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Le CA de Nethys s’explique sur la vente de Voo, Stéphane Moreau va partir

Mise à jourLes décisions du conseil d’administration (CA) de Nethys sur les différents actifs de son portefeuille “ont, par la nature et les engagements pris par les acquéreurs ou partenaires identifiés, été adoptées dans le respect des exigences définies dans le mandat conféré par Enodia” (ex-Publifin), assure le CA dans un communiqué diffusé mardi.

Au coeur de l’actualité à la suite d’une série de révélations médiatiques portant sur la vente de différents actifs concurrentiels de Nethys, dont celle de Voo au fonds d’investissements américain Providence, l’entreprise - accusée de vendre des filiales constituées avec de l’argent public à des investisseurs privés à l’insu de ses actionnaires - a donc fini par livrer sa propre version de l’affaire.

“Les décisions du conseil d’administration tendent à apporter les meilleures garanties qui soient en termes financiers, de préservation des volumes d’emplois en région liégeoise et de conservation ou développement de pôles d’activités industrielles et de filières de sous-traitance”, assure-t-elle ainsi en rappelant la note stratégique approuvée par Enodia en décembre 2018.

Celle-ci charge notamment le CA de Nethys “de procéder à la réorganisation attendue par les représentants des associés publics de son portefeuille de participations, consistant en la séparation des activités d’intérêt général de celles évoluant en milieu concurrentiel.”

“Au cours de ces derniers mois, le conseil d’administration de Nethys a oeuvré sans relâche, avec l’accompagnement du bureau Mc Kinsey, à la mise en œuvre de ce plan d’actions en définissant un cadre d’opérations importantes participant en outre à la réalisation des recommandations de la Commission d’enquête parlementaire Publifin”, poursuit Nethys.

“Providence Equity présente les meilleures garanties”

Parmi ces opérations, la société revient sur l’accord conclu avec un fonds d’investissement américain concernant la vente du télédistributeur Voo. “Providence Equity compte dans son portefeuille différents acteurs du secteur des télécommunications. Outre des conditions financières favorables, il présente les meilleures garanties et perspectives de développement de VOO sur son marché national pour les prochaines années, tout en assurant le maintien de l’activité économique et de l’emploi en région liégeoise voire le développement de nouvelles filières industrielles”, justifie-t-elle.

Quant à WIN, elle se recentrera sur les activités de connectivité, d’IT et de gestion de données. “Après avoir examiné différentes solutions possibles, le CA de Nethys a choisi, dans le respect strict des dispositions du Code des Sociétés, une opération d’acquisition par Ardentia Tech, constituée par l’investisseur liégeois François Fornieri”, ajoute Nethys.

Dans le secteur des Assurances, son CA a par ailleurs décidé “d’une opération dirigée vers le déploiement d’une gamme de produits complémentaires en renforçant ce pôle par le rapprochement avec le partenaire Apicil, mutualité française d’envergure, déjà actionnaire d’Integrale, en vue de créer une société européenne visant à atteindre une taille critique suffisante au chiffre d’affaires consolidé de l’ordre de 1 milliard d’euros conservant l’essentiel de ses activités en région liégeoise.”

Des pistes pour la cession des Editions de l’Avenir  “à l’examen”

Parallèlement, une solution “a été recherchée et identifiée en vue de dérisquer et de désendetter, à hauteur de quelque 700 millions d’euros”, le portefeuille d’activités lié aux énergies renouvelables. “Le groupe John Cockerill (ex-CMI), en association avec d’autres acteurs économiques liégeois et une entité de type spin-off de l’ULg pilotée par le Pr Damien Ernst, réunis au sein de Ardentia, a manifesté un intérêt envers ces activités en vue de les inscrire dans des filières nouvelles du renouvelable permettant de développer à Liège un pôle technologique énergétique”, précise à ce sujet l’entreprise.

Selon le CA de Nethys, des pistes pour la cession des Editions de l’Avenir - on parle de 4 candidats - sont en outre “à l’examen et doivent, dans l’intérêt du groupe et du maintien du pluralisme de la presse francophone, déboucher prochainement sur des issues économiquement acceptables au regard du mandat donné et des investissements consentis jusqu’ici par l’actionnaire”.

En outre, “dans le cadre du redéploiement de son projet d’entreprise, le CA a mené des études prospectives sur le pôle d’activités aéroportuaires liégeois”, avec pour objectif d’établir un plan stratégique et d’affaires “économiquement à même de soutenir le développement de la filière cargo dans un nouvel écosystème accueillant des acteurs de la logistique et de l’e-commerce ainsi que des activités de services connexes, tout en intégrant dans la réflexion les enjeux environnementaux de décarbonation et de mobilité”, explique Nethys en estimant que ce plan “nécessitera plusieurs centaines de millions d’euros d’investissements” et permettra, à terme, la création de milliers d’emplois.

Stéphane Moreau quittera Nethys une fois le processus de privatisation terminé

Reste enfin la question du top management de Nethys, Stéphane Moreau en tête. “Une fois le processus de privatisation des activités concurrentielles abouti, le CA mettra fin aux mandats et prérogatives de gestion dévolues aux membres du Comité de Direction. Cette décision et la philosophie des opérations menées répondent fidèlement aux demandes exprimées par les différentes forces politiques de voir les membres du top management actuel quitter Nethys et poursuivre leurs carrières respectives dans la sphère des activités privatisées”, conclut le conseil d’administration.

L’administrateur délégué Stéphane Moreau quittera la holding une fois la privatisation de Nethys terminée, avait déjà assuré son président Pierre Meyers aux journalistes du Soir ce mardi matin. M. Moreau travaillera pour le compte de François Fornieri, président d’Ardentia, qui veut racheter les filiales Win et Elicio.

“Nous avons bien compris qu’il y avait une pression politique injuste pour mettre fin au top management. J’ai dit aux autorités de haut niveau que c’était suicidaire de s’en séparer en pleine opération de cessions d’activités”, déplore M. Meyers au fil d’un entretien avec des journalistes du Soir, en présence d’autres membres du conseil d’administration (François Fornieri, Olivier Servais et Jacques Tison) et de Stéphane Moreau.

“Pas de parachute, pas d’indemnité”

“Quand les opérations de privatisation seront accomplies, Stéphane Moreau, Bénédicte Bayer, Pol Heyse et Jos Donvil ne seront plus là. On met fin à leurs contrats, sans indemnité, sans parachute et sans incentive financier liés aux opérations. On les licencie”, a déclaré M. Meyers. “Demain, quelqu’un d’autre gérera Nethys”, assure le président qui déplore que les autorités n’aient pas songé à un manager ad interim à nommer “illico”.

Stéphane Moreau devrait aller chez Ardentia, présidé par l’homme d’affaires liégeois François Fornieri: “Lorsque j’ai fait offre pour Win et Elicio, j’ai précisé que ce serait à une seule condition: je prends le management avec moi. (...) Mais il peut être aussi administrateur d’autres sociétés que les miennes”, a souligné M. Fornieri en cours d’entretien.

A l’en croire, tout aurait donc été fait selon les règles dans le meilleur intérêt des parties, la confidentialité des transactions étant toujours de mise dans ce genre de deal.

Les actionnaires d’Enodia, la maison-mère de Nethys, tenus à l’écart de ces opérations, l’entendront-ils de cette oreille? Et comment le nouveau gouvernement wallon va-t-il gérer ce dossier qui a déjà empoisonné la législature précédente? Lundi, le cdH a plaidé pour la mise en place d’une nouvelle commission d’enquête parlementaire. Le PTB, lui, demande la convocation de conseils communaux extraordinaires dans les communes actionnaires d’Enodia.

Face au tumulte, le ministre des Pouvoirs locaux, le socialiste Pierre-Yves Dermagne, se borne à rappeler que les procédures doivent être respectées et estime prématuré d’envoyer un commissaire spécial au sein de l’intercommunale liégeoise. A peine installée, la commission des Pouvoirs locaux du parlement se penchera sur la question dès ce jeudi.

Pierre-Yves Jeholet reproche à Nethys son “opacité”

Le nouveau ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet (MR), a lui reproché mardi à Nethys “l’opacité” avec laquelle elle agit parfois, tout en se disant ravi que ses principaux dirigeants aient désormais “clarifié les choses”.

Invité sur Bel-RTL, le libéral s’exprimait sur les nouveaux rebondissements dans le dossier Enodia (ex-Publifin) et plus singulièrement sur l’accord conclu entre Nethys (une filiale d’Enodia) et le fonds d’investissement américain Providence à propos de la cession du télédistributeur Voo.

M. Jeholet a précisé d’emblée qu’il ne s’opposait pas sur le fond à cette vente qui s’inscrit dans la logique de valorisation des actifs. “On sait qu’il fallait valoriser les actifs et qu’il fallait les vendre en partie ou en tout au privé”, a-t-il commenté.

“Ce qui me fait un peu peur par rapport à un fonds de pension, c’est justement le projet industriel qui se trouve derrière”, a-t-il poursuivi.

Si on garantit l’emploi et que ça reste à Liège, “ça peut être une bonne nouvelle”, a précisé M. Jeholet, qui reproche toutefois une certaine “opacité” à Nethys.

“J’espère qu’on fera en sorte que la législation sur les conflits d’intérêts sera bien respectée”, a-t-il ajouté, avant de saluer l’annonce du départ prochain de l’administrateur délégué de Nethys, Stéphane Moreau.