Parents et enseignants partagés sur la question de la reprise: “Si elle le vit mal, c’est clair et net, on la retire de l’école !”

Le 18 mai prochain, certains élèves reprendront la direction de l’école. Sont concernés les enfants de la 6e primaire et de rhéto. Cette première phase précédera celle du 25 mai qui concernera, cette fois, les élèves de 1re, et éventuellement 2e, primaire, et ceux de 2e secondaire. Une décision prise par le Conseil National de Sécurité qui ne fait pas l’unanimité parmi les parents et les enseignants.

Moins d'élèves par classe, l'une des mesures du Conseil National de Sécurité. Illustration.
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Moins d'élèves par classe, l'une des mesures du Conseil National de Sécurité. Illustration. © Photo News

Maman, notamment, d’une élève en dernière année du secondaire et elle-même institutrice primaire en 6e année, Stéphanie est doublement concernée par la reprise de lundi prochain. L’annonce, le 12 mars dernier, de la fermeture des écoles du royaume a été pour elle une nouvelle difficile à vivre. “J’avais une très grande complicité avec mes élèves, renforcée par un voyage de neige tout récent. Le 13, on a eu l’impression de se dire au revoir pour on ne sait combien de temps. Notre directeur, d’habitude très optimiste, disait qu’il ne fallait pas se leurrer et que l’on ne reprendrait pas après Pâques. Mais ça, on ne l’a pas dit à nos élèves”, explique-t-elle. 

En classe, Stéphanie a fait face à deux réactions : les enfants qui étaient contents d’avoir des vacances inopinées et ceux qui étaient perdus.

Durant le confinement, elle a gardé contact avec ses élèves. “C’était très important pour moi”, confie Stéphanie. “Avant le confinement, je leur lisais un livre que l’on n’a pas pu finir. Du coup, j’ai fait des enregistrements avec mon téléphone que je leur ai envoyés. Ils étaient ravis de pouvoir entendre ma voix, certains les utilisant même pour s’endormir.”

La reprise, Stéphanie et ses collègues la préparent depuis trois semaines et elle se dit prête à recommencer à travailler. Chaque parent a eu le choix entre remettre son enfant à l’école ou ne pas le faire. Si elle se dit heureuse de pouvoir recommencer, elle craint de se laisser submerger par l’émotion. Elle a peur, également, que les réalités du terrain ne permettent pas de respecter les mesures sanitaires. 

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Nos classes sont loin d’être aussi grandes que dans les séries américai­nes, la distancia­ti­on sociale va être très compliquée à respecter, surtout avec de jeunes enfants.

Stéphanie, Enseignante en 6e primaire

Toujours pas de masques

Aurore, elle, est professeure d’anglais en 5e et 6e primaires. Maman de deux enfants, seul le plus petit est concerné par la reprise. Celle du 25 mai, puisqu’il est en 1re primaire.

Durant le confinement, elle s’est occupée des enfants du personnel soignant, notamment, dans la garderie de l’école où elle travaillait. “Potentiellement, je pouvais ramener le virus à la maison”, commente-t-elle. “Au départ, avec mon compagnon, on n’avait pas envie de le remettre à l’école. Mais comme j’y vais moi-même, je suis de toute façon potentiellement porteuse, donc ça ne change rien.”

Aurore nous explique que malgré son travail durant la crise, elle et ses collègues n’étaient pas équipés. Et même si, depuis, l’école a reçu du gel, ce n’est toujours pas le cas pour les masques. 

Citation

Notre directeur nous a assurés que l’on aurait le nécessaire d’ici vendredi maximum. Mais si ce n’est pas le cas, lundi, on renverra les enfants chez eux.

Aurore, Professeure d’anflais en 5e et 6e primaires

Aurore a l’impression que cette première vague de reprise scolaire est un test pour septembre afin de voir comment les choses vont se dérouler. “Je ne comprends tout de même pas pourquoi les premières primaires sont concernés. Je ne vois vraiment pas ce qu’ils pourraient apprendre en à peine cinq journées (une par semaine jusqu’à la fin de l’année scolaire). Maintenant, il est vrai que c’est essentiel d’un point de vue social.”

Outre le port du masque, les élèves devront régulièrement désinfecter leurs mains. Illustration.
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Outre le port du masque, les élèves devront régulièrement désinfecter leurs mains. Illustration. © Photo News

Elle espère, par ailleurs, que les mesures sanitaires ne seront plus d’actualité au début de la prochaine année scolaire, notamment en ce qui concerne le port du masque. “D’ailleurs, je trouve aberrant que les élèves de 6e primaire doivent porter un masque et pas mon fils qui est en première”, regrette Aurore, qui s’attend à ce qu’il y ait une nouvelle vague de contamination.

“Si les conditions ne lui plaisent pas, je n’hésiterai pas à le retirer de l’école.”

Contact inexistant avec l’école

Julien, lui, n’est pas enseignant, mais est tout de même concerné par les mesures prises par le Conseil National de Sécurité, puisque sa fille est en 6e primaire. Il est plutôt de l’avis d’un report et contre l’idée de la reprise scolaire. “Cette décision arrive dans un contexte où l’on n’a pas eu de contact avec les professeurs, même pas par téléphone ou Skype. La seule information qui nous est parvenue est un mail plutôt froid pour dire que notre fille était concernée. Il n’y a pas eu d’écoute de la part de l’école. Pour les enfants, c’est compliqué”, regrette-t-il.

Ce père de famille recomposée s’interroge beaucoup quant à la plus-value réelle d’une reprise mi-mai, pour six jours seulement.

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On est inquiet par rapport à l’impact psychosoci­al, par rapport à l’accompagnement. On ne trouve pas que les mesures qui sont prises sont adéquates.

Julien, Père d’une fille concernée par la reprise du 18 mai

Il explique ne pas être le seul parent perplexe face au silence quasi-total de la part de la direction de l’école. Dans un groupe Facebook de parents d’élèves de la classe de sa fille, les avis sont partagés. Certains sont pour la reprise telle quelle, d’autres veulent encore davantage de travail pour leurs enfants et d’autres, comme lui, ne souhaitent pas remettre leur enfant à l’école.

Certains enfants se réjouissent de revoir leurs amis, mais craignent la façon dont les journées vont se dérouler. Illustration.
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Certains enfants se réjouissent de revoir leurs amis, mais craignent la façon dont les journées vont se dérouler. Illustration. © Photo News

D’ailleurs, la fille de Julien aussi est en plein questionnement. “Elle passe d’un avis à l’autre en ce moment. Elle est partagée entre le bonheur de pouvoir revoir ses amis et le fait que rien ne sera comme avant. Elle aime apprendre, et l’école de manière générale, elle a envie de bouger, de changer de son quotidien routinier, mais elle est quand même effrayée”, explique-t-il. “Si elle le vit mal, c’est clair et net, on la retire de l’école !”

Enfin, Julien explique qu’il ne comprend pas pourquoi avoir privilégié certaines années et pas d’autres. Pour lui et sa compagne qui travaillent dans le domaine du soutien au personnel médical, et qui ont des journées très chargées, la crainte est que les rythmes soient différents pour les trois enfants et que d’un point de vue organisationnel, ce soit plus compliqué que durant le confinement.

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