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La sécurité sociale a perdu un demi-milliard d’euros en remboursant un médicament plus cher

Mise à jourLa sécurité sociale a perdu au cours des dernières années un demi-milliard d'euros parce qu'un médicament bon marché contre la cécité des personnes âgées n'a pas été remboursé, mais bien une variante plus onéreuse, rapportent Het Laatste Nieuws et De Morgen lundi. Maggie De Block, la ministre fédérale de la Santé publique et des Affaires sociales, conteste cette information.

Deux médicaments de deux firmes différentes existent contre la dégénérescence maculaire liée à l'âge: d'une part le coûteux Lucentis, du fabricant pharmaceutique Novartis et une variante moins onéreuse, Avastin par la société Roche d'autre part.

La différence d'efficacité n'est pas démontrée par les études scientifiques. Pourtant, Roche insiste sur le fait qu'Avastin n'est pas sans danger. Si bien qu'Avastin n'est commercialisé que comme médicament contre le cancer et non comme remède contre la cécité des personnes âgées. Roche recommande même d'acheter le produit concurrent.

Les deux sociétés ont été condamnées en Italie en 2014 à une amende de 182 millions d'euros pour ce procédé. Roche est en effet propriétaire de la société qui a développé Lucentis, et Novartis est le troisième actionnaire de Roche. Après ce jugement, l'association de consommateurs Test-Achats a aussi entamé une procédure contre les deux entreprises, qui est toujours en cours depuis cinq ans auprès de l'autorité de la concurrence.

En France, en Italie et aux Pays-Bas, le gouvernement a fait en sorte qu'Avastin puisse aussi être remboursé. En Belgique, cela était prévu mais la mesure n'est jamais entrée en vigueur. Selon Het Laatste Nieuws, Novartis aurait même conclu un accord secret avec la ministre de la Santé publique Maggie De Block (Open Vld): en échange d'une baisse de prix de Lucentis, le gouvernement ferait barrage au remboursement d'Avastin. Pourtant, Lucentis demeure plus cher: 600 euros contre 40 euros. 

Par conséquent, la sécurité sociale perd de l'argent à chaque fois que Lucentis est utilisé à la place d'Avastin. Le journal a chiffré ces pertes à 500 millions.

La réponse de Maggie De Block

“La sécurité sociale ne dépense pas 500 millions d’euros de trop. Grâce à une procédure contractuelle, nous avons pu réduire le prix afin que le traitement avec (le médicament du groupe pharmaceutique suisse Novartis, ndlr) Lucentis ait un coût identique à celui de l’Avastin (produit par le laboratoire, lui aussi suisse, Roche). Il ne s’agit donc pas du tout de dépenses supplémentaires pour le gouvernement, et encore moins d’un demi-milliard”, a assuré Maggie De Block dans un communiqué.

“Les patients ont en outre désormais la certitude absolue que leur traitement est sans danger”, a ajouté Mme De Block.

Selon elle, l’utilisation off-label de l’autre médicament - c’est-à-dire l’utilisation pour un état pathologique différent de celui pour lequel le médicament a été développé - n’avait pas cette certitude. En 2015, les experts de l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (Afmps) ont analysé en profondeur toutes les données scientifiques relatives aux deux médicaments et sont arrivés à cette conclusion.

“Ce que j’ai donc fait, c’est rembourser un médicament sûr pour les personnes qui risquent de devenir aveugles. C’est ma responsabilité en tant que ministre de la Santé publique”, a souligné Mme De Block