Plein écran
Robert Vertenueil, président de la FGTB © Photonews

La FGTB veut le salaire minimum à 14 euros et le retour de la pension à 65 ans

UpdateLa FGTB plaide pour l'instauration d'un "social shift", qui déplacera la charge de l'impôt sur les épaules des plus solides, contrairement à ce qui a été fait avec le "tax shift" du gouvernement fédéral, selon le syndicat. Il demande aussi "un pouvoir d'achat retrouvé" pour la population, avec notamment le rehaussement du salaire minimum à 14 euros de l'heure et le relèvement de la pension minimum à 1.500 euros nets. Ces différentes mesures font partie du mémorandum de la FGTB en vue des élections de mai prochain, présenté mercredi.

Plein écran
© FGTB

Dans ce document, la FGTB avance quelque 150 projets et propositions autour de domaines prioritaires d'action: un pouvoir d'achat retrouvé, une justice fiscale, des emplois de qualité dans une économie durable, des libertés syndicales et une sécurité sociale forte.

Garantir une situation digne
Le syndicat socialiste veut ainsi tout d'abord un meilleur pouvoir d'achat. "Il y a beaucoup d'attentes de la population de ce côté-là", a relevé son président Robert Vertenueil. Pour y parvenir, l'organisation exige une grande réforme sociale "qui veille à garantir des revenus décents et une situation digne à l'ensemble des citoyens tout au long de leur vie".

"Pas excessif"
Dans ce cadre, la FGTB souhaite notamment le rehaussement du salaire minimum à 14 euros de l'heure, contre 9,85 aujourd'hui, soit 2.300 euros par mois. En 20 ans, celui-ci a augmenté de 3,5% là où la rémunération des dirigeants d'entreprises du Bel20 a progressé de 13% en un an. Une progression qui doit se faire de façon linéaire. Dans le cadre des négociations salariales en cours, le syndicat socialiste entend aboutir à une progression de 10%. "Je pense que demander un euro de plus, ce n'est pas excessif dans nos revendications", glisse son président.

Indexation et barémisation
Le maintien de l'indexation, "méchamment manipulée au cours de ces dernières années", et de la barémisation, "qui est le fruit de la concertation sociale", font également partie de ses demandes. "Des études démontrent que plus on vieillit et on acquière de l'expérience, plus on est productif", pointe à ce propos Robert Vertenueil, qui veut également un salaire décent pour les jeunes. Il préconise dès lors une réforme de la loi salariale afin que l'évolution des salaires suive à nouveau l'augmentation de la productivité.

"Injustice profonde"
Robert Vertenueil demande aussi le relèvement de la pension minimum à 1.500 euros net "pour donner la possibilité de se loger, se nourrir, se soigner et d'éventuellement entrer en maison de repos". A ce propos, il qualifie d'"injustice profonde" la différence de pension moyenne entre une femme (882 euros) et un homme (1.182 euros). Les pensions en Belgique sont parmi les plus basses d'Europe, dénonce-t-il.

Virage fiscal "socialement juste"
Autre axe de travail, le "social shift", "un virage fiscal socialement juste". "Un peu de justice sociale et écologique dans ce pays...", espère le président du syndicat socialiste. Pour ce faire, il préconise entre autres une globalisation de l'impôt: un euro équivaut à un euro. "Il n'y a aucune raison qui puisse justifier que l'euro que vous gagnez en travaillant soit plus taxé que celui tiré des revenus mobiliers ou immobiliers", analyse-t-il.

Limite des avantages en nature
La FGTB plaide pour un glissement vers l'impôt sur les fortunes et sur le capital. "L'assiette va de la sorte se rééquilibrer en allant chercher vers ceux qui ont les épaules les plus solides." Elle veut aussi un moratoire sur l'octroi de nouveaux avantages en nature. "Nous ne crachons pas dessus. Mais nous sommes arrivés à la limite de ce genre d'outils. Cela prive la sécurité sociale et l'Etat d'un certain nombre de ressources, ce qui abaisse en fait le pouvoir d'achat", rétorque son président.

Les allocations sociales 10% au-dessus du seuil de pauvreté
Il suggère dès lors l'introduction d'une cotisation sociale généralisée au profit de la sécurité sociale, qui doit rester fédérale. Elle correspondrait à une imposition de 2% sur l'ensemble des types de revenus, le syndicat répétant son plaidoyer d'une globalisation de l'impôt. Grâce à cela, la couverture de la Sécu devra être élargie. Les allocations sociales minimales doivent, elles, augmenter pour dépasser de 10% le seuil de pauvreté, alors que 90% d'entre elles sont inférieures à ce seuil, estime encore la FGTB. Elle déplore à ce sujet que "le gouvernement ne dispose pas de budget pour que les gens soient un peu moins pauvres".

Semaine de 4 jours
L'organisation défend par ailleurs des emplois de qualité et "faisables". Cela passera par le retour de l'âge légal de la pension à 65 ans et par un droit aux emplois de fin de carrière accessibles dès 55 ans. Mais aussi par l'instauration d'un cadre législatif permettant de négocier la mise en place d'une réduction collective du temps de travail, soit des semaines de quatre jours où l'on est payé comme si on travaillait cinq jours. Ou encore par l'instauration d'un droit à la déconnexion, à cinq jours d'absence pour s'occuper de ses proches ou la facilitation de la conciliation avec la vie privée, entre autres via un congé de paternité obligatoire de 20 jours, contre dix actuellement.

Transition juste vers une économie bas carbone
Le syndicat invite à une politique d'investissements solide axée sur une transition juste vers une économie bas carbone, des investissements sociaux et des services publics forts.

Droit de grève
Enfin, la FGTB veut une démocratie sociale renforcée et la fin de la remise en cause par les patrons et les partis de droite des droits fondamentaux tels que celui de faire grève. Elle propose plutôt un renforcement de la concertation sociale et des libertés syndicales.

Pas de consignes de vote
Le syndicat socialiste demande à présent aux partis politiques de se prononcer sur ce mémorandum. Il s'exprimera ensuite publiquement sur les formations qui le soutiennent ou non, mais se défend de donner des consignes de vote. "Le citoyen choisira. Il est tout à fait capable de comprendre la situation."


Une nouvelle Suédoise inimaginable
Le président de la FGTB n'espère pas que les élections fédérales de mai prochain aboutiront à une nouvelle coalition MR/N-VA. "Je ne peux pas imaginer une nouvelle Suédoise quand je vois ce que les gens disent. Leur message me paraît clair", a lancé mercredi Robert Vertenueil lors de la présentation du mémorandum du syndicat socialiste en vue des scrutins du 26 mai.

Intégrer le message de la population
Le président de la FGTB exhorte les partis politiques à tenir compte de la réalité au lendemain des élections, quand ils entameront les négociations pour former une coalition. "Ne pas intégrer le message de la population serait une erreur", prévient-il. Cela contribuerait alors à l'écart croissant entre le monde politique et la perception des citoyens et leurs demandes, analyse Robert Vertenueil.

Anormal
Pour le patron du syndicat socialiste, il n'est pas normal que deux partis de droite, le MR et la N-VA, se soient alliés en 2014 afin de former l'axe du gouvernement fédéral alors que la majorité de la Wallonie vote à gauche. Il s'interroge sur le fait que le parti libéral, qui s'appuyait alors sur 20% des électeurs francophones, puisse représenter l'ensemble de la Wallonie. "Est-ce le reflet d'une démocratie?", se demande-t-il.

Vague verte
Robert Vertenueil perçoit en tous cas la vague électorale verte qui s'annonce, selon les derniers sondages. "Groen et Ecolo sont en phase avec l'aspiration de la population sur l'urgence climatique. Mais il n'y a pas de réponses aux questions climatiques sans la dimension sociale qui l'accompagne et inversement", a-t-il lancé à l'attention des partis écologistes. Il espère donc que ceux-ci s'allieront avec des partis ayant de "véritables" ambitions en la matière.


Une grève importante
Les employeurs doivent avoir conscience de l'importance qu'a eue la journée de grève nationale organisée la semaine dernière à travers tout le pays, a par ailleurs prévenu la FGTB mercredi, alors que les négociations salariales avec les représentants des travailleurs doivent reprendre lundi. "Le monde patronal doit comprendre que quelque chose s'est passé le 13 février. Ce n'est pas anodin", a lancé Robert Vertenueil. Il écarte toutefois le mot "menace" de son discours.

Retour dans la rue?
Les négociations salariales entre employeurs et syndicats doivent reprendre lundi. "Nous verrons ce qu'on en obtient et ce qu'il en ressort. Nous présenterons ensuite le résultat à notre base. Mais si l'on nous ressort exactement les mêmes choses autour de la table, il ne faudra pas s'étonner", met en garde le président de la FGTB. Il y aura alors un véritable risque de se retrouver à nouveau dans la rue et devant les entreprises, a-t-il laissé entendre.

Négociations sérieuses
Les instances du syndicat socialiste se réuniront dès mardi matin pour faire le point sur les négociations et décider des suites à donner. Un comité fédéral s'est déjà retrouvé mardi. Son patron a reçu le soutien de l'ensemble du mouvement pour dire aux patrons qu'il y avait une volonté de conclure les négociations salariales ce 25 février et que celles-ci devaient se faire "sérieusement".

"Plusieurs jours si nécessaire"
Les militants socialistes sont prêts à un nouveau 13 février et à remettre le pays à l'arrêt. "Même plusieurs jours si nécessaire", a affirmé Robert Vertenueil, qui nie toutefois "brandir une menace avant les négociations".