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Olivier Maingain lors du lancement de la campagne de DéFI pour les élections législatives, le 29 mars 2019 à Bruxelles. © BELGA

Olivier Maingain : “Une coalition avec la N-VA ou le PTB, c’est niet”

Interview préélectoraleEn vue des élections du 26 mai, 7sur7 a choisi de mettre le focus sur le scrutin fédéral en interrogeant les présidents des huit principaux partis francophones. Nous leur avons demandé de choisir sept mesures phare de leur programme et nous vous les expliquons ici afin de vous aider à faire au mieux votre choix. Après Mischaël Modrikamen (PP), Jean-Marc Nollet (Ecolo), Maxime Prévot (cdH), Peter Mertens (PTB), Elio Di Rupo (PS), Alain Destexhe (Listes Destexhe), c'est au tour d’Olivier Maingain (DéFI) de nous recevoir dans son bureau de la maison communale de Woluwe-Saint-Lambert, dont il est l’indétrônable bourgmestre.

À la veille du scrutin communal, on annonçait DéFI comme un vainqueur potentiel dans son bastion bruxellois. Et pourquoi pas une percée significative en Wallonie. Il faut dire que depuis l'éclatement des affaires Publifin puis Samusocial, les Démocrates fédéralistes indépendants se présentaient comme les champions de la bonne gouvernance. Une stratégie de communication qui n’a pas autant porté ses fruits qu’espéré par Olivier Maingain et ses troupes au soir du 14 octobre dernier. À Bruxelles, le succès fut mitigé pour la formation amarante, soufflée, comme les autres d’ailleurs, par la déferlante verte, hormis dans ses fiefs historiques. En Wallonie, DéFI a progressé en gagnant quelques élus locaux par-ci par-là, mais la percée tant attendue n’a pas vraiment eu lieu.

Sept mois plus tard, la situation ne semble guère plus réjouissante pour l'ancien FDF, que les récents sondages placent en quatrième position à Bruxelles et sous le seuil électoral en Wallonie. Mais il en faut plus pour démoraliser Olivier Maingain, résolument optimiste quant aux chances de succès de son parti le 26 mai. Le futur ex-président de DéFI compte sur la bonne image, la fiabilité et la crédibilité de son parti pour séduire les électeurs. À travers son slogan “Clairement plus juste”, DéFI veut mettre la justice, dans tous les sens du terme, au centre du débat, de manière lisible et claire pour l’électeur. Sans pour autant lui promettre la Lune. “DéFI a la franchise de dire exactement ce qu’il veut et ce qu’il va faire”, assure Olivier Maingain.

“Une coalition avec la N-VA, c’est toujours niet”

Député fédéral depuis 1991, Olivier Maingain a décidé de ranger son tablier parlementaire pour se consacrer à la gestion de sa commune de Woluwe-Saint-Lambert. Il poussera néanmoins la liste européenne emmenée par Benoît Cassart. “À la place à laquelle je me présente je ne suis, par définition, pas éligible donc je ne siégerai pas. C’est une place de soutien”, indiquait M. Maingain il y a quelques semaines. Ce scrutin national marquera également la fin de son quart de siècle à la tête du parti. “Le passage de témoin me semble être le bon moment”, confie un Olivier Maingain satisfait d’avoir maintenu la cohésion au sein d’un parti “que l’on annonçait fini” après son divorce d’avec le MR.

Si l’électeur lui en donne la possibilité, à quel type de majorité Olivier Maingain accorde-t-il sa préférence? “Très clairement, une coalition avec la N-VA, c’est toujours niet. C’est un parti destructeur de l’Etat”, lance-t-il en dénonçant le “travail de sape” de Jan Jambon pour “affaiblir la police fédérale” sous la défunte législature. Outre les nationalistes flamands, pas question pour Olivier Maingain de s’allier avec les “extrêmes.” Exit donc le PTB et le Parti Populaire. “Nous faisons des choix clairs en matière d’alliance: je n’irai pas repêcher un parti qui perd”, annonce le Saint-Lambertien. Sa coalition favorite? “Celle des gagnants”, lance-t-il sans trop se mouiller. Un indice néanmoins au niveau régional: Olivier Maingain ne tarit pas d’éloges quant au travail accompli par le gouvernement bruxellois (PS-cdH-DéFI côté francophone). Pas certain toutefois que ce trinôme obtienne la majorité dans neuf jours...

LES 7 PRIORITÉS DE DÉFI

1. Le référendum d’initiative citoyenne

Le référendum d’initiative citoyenne ou plus communément “RIC” est la revendication phare des gilets jaunes. Récemment refusé par le président Emmanuel Macron en France, ce dispositif doit être instauré en Belgique, estime Olivier Maingain. “La représentation citoyenne n’est pas une menace pour la démocratie représentative. C’est une nécessité de dialogue direct avec les citoyens afin que ceux-ci comprennent la réalité du travail effectué par les mandataires politiques”, souligne-t-il en évoquant l’efficacité du système de votation populaire en Suisse.

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“La représention citoyenne n’est pas une menace pour la démocratie représentative”

Olivier Maingain

Pour autant, il ne s’agit pas de permettre tout et n’importe quoi, prévient Olivier Maingain. Ainsi, un vote éventuel doit être précédé d’une longue période d’information et de débat afin de ne pas déboucher sur une situation rencontrée par les Britanniques lors du vote sur le Brexit. Favorable au RIC à tous les niveaux de pouvoir, Olivier Maingain précise qu’un total de 150.000 signatures de citoyens seraient nécessaires pour déclencher l’initiative à l’échelon fédéral. En respectant les équilibres linguistiques, bien entendu.

2. La TVA sur l’électricité à 6%

Le gouvernement Di Rupo avait baissé la TVA sur l’électricité de 21 à 6% mais celui de Charles Michel l’a ramené à son taux initial en septembre 2015, lors des mesures de financement du tax-shift. DéFI souhaite la remettre à 6% à condition que la consommation moyenne d’un ménage ne soit pas dépassée (soit environ 3.500KW/an). 

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“L’Europe a raté l’évolution numérique, elle ne doit pas rater celle du renouvelable”

Olivier Maingain

Pour baisser de manière significative le prix de l’électricité, le parti amarante juge indispensable que l’Union européenne mette en commun ses ressources en énergies renouvelables. “L’Europe politique dont nous avons besoin se forgera si elle a conscience qu’elle doit renforcer son autonomie sur le plan de son approvisionnement, et notamment énergétique”, juge Olivier Maingain qui se base sur l’idée de réseau des énergies renouvelables du professeur Damien Ernst. “L’Europe a raté l’évolution numérique, elle ne doit pas rater celle du renouvelable”, avertit ensuite le président de DéFI. Ainsi, l’Europe aurait tout à gagner en mettant son énergie en commun: sur le plan économique et de l’emploi, mais aussi sur le plan géopolitique en n’étant plus dépendante de puissances étrangères. “Et bien sûr à l’avantage des citoyens européens qui verraient leur facture d’électricité diminuer drastiquement”, rappelle Olivier Maingain.

3. La pension minimum à 1.400 euros 

DéFI préconise que le montant de la retraite pour une carrière complète, sous quelque régime que ce soit, soit porté progressivement à 1.400€ par mois. Par ailleurs, le parti d’Olivier Maingain ne s’oppose pas au rehaussement à 67 ans de l’âge légal de la pension.  Une mesure prise par de nombreux pays d’Europe occidentale, souligne M. Maingain. Mais l'ancien allié des libéraux francophones ne se prive pas pour critiquer durement le défunt gouvernement sur la question, et en particulier le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine (MR). “Ils ont tout fait à l’envers”, tacle Olivier Maingain. Pour lui, il fallait donner la priorité absolue à la définition des métiers pénibles pour que celles et ceux qui les ont exercés puissent partir à la retraite de manière anticipée, s’ils le souhaitent, par exemple dès 60 ans. 

Olivier Maingain s’insurge également contre les partis qui refusent de parler de la pension à 67 ans, ceux-là mêmes qui, selon lui, encouragent les gens à avoir une activité complémentaire à leur retraite, sans limitation de revenus.  “C’est la plus grande hypocrisie du système.”

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En ce qui concerne la réforme des pensions, le gouvernement Michel a “tout fait à l’envers”, estime Olivier Maingain. © photo_news

4. Un enseignement personnalisé et moins figé

Fustigé par le MR, qui a promis de le supprimer s'il revenait aux affaires en Fédération Wallonie-Bruxelles, le tronc commun dans l’enseignement jusqu’à quinze ans, prévu par le fameux Pacte d'excellence, a les faveurs de DéFI. “Tous les experts pédagogiques disent que le tronc commun est une réussite quand il est bien pensé, mais surtout bien mis en œuvre, avec un enseignement davantage personnalisé”, déclare Olivier Maingain. Cela suppose de mettre fin à la surpopulation dans les classes, lesquelles seraient limitées à une vingtaine d’élèves dans le secondaire.

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“Il faut ouvrir l’école à des personnes qui ont une expérience professionnelle”

Olivier Maingain

DéFI souhaite aussi que chaque élève soit bilingue en néerlandais ou en anglais à la fin de son cursus. Un voeu pieux? “Non, les Flamands nous ont prouvé que cet objectif peut être atteint”, répond Olivier Maingain qui mise sur la généralisation des filières d’immersion linguistique, tant à Bruxelles qu’en Wallonie. Problème: la FWB fait face à une pénurie d’enseignants, surtout en langues. Dès lors, Olivier Maingain évoque des “auxilières linguistiques”, par exemple des personnes en fin de vie professionnelle, qui consacreraient quelques heures par semaine pour transmettre leur connaissance d’une langue via des tables de conversation organisées en classe. “Ce serait une véritable bouffée d’air, un changement d’esprit dans un enseignement trop figé. Il faut ouvrir l’école à des personnes qui ont une expérience professionnelle, en dehors du métier d’enseignant”, plaide Olivier Maingain.

5. Une TVE à la place de la TVA

Favorable au déploiement de l’économie circulaire, le parti amarante avance quelques pistes novatrices comme le remplacement de la TVA par une TVE. Une “Taxe à la Valeur Énergétique ajoutée”, à mettre au point à l’échelon européen. “La TVA correspond à une vision assez consumériste qui ne concorde pas avec ce que nous devons faire, c’est-à-dire maîtriser le coût du prélèvement environnemental des biens et des services que nous produisons”, explique Olivier Maingain.

Concrètement, cette TVE correspond à une requalification de la TVA en fonction du coût de l’empreinte écologique. Elle pourrait être mise en place en labellisant les produits et les services. “Plus votre empreinte environnementale est faible, moins vous paierez de TVE. Plus elle est élevée, plus vous paierez de TVE. Cela change la conception de la consommation”, estime M. Maingain.

6. Une allocation de chômage pour les indépendants

Un travailleur indépendant qui a pris le risque d’investir dans un projet sans avoir pu le réussir doit avoir la chance de rebondir, estime DéFI. C'est pourquoi le parti préconise la mise en place d’une allocation de chômage spécifique aux travailleurs indépendants. Le montant de cette allocation serait fixé en fonction de sa capacité de financement, c’est-à-dire les cotisations des travailleurs indépendants ainsi qu’une partie à charge de l’Etat. Le travailleur y gagnerait en sécurité, et l’Etat financièrement puisque c’est dejà lui qui intervient via les CPAS, fait remarquer Olivier Maingain.

7. Doubler le budget de la Justice

Accusant le gouvernement Michel d’avoir “gravement porté atteinte au bon fonctionnement de la Justice” en la sous-finançant, DéFI s’engage à doubler son budget dans les cinq ans et, surtout, à compléter le nombre de magistrats. Car aujourd’hui, des dossiers ne sont même plus ouverts par manque de personnel. “C'est un choix politique du ministre Geens”, fustige Olivier Maingain. “Koen Geens a une sorte de méfiance par rapport au recours à la justice par les citoyens. Pourtant, pour beaucoup d’entre eux, c’est encore l’ultime moyen dont ils disposent quand ils ont le sentiment que leurs droits ne sont plus du tout respectés”, conclut-il.

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Olivier Maingain a fait ses adieux à la Chambre, où il siégeait depuis 1991. © belga