"La Belgique est composée de deux démocraties totalement séparées", a répondu Bart De Wever, suite aux propos de Georges-Louis Bouchez
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"La Belgique est composée de deux démocraties totalement séparées", a répondu Bart De Wever, suite aux propos de Georges-Louis Bouchez © Belga

La N-VA pas tendre avec Bouchez: “Ça s'appelle rater la chance de fermer sa gueule”

L’informateur royal Georges-Louis Bouchez, jeune président du MR, a déclaré dans une interview au magazine Wilfried être en faveur d’un retour à une Belgique unitaire. Relevés dès mercredi et publiés ce jeudi, ces propos ont fait bondir au nord du pays, notamment Bart De Wever, président de la N-VA: “Il a évidemment le droit d’avoir son opinion, mais en tant qu’informateur, ça ne fait pas avancer les choses”.

“Je suis unitariste. Moi, je suis pour un État unitaire. Je ne parle pas d’efficacité quand je vous dis ça, mais d’attachement sentimental”, déclarait notamment M. Bouchez, dans cette interview qui remonte à décembre, avant Noël, alors qu’il était déjà informateur aux côtés de Joachim Coens (CD&V), mais où il n’aborde de front ni sa mission d’information ni la formation d’un gouvernement fédéral. “Des améliorations liées aux réformes de l'État? Je n’en vois aucune en ce qui concerne les grandes compétences. Si jamais on devait procéder à une évaluation des six réformes de l'État, je peux déjà vous donner la conclusion. La conclusion, c’est qu’on doit tout remettre au niveau national. Si ça ne tenait qu’à moi -mais je ne suis pas tout seul- on remet tout à un niveau central. Et si véritablement on considère que ce pays n’est plus gérable, alors on peut le diviser”, ajoutait-il.

Ceci n’est pas une proposition

Se disant réaliste, Georges-Louis Bouchez a depuis expliqué qu’il s’agissait là d’un idéal à long terme, et pas immédiat. “Ce n’est pas une proposition, mais une réponse à une interview politico-philosophique de 8 pages”, a-t-il contextualisé, précisant aussi qu’il ne s’agissait ni de sa position ni de celle de son parti.

Les Flamands, citoyens de second rang

“Ce que Bouchez propose nous renvoie au 19e siècle. Cela témoigne d’un manque de vision historique”, a commenté Bart De Wever, dans une brève réaction transmise à la presse et postée aussi sur Twitter. “La Belgique est entre-temps composée de deux démocraties totalement séparées”, estime-t-il, affirmant que l’unitarisme “fonctionnait quand les Flamands étaient des citoyens de second rang dirigés par d’autres qui ne parlaient pas néerlandais”.

Préjudiciable aux négociations

Peter De Roover, chef de groupe des nationalistes flamands à la Chambre, prédit quant à lui que l’entretien “va sans doute compliquer encore les négociations fédérales”. “La question se pose de s’il s’agit d’une opinion détachée de l’actualité, ou d’un signal dans les négociations fédérales”, lance-t-il.

Les “vrais Belges”

“Ils appellent ça ‘rater la chance de fermer sa g...’”, a lâché mercredi Siegfried Bracke, ancien président de la Chambre, sur Twitter (partiellement en français dans le texte). “Si Bouchez veut la fin de la Belgique, il doit continuer comme ça”, a-t-il prolongé jeudi, précisant être en faveur d’un avenir pour la Belgique, mais avec une réforme profonde. “Encore un unitariste... qui comme les ‘vrais Belges’, ne parle pas un mot, même pas une lettre de néerlandais”, a lui écrit Hendrik Vuye, ex N-VA également, sur le même réseau social, émojis dégoûtés à l’appui.

Les libéraux flamands se sont montrés plus mesurés à l’égard des libéraux francophones. Les personnalités du parti ne partagent pas la même vision idéale d’une Belgique unitaire que le président du Mouvement réformateur. Mais il s’agissait d’une “opinion personnelle” de la part du Montois, relève Bart Tommelein, candidat à la présidence de l’Open Vld, glissant qu’une réforme de l'État “n’est pas une priorité” pour son parti.

Gwendolyn Rutten, présidente des libéraux flamands, note elle que les “idées rafraîchissantes sur la façon de mieux faire fonctionner la Belgique sont toujours bienvenues”. “On ne gagne rien d’une pensée unique, et encore moins de la scission du pays. L’essentiel c’est de savoir comment nous faisons mieux fonctionner et coopérer notre pays”, selon elle.

Le président du CD&V et informateur royal, Joachim Coens, a sobrement commenté les déclarations de son collègue informateur. Elles démontrent selon lui la nécessité d’un débat sur un renouveau de la gouvernance.

“Georges-Louis Bouchez démontre par ses déclarations que le gouvernement fédéral devra dans tous les cas mener un débat approfondi sur le renouveau de la gouvernance. Le thème est à l’agenda”, a-t-il déclaré sur Twitter.