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Nos routes éclairées la nuit: une simple question de sécurité, vraiment?

La Belgique: ses frites, son chocolat, son nombre incalculable de mandataires politiques et... ses autoroutes éclairées. Un éclairage nocturne intensif qui confère à notre pays le titre de champion du monde de la pollution lumineuse, écrit le New York Times. Mais au-delà de ce simple constat, le quotidien américain s'interroge: pourquoi la Belgique éclaire-t-elle autant ses routes et autoroutes? Si la sécurité routière est évidemment invoquée, le NY Times prétend, témoignages à l'appui, qu'il s'agit aussi (et surtout?) d'une affaire de gros sous.

Tout est parti d'un énième cliché publié par l'astronaute français Thomas Pesquet. Un mois avant son retour sur le plancher des vaches en juin dernier, l'éphémère pensionnaire de la Station spatiale internationale avait partagé sur les réseaux sociaux une sublime photographie de l'Europe occidentale vue de nuit. Un cliché sur lequel deux éléments sautent directement aux yeux: les aurores boréales surplombant la Scandinavie et... la Belgique, à l'ouest, illuminée de mille feux. Ce que l'astronaute français n'a d'ailleurs pas manqué de faire remarquer en commentaire.

La Belgique, championne du monde de la pollution lumineuse
On le sait, la Belgique est l'une des parties du globe les plus aisément identifiables depuis l'espace grâce aux quelque 22 millions de lampadaires qui illuminent nos routes (et un grand nombre de nos autoroutes) une fois la nuit tombée. Mais au-delà de cette particularité qui fait parfois la fierté de certains en Belgique, il convient de s'interroger sur ce qui pousse notre pays à laisser délibérément la lumière allumée. Et c'est précisément la question que se pose le prestigieux New York Times: pourquoi diable les Belges sont-ils les champions de la pollution lumineuse?

Bien entendu, la raison invoquée est toute trouvée: la sécurité. Mais selon le quotidien américain, qui cite plusieurs hommes politiques et spécialistes belges, il s'agirait aussi d'une affaire de gros sous.

Jetons de présence
Ainsi, le NY Times a recueilli le témoignage de Peter Reekmans,  bourgmestre depuis 2014 de la commune de Glabbeek, dans le Brabant flamand. L'homme explique que l'éclairage public profite directement aux fournisseurs et distributeurs d'énergie, ainsi qu'à l'Etat belge. Les bénéfices réalisés par les différents distributeurs d'énergie sont redistribués sous forme de jetons de présence aux administrateurs communaux, lesquels détiennent des parts dans lesdites sociétés, avance Peter Reekmans. Un système "avec conflits d'intérêts intégrés" qui "rend la profession de politicien en Belgique très lucrative", dénonce le bourgmestre au NY Times.

L'élu de la Liste Dedecker fait état à nos confrères américains de la problématique liée à la forte présence politique au sein des entreprises d'utilité publique et plus généralement de la complexité du système politique en Belgique.

Conflit d'intérêts
"Avec sept gouvernements, six parlements, dix gouvernements provinciaux, 589 communes et des centaines d'entreprises d'utilité publique, l'Etat est à ce point complexe que de nombreuses structures gouvernementales pour le moins louches sont restées dans l'ombre durant plusieurs années", explique Peter Reekmans.

Eric De Keuleneer, professeur à la Solvay Brussels School of Economics and Management et expert du marché de l'électricité en Belgique confirme: "De nombreuses personnes travaillant pour des sociétés de distribution, et même pour les régulateurs belges de l'énergie, travaillaient auparavant pour Electrabel, et vice versa", déclare-t-il au NY Times.

Afin d'illustrer ce conflit d'intérêt apparent au sein du secteur énergétique, le quotidien new-yorkais prend l'exemple de Koen Kennis (N-VA), l'échevin anversois de la Mobilité et des Finances et champion du cumul avec pas moins de 38 mandats en 2016, dont près de la moitié sont rémunérés.

A Anvers, 95% des lampadaires sont allumés pendant la nuit. La ville achète son électricité à Electrabel, Eandis se chargeant ensuite de la distribuer. Au sein du conseil d'administration d'Eandis, on retrouve justement Koen Kennis. Il s'agit d'un de ses 18 mandats rémunérés à hauteur de 10.000 euros annuels.

Une facture bien plus élevée
A côté de cela, le NY Times s'étonne aussi de la facture d'électricité particulièrement élevée en Belgique. Une facture qui a augmenté de 40% depuis 2010 pour s'élever désormais, en moyenne, à 900 euros annuels par ménage. Une augmentation deux fois plus importante que dans le reste de l'Europe.

Nous payons cher notre électricité mais nous sommes également de gros consommateurs. En Europe, seuls les pays scandinaves consomment davantage d'électricité. Des pays dans lequels il fait bien plus froid et surtout plus sombre que dans nos contrées.

Electrabel seul à bord
Comment expliquer un tel constat? Le quotidien américain avance la position dominante d'Electrabel sur le marché. En effet, Electrabel reste le seul producteur nucléaire belge et le principal fournisseur d'énergie. Un quasi-monopole qui expliquerait pourquoi les Belges paient si cher leur électricité.

Et Electrabel a tout intérêt à ce que nos routes restent allumées, poursuit le quotidien, qui cite des chiffres de la Banque nationale. En effet, 20% des bénéfices réalisés par Engie (qui a absorbé Electrabel en 2007, ndlr) ces dix dernières années proviennent de sa filiale belge. Le géant français est pourtant présent dans pas moins de 70 pays.

En tant que fournisseur, Electrabel n'est cependant pas le seul à se remplir allègrement les poches. Les distributeurs et les politiciens en profitent également sans concession, lance Michel Vercaempst au NY Times. Agé de 63 ans, l'homme a notamment travaillé pour Electrabel ainsi que pour le gouvernement. Selon M. Vercaempst, c'est bien simple: sur la facture énergétique d'un ménage belge, un tiers va aux sociétés de distribution, un tiers aux producteurs et un tiers à l'État.

Une marge bénéficiaire conséquente
Des acteurs qui se réservent une belle marge bénéficiaire, déclare-t-il. Jusqu'à 12%, alors qu'elle est de moitié en France, un pays qui utilise pourtant un système similaire au nôtre.  "C'est énorme, même Goldman Sachs ne peut pas garantir de tels profits", dénonce Michel Vercaempst.

Malgré tout, le débat sur l'éclairage public nocturne intensif ne semble pas faire rage en Belgique. "Car les gens s'y sont habitués", souligne Koen Kennis au NY Times. Pourtant, selon lui, "un simple coup de fil à Eandis et ils peuvent tout éteindre à l'aide d'un interrupteur" conclut-il. Pour une Belgique certes moins visible depuis l'espace, mais aussi, et surtout, un énorme manque à gagner pour les principaux acteurs.

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