Villefranche sur Mer, dans la région de Nice, en France
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Villefranche sur Mer, dans la région de Nice, en France © Getty Images/iStockphoto

Les Belges pourront-ils partir en vacances à l’étranger cet été? Le flou persiste

Les vacanciers belges pourront-ils passer leurs vacances d’été à l’étranger? Ou devront-ils privilégier un séjour à la Côte ou dans les Ardennes? À l’heure d’écrire ces lignes, la réponse à cette question demeure incertaine. L’Europe tente de sauver la saison touristique et l’Italie a déjà annoncé la réouverture de ses frontières aux touristes de l’UE à partir du 3 juin prochain. Les autres pays européens sont invités à suivre. En attendant, le secteur du tourisme paie un lourd tribut à la crise du coronavirus et reste lui-même dans l’incertitude. Benoit Dieu, président de l’Upav (Agences francophones belges) appelle les autorités belges à prendre position pour redonner des perspectives au secteur, complètement exsangue.

De nombreux concitoyens se demandent s’ils pourront partir à l’étranger en juillet ou en août. Pour l’instant, difficile de répondre avec certitude à cette question. Cela dépendra entre autres de l’évolution épidémiologique des prochaines semaines. Toutefois, une tendance se dégage: la reprise du tourisme se fera principalement de manière locale ou nationale. Les déplacements en avion semblent compromis.

“On a quand même bon espoir qu’au moins les pays limitrophes, comme la France, puissent s’ouvrir aux touristes”, explique Benoit Dieu, président de l’Upav (Union Professionnelle des Agences de Voyages) et directeur de BT Tours, qui chapeaute notamment 12 agences de voyages, les BT Holidays. “La France, première destination des Belges, ne peut pas se passer du tourisme, à l’instar de l’Espagne et l’Italie, mais il sera plus facile d’aller en voiture vers des destinations plutôt qu’en avion”, poursuit-il, tout en précisant n’avoir aucune certitude sur ce qu’il adviendra.

Si le Belge tient à ses vacances  au bord de la plage ou au soleil, quitte à voyager moins loin, la crise sanitaire actuelle risque quand même de le refroidir. “Il y aura une diminution sans précédent des flux touristiques, à la fois internationaux et domestiques. La part de la population belge qui va effectuer des déplacements va diminuer. Il y a moins de Belges qui partiront en vacances cet été. Notamment pour la dimension psychologique et sociale”, analyse  Jean-Michel Decroly, prof de géographie humaine et géohistoire du tourisme à l’ULB.

“Tourisme domestique”

La France va-t-elle ouvrir ses portes aux touristes venus de l’étranger? Et quid des résidents secondaires? Les déclarations de Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d'État français en charge du Tourisme, ont quelque peu jeté le trouble. “17 millions de touristes internationaux risquent de manquer à l’appel cet été en France”, a-t-il indiqué sur Europe 1, évoquant une reprise d’un “tourisme domestique”.

Bref, difficile d’imaginer dans l’état actuel des choses des voyages lointains. D’une part en raison de la réticence de la plupart des États à accueillir des ressortissants étrangers, d’autre part parce que les voyages non-essentiels seront ne peut-être pas encouragés par les autorités. Pour rappel, depuis le mercredi 18 mars, la Belgique interdit les voyages non-essentiels à l’étranger. Cependant, il n’est pas exclu que certaines destinations européennes, moins touchées par l’épidémie, s’ouvrent aux Européens, comme Majorque ou les îles Canaries, voire la Corse ou encore Malte.

“Si la Commission Européenne appelle à la réouverture des frontières, c’est pour privilégier l’économie européenne, pour que les Européens dépensent leur argent en Europe”, souligne Benoit Dieu, qui évoque d’ores et déjà une année “sinistrée” pour le secteur.

Qu’en est-il des autres destinations très prisées du pourtour méditerranéen, comme la Grèce ou la Turquie, dont le tourisme est l’un des piliers économiques. Corendon, voyagiste turco-néerlandais, avait promis des “vacances sans coronavirus” mais a déjà fait marche arrière et admis que sa proposition de testing de ses clients ne constituait pas une solution à la crise. “Je pense qu’on est dans l’effet d’annonce et qu’on ne pourra pas partir en Turquie. De plus, si l’Europe s’accorde pour qu’on reste à l’intérieur des frontières Schengen, je vois mal comment on pourrait aller en Turquie”, prolonge Benoit Dieu.

La Grèce se prépare

Quant à la Grèce, elle tente de sauver sa saison touristique et se prépare à l’arrivée de touristes européens en prenant un maximum de précautions sanitaires. Les autorités espèrent pouvoir être l’un des tout premiers pays européens à accueillir des touristes d’ici quelques semaines. 

En ce qui concerne les pays d’Afrique du Nord, comme la Tunisie, le Maroc ou l'Égypte, prisés pour leur soleil de plomb et leurs grands complexes hôteliers, cela semble également exclu, en raison de la situation sanitaire. “On ne voit vraiment pas l’ouverture pour ces pays-là avant septembre ou octobre. Les compagnies et opérateurs ne semblent pas trop vouloir s’ouvrir à ces destinations-là cet été. Il faudra attendre la fin de la saison afin que la propagation soit freinée”, note-t-il.

Benoit Dieu, président de l'Upav
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Benoit Dieu, président de l'Upav © RTL

La crise du Covid-19 va-t-elle modifier le comportement du touriste belge à long terme? “L’altérité sera peut-être remise en question. L’exotisme, on peut peut-être le trouver plus près de chez soi. La dépendance forte à l’aérien durant ces dernières décennies pourrait être réduite. Il pourrait y avoir une relocalisation des flux touristiques. Il peut y avoir une casse sociale très dure du fait que les changements seront brutaux”, conclut Jean-Michel Decroly, docteur en sciences géographiques.

Benoit Dieu: “Il faut maintenir l’arrêté ministériel du 19 mars”

Le tourisme, première industrie mondiale, est confrontée à une crise sans précédent qui risque d’avoir des répercussions sur l’ensemble des acteurs du secteur. Benoit Dieu, président de l’UPAV, appelle le gouvernement belge, malgré la sortie de la Commision européenne, à maintenir l’arrêté ministériel du 19 mars dernier, permettant aux voyagistes de délivrer un bon à valoir en cas d’annulation. “Cette décision permet de préserver les entreprises du tourisme (agences, transporteurs, organisateurs). Sinon, cela mettra le secteur à plat. Toutes les entreprises vont souffrir avec des faillites à la clé. J’espère que notre gouvernement va garder cet arrêté ministériel. Il s’agit d’une mesure de préservation des entreprises. Il faut se dire qu’on perd les meilleurs mois de l’année au niveau des marges et des volumes”, réagit-il, appelant également les autorités belges à vite communiquer pour redonner des perspectives à un secteur qui emploie 6.000 personnes en Belgique.

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