Plein écran
Centre Scolaire Saint-Joseph Notre-Dame à Jumet © Photonews

Menaces, intimidations... L’école Saint-Joseph Notre-Dame répond à tout

InterviewLe suicide de Maëlle (15 ans) a suscité beaucoup de remous dans la région de Charleroi. L’élève du Centre Scolaire Saint-Joseph Notre-Dame à Jumet s’est donné la mort après avoir été victime d’un harcèlement scolaire. Depuis lors, l’école doit faire face à une tempête médiatique et aux critiques. Aujourd’hui, elle se défend.

Dans un précédent article, nous vous avions annoncé en exclusivité que la direction du Centre Scolaire Saint-Joseph Notre-Dame à Jumet (Charleroi) avait fait le tour des classes pour demander aux élèves de cesser de colporter des rumeurs. Le sous-directeur, Dominique Conrardy, ne nie pas. Mais il précise: “Cela a été fait à la demande de la police. Car une enquête est toujours en cours.”

Psychologie

Autre point que nous avions soulevé: plusieurs élèves n’étaient pas au courant qu’une aide psychologique avait été mise à leur disposition suite au décès de Maëlle. Au nom de l’école qu’il représente, Dominique Conrardy se justifie: “C’est logique que certains enfants ne le savaient pas. Ceux-ci n’étaient pas à l’école mardi. Ils étaient en train de manifester. Car nous avons bel et bien communiqué qu’une équipe mobile, cinq membres du centre PMS (Centre Psycho-médico-Social) et deux assistantes sociales étaient prêtes à recevoir celles et ceux qui en ressentaient le besoin. Tout ça s’est décidé la veille lors de la journée pédagogique. Après, il est possible que certains professeurs n’aient pas pu être là ce jour-là et qu’ils n’aient eux-mêmes pas eu connaissance de cette initiative.”

Notre interlocuteur confirme aussi que les psychologues supplémentaires occupaient un local en dehors du bâtiment principal où les cours sont donnés: “Un espace leur était réservé au centre administratif. Il ne se trouvait pas loin de l’endroit de recueillement qui a été dédié à Maëlle.”

Lieu de recueillement

Cet endroit de recueillement est une classe dans laquelle les élèves pouvaient et peuvent toujours se rendre pour y déposer des fleurs ou un souvenir: “Ce lieu de recueillement est ouvert à tout le monde et sera permanent.” Mais de nombreux parents se plaignent que cette démarche ait été entreprise à la va-vite lors du premier jour d’école faisant suite au décès de Maëlle. “Tout avait été programmé lundi (NDLA. la veille)” réfute Dominique Conrardy. “Tout aurait dû être prêt pour 8h20. Mais cela n’a pas pu être le cas à cause de l’intrusion de parents dans l’école. C’est à ça que nous n’étions pas préparés!”

L’un des parents a notamment enregistré des vidéos depuis l’intérieur de l’école: “Nous demandons aux élèves de ne pas le faire et finalement, c’est un parent qui s’y met.”

Il reconnaît toutefois que l’accueil organisé par l’école n’était pas parfait ce jour-là: “Il y a certainement des choses qui pouvaient être améliorées. Mais il faut comprendre que nous étions dans une situation de crise. Des enseignants étaient très affectés. C’était notamment le cas de la maman de Maëlle qui donne cours dans notre établissement.”

Menaces

Le lendemain matin, des élèves avaient tenté de mener une action ‘escargot’ devant l’école. En d’autres termes, ils ralentissaient les automobiles qui circulaient pour sensibiliser au harcèlement scolaire. Ce jour-là, des menaces ont été proférées aux participants. Si le mouvement de contestation devait se poursuivre, la direction de l’établissement n’hésiterait pas à leur donner des jours de renvoi ou à déclarer leur absence comme injustifiée. Or, à partir d’un certain nombre de jours d’absence injustifiée, l’élève n’a plus droit à la sanction des études pour l’année en cours. Sauf décision contraire du conseil de classe.

Sécurité

Le sous-directeur du Centre Scolaire Saint-Joseph Notre-Dame confirme: “Nous endossons nos responsabilités. Il faut l’autorisation du bourgmestre pour pouvoir manifester. La sécurité des élèves n’était pas garantie. Or, les parents nous les confient. Il y a beaucoup de passage le matin à cet endroit-là. Comme ce rassemblement n’était pas encadré, nous avons laissé le choix aux élèves: soit ils restaient dans la rue, soit ils rentraient dans l’école. Mais quand la sonnerie s’enclenche, le choix doit être fait. Nous sommes à leur écoute, mais pas n’importe comment!”

Pourtant, les adolescents avaient fait appel à des signaleurs pour éviter tout problème sur la voie publique: “Je n’en étais pas informé.”

Plusieurs sources nous ont également confié que l’encadrement des enfants le jour des funérailles de Maëlle n’était pas assuré. Les élèves avaient la possibilité de quitter l’établissement scolaire vendredi à dix heures du matin pour assister au moment de recueillement. Normalement, ils devaient être accompagnés de professeurs. Mais selon nos informations, ce n’était pas toujours le cas. Ils auraient été lâchés dans la nature: “C’est ce qui vous est raconté” réagit notre interlocuteur. “L’encadrement était prévu et les parents en ont été avertis par lettre.”

Intimidation

Dans les jours qui ont suivi, nous avons aussi eu écho d’autres menaces ou intimidations de la part de membres du personnel de l’école. Il a notamment été dit à des enfants que “si l’école ne leur plaisait pas, les portes étaient grandes ouvertes.” Et encore! D’autres réflexions étaient bien plus interpellantes. Mais nous ne les relatons pas car elles n’ont pas pu être recoupées. “Je n’ai pas connaissance de cela” répond Dominique Conrardy.

Difficile naturellement d’être au faîte de chaque fait et geste qui a lieu au sein de l’établissement scolaire! Mais force est de constater que les élèves victimes de ce genre d’agissements ne se sont pas tournés vers la direction pour faire état de leurs doléances.