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Le coup de gueule de l'enseignement libre

L'enseignement libre, qui scolarise un enfant sur deux en Belgique francophone, a lancé mercredi une campagne dans l'optique d'interpeller les élus sortants, à un mois des élections, afin que soit respecté le principe d'égalité entre tous les élèves. Pour ce faire, le réseau libre réclame un refinancement de son enseignement au même titre que celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

A travers un petit clip vidéo, qui retrace les différences entre le parcours scolaire de David et Nathalie - deux élèves de 6e primaire dont l'un fréquente une école du réseau officiel de la Fédération Wallonie-Bruxelles tandis que l'autre est inscrit dans une école libre -, la campagne met en lumière les subventions inégalitaires entre ces deux systèmes scolaires.

Ainsi, l'enseignement organisé dispose de 1.620 euros pour couvrir tous les frais de fonctionnement alors que l'école libre fréquentée par Nathalie ne perçoit que 814 euros, soit 50% de moyens en moins, selon des chiffres de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Or, ces écoles doivent pourtant assurer les mêmes missions éducatives. Ces subventions couvrent tous les frais qui permettent à l'école de fonctionner, à l'exception du salaire des enseignants. Des coûts tels que l'entretien ou la rénovation des bâtiments, ainsi que les services de garderie bénéficient par ailleurs d'une dotation complémentaire pour les écoles de la FWB.

Injustice
"On ne compte plus les questions et réclamations de parents agacés, qui nous arrivent par centaines, concernant les coûts à charge des familles, comme par exemple pour les séjours pédagogiques et les services de garderie... Or, les règles d'imposition sont les mêmes pour tous les parents, quelle que soit l'école fréquentée par leurs enfants. Ils estiment injuste et inégalitaire cette différence de traitement, alors que l'on vit dans une société avec pour valeurs principales l'équité et la justice", rapporte Bernard Hubien, secrétaire général de l'Union francophone des Associations de Parents de l'Enseignement catholique (Ufapec).

Le Secrétariat général de l'Enseignement catholique (SeGEC) et l'Ufapec, à l'initiative de la campagne, réclament dès lors que l'enseignement libre soit refinancé. "Pour les 20 prochaines années, nous demandons l'application, prévue par la loi, d'égalité de traitement entre les élèves et les établissements (1 élève=1 élève) par l'octroi à l'enseignement libre d'un financement additionnel et proportionnel de 66 millions d'euros", requiert Etienne Michel, directeur général du SeGEC.

Pour la Ligue de l'Enseignement et de l'Education permanente, les revendications du SeGEC sont tout simplement "irréalistes". "En réclamant des améliorations financières inaccessibles à la Communauté française pour les prochaines décennies, le SeGEC démontre une nouvelle fois sa déconnexion de la réalité. Suivre les demandes du SeGEC serait suicidaire pour les finances publiques", a réagi l'ASBL par voie de communiqué. Plutôt que de relancer la compétition entre réseaux d'enseignement "dommageable pour l'intérêt général", la Ligue plaide pour une "déconfessionnalisation générale de l'enseignement" en FWB.

Augmentation progressive
Le coup d'envoi de la campagne "Un élève = un élève" a été organisé à l'Institut Saint-Boniface à Ixelles, un lieu hautement symbolique puisqu'il fait référence aux accords du même noms signés en 2001, 50 ans après la loi du Pacte scolaire. Ceux-ci prévoyaient une augmentation progressive des moyens accordés aux écoles du réseau subventionné, pour que ces derniers atteignent 75% des dotations accordées aux établissements de l'enseignement organisé par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Or, à ce jour, ils atteignent péniblement les 50%.

En février dernier, le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles avait adopté un décret assurant aux écoles du réseau de la FWB un financement de 20 millions d'euros chaque année, au-delà de ce qui avait été prévu aux termes des accords de la Saint-Boniface, soit 400 millions au total au cours des 20 prochaines années.

La campagne invite le grand public à signer la pétition qui se trouve sur son site www.uneleve.be et à interpeller par mail les élus francophones.