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Les acteurs de la justice à l'arrêt pour interpeller les partis politiques

UpdateQuelque 200 magistrats, avocats, greffiers, interprètes et quelques justiciables se sont rassemblés mercredi dès 11h30 dans la salle des pas perdus du palais de justice Joseph Poelaert à Bruxelles. Plusieurs d'entre eux ont prononcé des discours pour évoquer les difficultés qu'ils rencontrent dans leur travail au quotidien, faute de moyens suffisants.

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Les travailleurs de la justice font le même constat depuis quatre ans: les services judiciaires sont sous-financés, selon eux. Les bâtiments se délabrent et ne sont plus entretenus, le système informatique est obsolète, les acteurs judiciaires manquent de personnel et les citoyens ont de plus en plus de difficultés, financièrement, à s'offrir leurs services.

Les conséquences sont inquiétantes pour les justiciables d'après les manifestants, des instances ayant déjà décidé de ne plus poursuivre certains délits et de classer sans suite de nombreux dossiers.

Plusieurs associations de magistrats, d'avocats et de justiciables ont lancé ce mercredi la campagne "66 jours pour sauver la justice", soit le nombre de jours jusqu'aux élections fédérales du 26 mai prochain. Elles entendent attirer l'attention des partis politiques pour qu'ils placent le refinancement de la justice au centre de leurs programmes électoraux.

Manifestation à Mons

Les magistrats montois ont suspendu les audiences à 11h30 mercredi. Les manifestants ont rejoint le palais de justice de la rue de Nimy, en piteux état. L'eau de pluie s'infiltre dans les plafonds et tombe dans la salle des pas perdus.

Un cortège est parti de l'ancien palais de justice situé rue de Nimy pour rejoindre les cours de justice de la rue des Droits de l'homme. Magistrats, avocats, greffiers dénoncent par cette action le sous-financement chronique de la justice, comme le manque d'effectifs.

"Après l'Annemie, Koen, c'est l'agonie", "prévenus profitez-en, le droit fout le camp" scandaient les manifestants pour dénoncer leurs conditions de travail, que ce soit le manque de personnel ou l'état des bâtiments.

"La justice est enfin à l'agenda politique", se félicite une juge du tribunal du travail, au milieu d'une centaine de manifestants. "Le ministre a promis 500 millions la semaine dernière, 740 millions hier... On peut espérer le milliard la semaine prochaine", ironise-t-elle ensuite.

"66 jours pour sauver la Justice"
Le procureur du Roi de Mons-Tournai, Christian Henry, a notamment réclamé des outils informatiques modernes. "On nous a imposé un programme en 2016 (pour lequel) la base de données de qualifications pénales n'existe pas. En choisissant ce programme, c'est comme si le SPF Justice avait acheté une voiture avec le moteur en option", souligne-t-il.

Réunis au sein de la plateforme "66 jours pour sauver la Justice", ils réclament notamment la réduction de la TVA sur les honoraires des avocats, une justice "accessible à tous", le respect des cadres (magistrats, greffiers et personnel des greffes et parquets), la fin de la tutelle du pouvoir exécutif sur la Justice pour garantir son indépendance et des bâtiments et des outils fonctionnels.

Depuis 11h30, toutes les audiences ont été suspendues à Mons, y compris celle d'un procès d'assises présidé par un magistrat sorti de sa retraite. 

Action à Bruges

Une centaine de magistrats et membres du personnel judiciaire se sont rassemblés devant le palais de justice de Bruges mercredi après-midi dans le cadre de la campagne nationale "66 jours pour sauver la justice". En interrompant brièvement leur travail mercredi, ils ont voulu envoyer un premier signal au prochain gouvernement.

La centaine de personnes, dont une dizaine de juges, s'est réunie à 11h30 devant le tribunal. Elles réclament principalement une augmentation des moyens humains et financiers pour le pouvoir judiciaire. "Il faut davantage de magistrats, de greffiers, de collaborateurs et de meilleures infrastructures", détaille Wim De Backer, président de la section brugeoise du tribunal de Flandre occidentale.

À Bruges, des infiltrations d'eau affectent le palais de justice et certaines fenêtres ne ferment plus.