La police s’est-elle réellement acharnée sur un activiste à terre d’Extinction Rebellion?

L’intervention musclée des forces de l’ordre pour faire évacuer les militants écologistes d’Extinction Rebellion de la place Royale samedi après-midi suscite l’indignation. Après la diffusion par la chaîne flamande VTM d’images dans lesquelles un activiste menotté semble recevoir du gaz poivre alors qu’il est plaqué au sol, la victime aurait publié un message sur Facebook dans lequel elle affirme avoir reçu une solution de rinçage pour apaiser sa douleur.

La police a interpellé samedi 147 activistes d’Extinction Rebellion qui ont tenté de pénétrer dans les jardins du Palais. Un petit groupe a réussi à fouler l’herbe royale. La majorité des manifestants s’est rassemblée sur la place Royale et peu avant 18h00, la police a mis un terme à l’action, utilisant une autopompe et du spray au poivre. Les manifestants ont tenté de résister de manière pacifique mais ont finalement été embarqués.

Cette intervention policière se serait faite manu militari, avec, selon des témoins, de nombreux dérapages policiers, décrits comme beaucoup trop violents. On pense notamment aux déclarations de manifestants qui affirment qu’un enfant de 2 ans a été touché par du gaz lacrymogène et aux images du jeune activiste menotté qu’on voit aspergé au niveau des yeux alors qu’il est maintenu au sol. 

“Je suis l’homme sur la photo”

Beaucoup d’incertitudes planent sur ces dernières images: la chaîne VTM, via son journaliste Wouter De Boer sur place, affirme que la victime a reçu du spray au poivre directement dans les yeux alors qu'elle était maîtrisée. Un geste d’acharnement d'une énorme violence qui ferait l’objet d’une enquête actuellement. Pourtant, dans une publication privée sur Facebook, la victime elle-même indiquerait qu’en réalité, le policier qui l’asperge au visage lui administre une solution à base d’eau afin d’apaiser l’inconfort dû au spray irritant. “Je suis l’homme sur la photo, rien d’illégal dans cette scène. Ces agents me traitent avec un spray contre celui que j’avais reçu quelques minutes plus tôt sur le visage. Restons lucides et gardons notre esprit critique sans trop suivre nos émotions. D’ailleurs, l’un des policiers était très humain, compréhensif et sympathique”, aurait ainsi résumé Jean-Christophe. 

Deux sprays différents

Plusieurs sources policières ont pourtant indiqué à Het Laatste Nieuws, mais sous couvert d’anonymat, que le produit dont est aspergé l’activiste neutralisé, qui plus est à quelques centimètres de ses yeux, est bien du gaz lacrymogène: “Les agents disposent bien d’un spray apaisant, mais il ne ressemble pas à ça et la vaporisation se fait à une pression bien moindre que celle que l’on voit sur les images”. 

La confusion vient du fait qu’il y a en réalité plusieurs images: sur les premières, l’activiste est interpellé et aspergé de gaz lacrymogène. Peu après, alors qu’il est menotté, au sol, et semble en détresse ou en tout cas souffrir de brûlures, on voit un agent lui revaporiser les yeux avec un spray très puissant dans un flacon noir et jaune, lequel ressemble à celui de spray au poivre que les policiers utilisaient ce jour-là contre d’autres manifestants. Son collègue lui tape le bras pour lui indiquer d’arrêter. Enfin, sur les dernières images disponibles, d’autres agents appliquent un spray moins puissant vers le visage de l’activiste au sol, un genre de version miniature d’un vaporisateur d’eau, lequel correspondrait davantage à une solution aqueuse utilisée pour adoucir les symptômes liés à l’intoxication. 

Le syndicat policier flamand ACV Politie déplore que les agents aient été jugés à la hâte dans cette affaire, sur base d’informations incomplètes. Sur les réseaux sociaux, les internautes appellent à la suspension des agents impliqués. 

“Cette violence pose une grave question”

Ecolo déplore en tous cas les dérapages et l’usage de la force par la police contre des militants pacifistes. Pour le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close par contre, il n’y a pas eu de faute dans la démarche d’évacuer les manifestants. Le dispositif policier déployé pour une manifestation est décidé sur base d’une analyse de risque et non sur le message véhiculé, rappelle-t-il ce lundi, balayant ainsi la critique d’un membre du syndicat libéral flamand de la fonction publique. Ce dernier dénonçait lundi matin sur Radio 1 une prétendue plus grande sévérité de la police envers les rassemblements de droite que de gauche. 

Plein écran
Capture d'écran VTM Nieuws: l'activiste a-t-il été aspergé une nouvelle fois de gaz lacrymogène alors qu'il était neutralisé? © VTM
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