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La prison à perpétuité requise contre Alexandre Hart et Belinda Donnay

L’avocat général Pascale Schils a requis, lundi, devant la cour d’assises de Liège, la réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre d’Alexandre Hart et Belinda Donnay ainsi que 30 ans de prison, soit le maximum légal, en ce qui concerne Killian Wilmet, mineur au moment des faits. Pour Loïck Masson, elle a demandé aux jurés de ne pas descendre sous le seuil des 30 ans de prison, tandis qu’elle a réclamé 29 ans de réclusion contre Dorian Daniels.

Tous ont été reconnus coupables jeudi dernier de l’assassinat de Valentin Vermeesch, 18 ans, torturé puis jeté vivant dans la Meuse à Huy, les mains attachées dans le dos, dans la nuit du 26 au 27 mars 2017. Dans l’arrêt sur la culpabilité, la gravité des actes de torture et des traitements dégradants infligés à la victime a été soulignée.

“Je dois, au nom de la société dont je porte la parole, requérir un peine lourde à l’encontre de chacun des accusés”, a déclaré lors de son réquisitoire l’avocat général. Tous ont comme point commun de “vivre dans l’instant, sans attachement profond, sans empathie. Ils sont égocentriques et tous ont développé un trouble de la personnalité”, a noté Pascale Schils.

Celle-ci a cité aux jurés les circonstances atténuantes pouvant être retenues lors d’un procès d’assises (le contexte et l’alcool, leur jeune âge, l’influence de groupe, l’absence d’antécédents judiciaires, ...) avant de les balayer, arguments à l’appui.

Trente ans requis contre Killian Wilmet

L’avocat général a ainsi requis la réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre d’Alexandre Hart et Belinda Donnay, qui ont poussé à l’eau la victime. Le maximum légal a également été requis contre Killian Wilmet, mineur au moment des faits, soit 30 ans de prison. “Pour Alexandre Hart et Killian Wilmet, les experts ne voient aucune possibilité de changer. (...) Les experts pensent qu’un travail est possible pour Belinda Donnay”, a-t-elle souligné mais elle a tout de même requis la prison à perpétuité à l’encontre de celle-ci, “au vu de son rôle” dans les faits.

Loïck Masson “pourrait être considéré par vous comme étant atteint d’un léger retard mental”, a-t-elle indiqué à l’attention des jurés. “Mais soyez attentifs! Il en joue et en surjoue. Si vous y êtes sensibles, je vous demande de ne pas descendre sous le seuil des 30 ans de réclusion”.

Enfin, “le seul chez qui on pourrait accepter le caractère sincère des remords, c’est Dorian. Pour cet élément de remord seul, je vous demande une peine de 29 ans”, a conclu Pascale Schils. Il serait alors libérable après neuf ans, moins deux ans de préventive, soit sept ans. “Il faudra cette période pour qu’il puisse accéder à un véritable travail sur lui-même.”

“On vous plaidera que l’emprisonnement ne sert à rien, que ça en fera des bêtes sauvages. Mais le rôle premier de la prison est de protéger la société, de neutraliser pour un temps les individus dangereux”, a ajouté l’avocat général. “Pour celui qui est en prison et qui veut donner un sens à son enfermement, des possibilités existent.”

“C’est un gamin, certes dangereux, mais surtout fragile. Mais un gamin quand même.”

Me Molders-Pierre, avocat d’Alexandre Hart (21 ans), a plaidé lundi devant la cour d’assises de Liège une peine qui n’excède pas 29 ans de prison à l’encontre de son client. Celui-ci a relevé des circonstances atténuantes, non par rapport aux faits mais bien à la personnalité, notamment le jeune âge et l’immaturité de son client au moment des faits, l’absence de casier judiciaire, son parcours abîmé et le fait qu’il soit venu au procès “en aveux complets”, ce qui constitue “une prise de conscience rassurante pour la suite”. De plus, M. Hart a pris conscience qu’il avait “besoin d’aide”.

Me Molders-Pierre, s’est dit “scandalisé par le manichéisme des expertises psychiatriques” d’Alexandre Hart. “’C’est un psychopathe’. Pourquoi? ‘Parce qu’on vous le dit’. Le mot est lâché.” Mais “psychopathe n’est pas égal à ‘enfermer à vie’”, estime-t-il. “On se sert de ce mot pour faire peur, c’est un raccourci trop simpliste.”

L’avocat a également tenu à déconstruire des “mythes et légendes” au sujet de la prison, comme le fait que les jours en détention préventive compteraient comme doubles, ou encore que les conditions de vie en prison sont “coolos” et que “c’est presque le Club Med”. “Quand j’entends l’avocat général énumérer les cours de Zumba, plasticine et autres bricolages en prison, je me demande dans quelle réalité on vit! A Lantin, on y va toutes les semaines et je pense que tous les juges, jurés ou magistrats professionnels devraient y faire un stage avant de prononcer une peine”, a-t-il poursuivi. “Le temps y est comme suspendu. Il y a ces odeurs, les rats. Retirez-vous de la tête que l’on s’y amuse follement.”

L’avocat s’est dit, lors d’une interruption d’audience, “surpris” qu’aucune circonstance atténuante n’ait été retenue par l’avocat général, qui a requis la prison à perpétuité. “C’est un gamin, certes dangereux, mais surtout fragile. Mais un gamin quand même.”

“On vous demande de l’enfermer à clé et de jeter la clé le plus loin possible. Madame l’avocat général n’a plus d’espoir et je trouve que c’est triste. Vous avez le choix de céder au désespoir le plus complet, ou non”, a-t-il déclaré aux jurés. “Nous vous demandons de favoriser l’espoir. Et de reconnaître, avec raison, qu’il existe des circonstances atténuantes.” 

“Nous avons la conviction que tout n’est pas perdu” pour Belinda Donnay

Belinda Donnay “a commis l’irréparable, c’est vrai. Peut-on en déduire pour autant que c’est le diable incarné? Qu’il n’y a rien de bon en elle? Nous avons la conviction que tout n’est pas perdu et qu’elle peut encore apporter quelque chose à la société”, a plaidé lundi après-midi son avocat, Me Steve Van Laenen. “Une peine inférieure à 25 ans n’est pas acceptable. Entre 25 et 29 ans, cela laisse un espoir et une possibilité de reconstruction”, a conclu son confrère, Me Jean-Dominique Franchimont. 

“Elle sent encore sur ses épaules chacun des motifs mis en lumière par le verdict de culpabilité. Elle perçoit la gravité des faits”, a d’emblée déclaré Me Van Laenen. Selon lui, la peine infligée à sa cliente doit être proportionnelle aux faits, “avoir du sens, être adaptée à sa personnalité et tenir compte de son état au moment des faits mais également de son état actuel”.

Les avocats de Belinda Donnay ont insisté sur le contexte familial dans lequel a évolué leur cliente, avec des parents très jeunes qui se séparent lorsqu’elle n’a pas encore un an. “A 16 ans, elle avait déjà connu six déménagements”, a rappelé Me Van Laenen. Son père, qui a témoigné lors du procès et était présent dans la salle d’audience lundi, a déclaré: “j’ai fait une erreur”, a ensuite relevé Me Franchimont. “Il dit que Belinda a développé une jalousie par rapport à la fille de sa nouvelle compagne, et que c’est peut-être de sa faute.” Quant à la mère de l’accusée, “je ne vous dirai pas le dégoût que j’en ai. Une mère qui ne sait même pas venir défendre sa fille!”

Il y a donc bel et bien, pour la défense, des circonstances atténuantes dans le chef de Belinda Donnay, parmi lesquels le parcours de vie atypique, son jeune âge et l’absence d’antécédent judiciaire.

“Je vous demande ne ne pas balayer du revers de la main les 18 premières années de sa vie, durant lesquelles elle a fait le bien. Ce serait injuste. Nous savons qu’elle n’est pas perdue”, a plaidé Me Franchimont.

“Mme l’avocat général, je suis en colère contre vous, parce que ça me semble injuste!”

Selon le conseil de Belinda Donnay, l’avocat général Pascale Schils s’est montrée dans son réquisitoire “particulièrement dure”. “Pour quelqu’un qui n’a pas d’antécédent, on vous dit qu’il n’y pas d’espoir pour elle. Mme l’avocat général, je suis en colère contre vous, parce que ça me semble injuste!”

Il a également cité aux jurés des éléments importants à retenir. “Un, elle n’est pas psychopathe. Deux, elle n’a pas de pulsions sadiques. Trois, sa dangerosité”, a-t-il ajouté, citant des experts selon lesquels “le risque de récidive et de dangerosité est faible, et ce malgré les faits reprochés”.

“Cette fille est récupérable. Elle n’a pas attendu de vous voir pour se ressaisir. Elle suit des cours de couture. Elle a repris des cours de comptabilité et d’économie et elle a réussi sa formation de mathématiques.” Pour Me Franchimont, “on doit avoir confiance et espérance. Quelle que soit la gravité des faits, on essaie de trouver la juste peine pour que quelqu’un puisse se reconstruire. Sans ça, il n’y a pas de justice. Il ne faut pas ignorer ce qu’elle a commis. Mais il faut pouvoir donner à cette petite la chance d’exister par elle-même et surtout en mieux.”

“Une peine inférieure à 25 ans n’est pas acceptable. Entre 25 et 29 ans, cela laisse un espoir et une possibilité de reconstruction”, ont conclu les avocats.

“Une petite nuance apportée pour Dorian Daniels”

L’avocat général a prononcé lundi matin devant la cour d’assises de Liège un “réquisitoire extrêmement dur, mais il y a une petite nuance apportée pour Dorian Daniels, eu égard à ses remords et à l’attitude qu’il a adoptée durant les débats”, a estimé son avocate, Me Séverine Solfrini.

“L’objectif d’une telle peine est de solliciter une libération plus rapidement et dès lors d’envisager un avenir plus proche, même s’il y a encore du travail à effectuer”, a poursuivi Me Solfrini.

Dans son réquisitoire, Pascale Schils a souligné que Dorian Daniels avait “joui de son pouvoir, de sa force. Il n’est contraint par personne. Il choisit de rester, il choisit de se sauver lui. Il est égoïste et lâche jusqu’au bout”. L’accusé était aussi “suffisamment adulte pour savoir parfaitement ce qu’il faisait” et, s’il s’est rendu à la police, ce n’est pas à cause de sa difficulté à vivre avec sa conscience “mais surtout la peur qu’Alexandre mette tout sur lui”.

Les accusés devraient être fixés sur leur sort mardi soir

Selon les experts, a-t-elle rappelé, son avenir est “incertain à cause de la faiblesse de ses repères moraux”. Sa situation est toutefois “potentiellement réversible” mais il subsiste un facteur de risque de nouvelles infractions. “Il lui faut une peine qui lui permettra de prendre la mesure de ce qui se passe.” La prison constituera “une limite concrète à ses actes”.

Les cinq accusés ont été reconnus coupables de l’assassinat de Valentin Vermeesch, 18 ans, torturé puis jeté vivant dans la Meuse à Huy, les mains attachées dans le dos, dans la nuit du 26 au 27 mars 2017. Ils ont aussi été déclarés coupables d’autres préventions, notamment de coups, de tortures et de traitements inhumains. Seul Loïck Masson échappe à la culpabilité de viol.

Les plaidoiries sur la peine ont ensuite débuté peu avant 11h00. Les accusés devraient être fixés sur leur sort mardi soir.