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La Ville de Charleroi sévit contre le protoxyde d’azote

Plusieurs villes ou communes ont interdit le protoxyde d’azote sur leur territoire. C’est le cas notamment de Comines ou de Mouscron. Le débat s’est également invité sur la table du Conseil Communal de la Ville de Charleroi.

Le Conseil Communal de la Ville de Charleroi a voté à la quasi-unanimité l’adoption d’une ordonnance de police qui interdit la vente, la détention, l’inhalation et la consommation de protoxyde d’azote sur la voie publique et dans les lieux ouverts au public. Seul le Parti du Travail de Belgique (PTB) s’est abstenu. Il estime que l’amende prévue pour les usagers mineurs “constitue une double peine” puisqu’il s’agit “typiquement d’une drogue de pauvres”.

Sanctions

L’amende administrative en question est de 350 euros pour tout détenteur ou consommateur de ce produit stupéfiant. Elle est identique pour les commerces ou les établissements qui vendraient des cartouches de protoxyde d’azote à des mineurs sur le territoire de Charleroi. En cas de récidive, une fermeture administrative de quinze jours est même envisageable.

“Les services de police pourront procéder à la saisie et à la destruction des capsules de protoxyde d’azote qui seraient trouvées sur la voie publique ou dans les lieux ouverts au public” ajoute le bourgmestre carolo, Paul Magnette (PS).

Cadre légal

Pour lui, le cadre légal existe déjà pour prendre une telle initiative: “La détention et l’usage de ce produit ne sont pas poursuivis judiciairement. Et pour cause, cela sert aussi dans des procédés culinaires. Il n’y a donc pas de raison d’en interdire dans l’absolu la détention et l’usage. Mais étant donné qu’ils sont détournés de leur usage, nous devons agir. Et comme nos services de police disposent d’un cadre légal à l’article 30 de la loi sur la fonction de police, nous pouvons y recourir.” 

L’article 30 de la loi sur la fonction de police prévoit en son article premier paragraphe 1 que “les membres du cadre opérationnel peuvent dans les lieux qui leur sont légalement accessibles soustraire à la libre disposition du propriétaire, du possesseur ou du détenteur les objets ou les animaux qui présentent un danger pour la vie ou l’intégrité physique des personnes ou la sécurité des biens aussi longtemps que la nécessité de la sécurité publique ou de la tranquillité publique l’exige.”

Risques 

Or, il estime que l’inhalation de protoxyde d’azote comporte des risques: “Comme ces capsules sont en vente libre et qu’on en retrouve dans un certain nombre de night shops à un prix très bas (NDLA. il évoque un prix d’environ 30 euros pour 50 capsules), on peut craindre que cela crée des troubles de l’ordre public si les jeunes se sentaient dans un état euphorique ou dans des rivalités qui puissent conduire à des rixes entre jeunes ou entre bandes rivales. Un trafic relatif à la vente de capsules pourrait également entraîner des tensions entre les jeunes qui pourraient également compromettre des événements organisés sur notre territoire. Et enfin, des accidents graves de la circulation pourraient avoir lieu après usage ou consommation de cette substance.”

Paul Magnette se dit d’ailleurs inquiet: “Ce phénomène devient très préoccupant en matière de pollution. On retrouve de plus en plus de capsules vides dans les rues. On en a trouvé notamment à Jumet, à Gilly, à Charleroi... Bref, en de nombreux endroits sur notre territoire. Mais il est également inquiétant en termes de santé publique puisque ce gaz agit comme une drogue qui provoque notamment des troubles digestifs et neurologiques. Plusieurs effets secondaires sont connus. Notamment, l’euphorie, la sensation de rêves. Jusque-là, ça va. Mais aussi la paresthésie, l’agitation, les nausées, les vomissements... Les effets sont limités dans le temps. Ils ne durent qu’une à deux minutes. Et la plupart des jeunes réitèrent l’expérience à de multiples reprises ou se lancent des défis entraînant une concentration d’azote trop importante dans le sang. Ce qui peut créer une asphyxie voire même dans certains cas, le décès de la personne par arrêt respiratoire.”

Statistiques

Les statistiques récoltées sur la région de Charleroi tendent pourtant à confirmer qu’il ne s’agit pas d’un problème majeur. Une étude a été réalisée par la Cellule d’Aide aux Assuétudes en Milieu Scolaire auprès de plusieurs écoles secondaires du deuxième et troisième degré en 2018. Au total, seuls 9,6% des 975 jeunes interrogés dans le Pays Noir ont avoué avoir déjà eu recours au protoxyde d’azote. Soit un jeune sur dix. Il s’agissait principalement d’une consommation expérimentale. 6,7% n’ont tenté l’expérience qu’à une seule reprise. Pour 2,7%, l’usage de ce stupéfiant ne s’opère qu’une à deux fois par mois. Seuls deux répondants ont déclaré en consommer chaque semaine (0,2%).

Au mois de décembre dernier, nous avions même interrogé le chargé de projet chez Eurotox (NDLR. l’observatoire socio-épidémiologique Alcool-Drogues en Wallonie et à Bruxelles), Michaël Hogge, à ce sujet. “Il n’y a que quelques très faibles cas d’assuétude. Or, les risques majeurs pour la santé ne concernent que les personnes sujettes à une accoutumance. Après, une consommation épisodique peut provoquer une perte de connaissances, des brûlures, des nausées, des maux de ventre... Mais c’est justement parce qu’elle n’est pas toujours agréable que les gens n’accrochent pas forcément” nous avait-il raconté.

La Ville de Charleroi n’est pas la seule de la région à bannir le protoxyde d’azote pour ses mineurs d’âge. En réalité, elle n’a fait que suivre l’exemple de la Ville de Châtelet qui l’a précédée.