immense collection de fichiers pédophiles dont il disposait et en a informé les autorités belges. Celles-ci ont mené des perquisitions dans la villa anversoise de l'homme d'affaires et les enquêteurs ont découvert une foule inédite de fichiers soigneusement cachés chez lui à l'insu de sa famille.

"Sa collection de 396.160 fichiers était méthodiquement rangée dans 8.657 dossiers différents", a expliqué le procureur au début du procès qui se tient à Anvers. "Un tiers de ces fichiers était encore inconnu au bataillon, ce sont donc de nouveaux fichiers. On y voit de très jeunes enfants et même des vidéos de maltraitance extrême sur des nouveaux-nés. Sur une photo, il y a un manuscrit A4. Celui-ci est censé prouver que les images sont 'maison'. La fierté ultime pour un pédophile", a-t-il exposé.

Quinze ans de "pratique"
Sur l'ordinateur de l'accusé, des conversations instantanées d'une nature hallucinante ont également été retrouvées. L'homme y fait état de sa vision de la pédophilie: "Vous devez leur apprendre ça très jeunes, comme ça ils trouvent cela normal", apprend-il à un autre internaute. Les enquêteurs ont par ailleurs retrouvé une foule de logiciels lui permettant de surfer anonymement tout en effaçant toute trace de son passage. Tout sauf un novice, donc. "L'accusé savait très bien ce qu'il faisait et mettait tout en oeuvre pour cacher au mieux ses activités pédophiles. Il a quinze ans d'expérience en la matière".

Le sexagénaire avait pris contact avec des femmes philippines via un site payant. Contre rémunération, ces mères prêtes à tout acceptaient de procéder à des abus sur leurs enfants devant la webcam. Sur demande de P.C., des enfants extrêmement jeunes étaient par exemple forcés de se masturber. "L'accusé versait mensuellement entre 150 et 290 euros à chacune de ces femmes", explique l'accusation. "Il s'est également rendu sur place à trois reprises afin de violer deux enfants et de filmer ses crimes".

Un orphelinat pour mieux violer ses "enfants adoptifs"
Mais ce n'est pas tout. En plus d'être un habile pédophile, l'homme d'affaires se cachait de la plus abjecte des manières. En 2005 en effet, il avait fait construire, avec l'aide d'un ami anversois, un orphelinat à Siem Reap au Cambodge. L'accusé et sa femme y avaient même adopté quatre enfants et ils prenaient régulièrement l'avion pour l'Asie afin de leur rendre visite. Lors de leurs voyages, les enfants logeaient avec eux. Le pédophile en profitait évidemment, à l'insu de son entourage, pour abuser des enfants placés "sous son aile". Dans sa collection de pédopornographie, les enquêteurs ont notamment trouvé des photos de viols sur une de ses filles adoptives, dans un hôtel local.

Le procureur a requis une peine d'emprisonnement de seize ans ferme ainsi qu'une mise à disposition du tribunal d'application des peines. "Cet homme agissait dans les hautes sphères des réseaux pédophiles. Il a grimpé tous les échelons: du surf au téléchargement de fichiers puis à l'échange de ceux-ci avant de produire lui-même de la pédopornographie. Il a fini dans le groupe des experts pédophiles", a clamé l'accusation qui refuse qu'il passe pour un simple "amateur".

Double vie
Pour l'entourage de P.C., le monde s'est effondré avec la mise au jour de ses activités perverses et criminelles. L'homme se faisait passer un philanthrope et en plus de ses pseudos-activités caritatives en Asie, il finançait des projets belges. Il avait par exemple sponsorisé en 2001 la rénovation de la salle d'audition des mineurs de la police locale d'Anvers. Le lieu-même où, ironie du sort, des enfants victimes d'abus sexuels sont interrogés et filmés lorsqu'ils confient leur terrible vécu. Il avait également payé la restauration d'une oeuvre du Musée Royal des Beaux-Arts et effectuait des dons au Fonds Rubenianum. Des actes nobles dont ses avocats se sont évidemment servis pour assurer sa défense, en espérant dresser de lui le portrait d'un homme généreux et désintéressé.

Ses proches ne sont quant à eux pas inquiétés, ils n'avaient apparemment pas conscience de la double vie de l'homme d'affaires richissime. Me Dirk Grootjans a plaidé l'acquittement en arguant que l'agent du FBI qui l'a incriminé avait dépassé le cadre de la procédure. "L'enquête a été très mal menée là-bas et on a fait dire ce que l'on voulait aux victimes", a-t-il argumenté.

Violé par un prêtre à 12 ans
Le chef de réalisation de pédopornographie est contesté par la défense, à l'inverse de la détention et de la diffusion de ces contenus, les preuves étant incontestables. Mais là encore, la défense ne s'est pas laissée démonter: "Mon client a été abusé par un prêtre dans un internat d'Amersfoort alors qu'il n'avait que 12 ans. Ce traumatisme est à l'origine de sa déviance sexuelle qui a commencé dès son plus jeune âge", a tenté de justifier l'avocat.

Child Focus s'est portée partie civile dans le dossier et a réclamé un euro symbolique. Le verdict est attendu le 21 janvier prochain.

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