Plein écran
© Bart Boterman

Meurtre au camping de Middelkerke: la reconstitution sordide

Dans le cadre du dossier du meurtre survenu il y a 14 mois dans un camping de Middelkerke, une reconstitution a été effectuée avant-hier. Les suspects ont dû chacun reproduire leur version de l'horrible scène qui a coûté la vie à Mihael Parrent, 37 ans. Les auteurs avaient ensuite tenté de dissimuler son corps.

Comme il n'était pas possible de fermer l'entièreté du camping Marva III de Middelkerke pour une journée de reconstitution, les enquêteurs ont reproduit les lieux du crime dans et à côté d'un hangar de la police fédérale non loin de là. Enquêteurs, magistrats, avocats et suspects devaient pouvoir mieux concevoir la scène. Des palettes ont été empilées afin de représenter la caravane statique où le crime a eu lieu. 

Sur les clichés d'Het Laatste Nieuws, on voit comme les suspects principaux - Julien Butera, 28 ans, et Alain Deltrude, 43 ans - ont rejoué la scène. Ils ont notamment transporté un mannequin sur une brouette juste après le "meurtre" afin de se débarrasser du corps.

"Cela fait trop longtemps. Ils ont oublié des détails"
"C'est vraiment dommage que la reconstitution n'ait pu avoir lieu sur le camping-même. Les mesures, les détails et les circonstances sont certes identiques aux lieux du meurtre. La police judiciaire a tout fait pour reproduire au mieux la situation d'origine mais cela pose malgré tout question selon moi", a regretté Stijn Roels, avocat d'Alain Deltrude. 

"De plus, il a fallu attendre très longtemps pour que cette reconstitution ait enfin lieu et il existe un risque que tous les intervenants ne se souviennent plus assez exactement de tous les détails. Mais bon, mon client a fait de son mieux pour répondre à toutes les questions des enquêteurs", ajoute l'avocat.

Couteaux, brochettes
La reconstitution a pris des allures de confrontation, note le quotidien flamand, vu que les versions de toutes les personnes impliquées diffèrent énormément. Il faut dire que les circonstances du meurtre reproché aux suspects principaux de l'affaire sont particulièrement lourdes et que chacun essaie de minimiser son rôle. La victime a en effet été attaquée à coups de poing, à l'aide de fourchettes à barbecue, de brochettes, couteaux de cuisine et casseroles. Finalement, les auteurs ont achevé leur victime en lui tranchant la gorge et en la laissant se vider de son sang. 

Le mobile du meurtre est ausi flou qu'improbable pour entraîner un tel déchaînement de violence: "Il avait bu un soda sans me le payer", prétend l'un, "Il avait renversé de la bière et refusait de nettoyer", affirme l'autre. "Il n'avait aucun respect de rien", résument les suspects qui ont vécu avec le SDF assassiné. 

"Mais, il n'a plus de tête!"
La police avait découvert l'horreur en contrôlant une Seat Ibiza la nuit du 7 décembre 2017. Le véhicule roulait étrangement lentement, à peine 45 km/h, alors que la limite est à 70. Dans la voiture, trois jeunes gens, deux hommes et une femme, tous très nerveux et avec des pansements aux doigts qu'ils tentaient de dissimuler. L'un des agents avait ouvert le coffre et découvert un corps mutilé et noirci sous un drap, presque décapité. Le reste du corps était couvert de coupures et avait l'air partiellement brûlé. L'autopsie établira que la mort a suivi la franche incision de la gorge de l'oreille gauche jusqu'à l'oreille droite. Selon les médecins légistes, le geste a eu lieu alors que la victime était vivante. Une exécution. Le corps aurait aussi été victime d'une tentative de combustion post-mortem.

Ancien boucher
Après plusieurs rebondissements dans l'enquête, ce ne sont plus les occupants du véhicule mais Julien Butera et Alain Deltrude, ancien boucher, qui se sont révélés être les auteurs présumés du crime. Le second avait attendu l'arrivée des enquêteurs sur le camping Marva III et désigné une caravane que les policiers avaient facilement retrouvée en suivant les traces de sang. Ils y avaient découvert Julien Butera, largement sous influence de stupéfiants, couvert de sang.

"Je l'ai entendu scier"
L'un des occupants de la voiture, Romuald V., affirme pour sa part avoir assisté passivement à une partie de la scène monstrueuse dans la caravane. La victime, ligotée à l'aide de câbles électriques, aurait été torturée par les deux hommes. Romuald V. aurait été empêché de fuir les lieux mais affirme s'être réfugié dans une pièce adjacente et avoir entendu Alain Deltrude "scier" la gorge de Mihael et puis la victime agoniser. 

Expédition punitive
Mihael Parrent vivait, selon Julien Butera, chez lui au camping depuis une semaine. Il lui reprochait son "manque de respect" et d'hygiène. Il reconnaît l'avoir "piqué avec des brochettes mais sans vouloir lui faire mal". Selon Alain Deltrude pourtant, il s'agissait bien d'une "expédition punitive" qu'il a effectuée avec Julien Butera. Ils auraient réveillé la victime, l'auraient placée sur un fauteuil de la caravane. Coups de poing, de couteau, coupures. Alain Deltrude avoue avoir coupé la gorge de la victime avec un couteau de cuisine cranté: "Julien m'a dit comme procéder". Selon Julien Butera, c'est évidemment faux. Au fil des auditions et des confrontations entre suspects, les enquêteurs ont entendu de plus en plus de détails odieux sur les faits. Mais les versions divergent tellement qu'une reconstitution était nécessaire afin d'établir les responsabilités de chacun.

Quant aux deux autres suspects présents dans le véhicule, ils auraient simplement aidé Romuald V. à se tirer d'un mauvais pas. Peu d'informations filtrent à leur sujet. On sait que Romuald V. les aurait contactés paniqué après les faits mais on ne sait pas pourquoi ils ont accepté de lui venir en aide en mettant le corps mutilé dans le coffre.

  1. L’affaire Pauwels bouleversée par une histoire de cœur? “Le chef d’enquête a pollué ce dossier comme un cancer”

    L’affaire Pauwels boule­versée par une histoire de cœur? “Le chef d’enquête a pollué ce dossier comme un cancer”

    Me Frank Discepoli, avocat de Farid Hakimi, principal inculpé dans le cadre du dossier des home-jacking dans lequel est inculpé l'animateur Stéphane Pauwels, a demandé à la chambre des mises en accusation de la cour d'appel du Hainaut de prononcer l'irrecevabilité des poursuites, estimant que le chef d'enquête "a pollué ce dossier comme un cancer" en faisant des promesses à un autre inculpé. Il a été imité par d'autres avocats scandalisés par la tournure que prend ce dossier.